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FERMENTATION AMMONIACALE

Quoi qu’il en soit, ces expériences démontrent que le ferment ammoniacal, torula, microzyma, ou bactérie, n’est pas spécifique, puisqu’il est capable de faire fonction de ferment acétique, butyrique et alcoolique. Et ces faits prouvent une fois de plus l’aptitude de cet ordre d’êtres organisés de s'adapter aux milieux les plus divers.

Il n’est pas exact non plus de penser que la fonction du ferment soluble de l’urée se confonde avec celle du ferment organisé qui le produit; car, certainement, jamais le ferment soluble ne sera producteur d’alcool ou d’acide acétique !

Je ne veux pas quitter ce sujet sans examiner un point de la théorie de la fermentation qui trouvera' son application dans ce qui me reste a vous dire des altérations de l’urine.

Théorie de la fermentation ammoniacale de V urine. M. Pasteur assure que l’urée est matière fermentescible aussi bien à l’égard du ferment soluble que du ferment organisé. Pesez bien les termes dont il s’est servi : « Ferment soluble et ferment organisé agissent de même sur leur matière fermentescible , c’est-à-dire sur l’urée! »

Dans la théorie physiologique, la matière fermentescible d’un ferment organisé est une substance organique qui peut lui servir d’aliment ; cette matière, le ferment l’assimile d’une certaine manière, et la rend, par désassimilation, après l’avoir transformée. Or, on ne peut pas dire qu’un ferment soluble, qui n’est pas organisé, pas vivant, assimile et désassimile. Donc, ferment organisé et ferment soluble ne peuvent pas agir de même sur leur matière fermentescible! d'un autre côté, il n’est pas admissible que Purée serve d’aliment au ferment organisé, à moins de supposer que ces organismes peuvent utiliser l’acide carbonique et l’ammoniaque, ou l’urée elle-même, pour constituer leurs tissus : maisalors l’équation qui découle de l’expérience ne serait pas-] vérifiée comme elle l’a été, et les ferments organisés ne seraient pas des êtres fonctionnant à la manière des animaux !

Dans la théorie physiologique, telle que je vous l’ai] exposée, la matière fermentescible d’un ferment organisé estime substance organique qui peut lui servir d’aliment!

FERMENTATION DE i/URÉE

La fermentation dans ces conditions est un phénomène de nutrition : ce qui suppose l’assimilation et la désassimilation corrélative! C’est là ce qui résulte de l’étude attentive de la fermentation du sucre par la levûre de bière.

A mon avis , la conversion de l’urée en carbonate d’ammoniaque n’est pas un phénomène comparable à cette dernière fermentation ; c’est un phénomène semblable à celui de la levure intervertissant le sucre de canne, en dehors d’elle-même, par le moyen de sa zymase, laquelle détermine la fixation de l’eau sur la molécule de ce sucre pour le convertir en glucose ; ou bien encore , semblable à celui par lequel les microzymas des amandes douces, par leur synaptase , opèrent la fixation de l’eau sur l’amygdaline pour la dédoubler en glucose, essence d’amandes amères, et acide cyanhydrique.

Bref, la fermentation de l’urée est le résultat d’une action zymasique , c’est-à-dire ' purement chimique, et non pas un acte physiologique de nutrition s’accomplissant dans l’être organisé. Les microzymas évoluant sécrètent la zymase qui opère la fixation des éléments de l’eau sur l’urée , absolument comme l’acide sulfurique ou la potasse caustique la déterminent, pour la transformer, en tant qu’amide, en carbonate d’ammoniaque, ainsi que je vous l’ai expliqué tout à l’heure.

Les microzymas urinaires dans l’état physiologique et de santé , dans la vessie, ne sécrètent pas la zymase nécessaire pour fixer les éléments de l’eau sur l’urée, et celle-ci en sort inaltérée. Mais hors de la vessie, dans la nouvelle situation qui leur est faite , ils peuvent changer de fonction et devenir aptes à produire la zymase que l’on appelle ferment soluble de l’urée. En vertu de la loi d’adaptation aux milieux, ils s’accommodent aux circonstances et' produisent à l’aide des matériaux ambiants inactifs la zymase transformatrice nécessaire. Voilà pourquoi les microzvmas vésicaux aussi bien que ceux de l’air ont besoin de plus ou moins de temps pour commencer la fermentation de l’urine : c’est qu’il faut que la fonction s’acquière! et nous avons vu qu’on peut l’empêcher de s’établir aussi bien chez ceux de la vessie que de l’air. Mais encore faut-il que

FERMENTS

les conditions favorables pour cela soient réunies. Rappelez-vous l’expérience II , sur l’urine du jeune homme de 18 ans qui, placée dans les mêmes conditions que les trois autres , n’a pas fermenté ammoniacalement, mais a produit de l’acide acétique et de l’acide benzoïque! Et les auteurs ont noté un grand nombre de cas où l’urine reste acide au contact de l’air !

Tout ce que je viens de vous dire est bien fait pour vous faire comprendre et admettre la notion du changement de fonction. Je vais, en étudiant l’urine et ses microzymas, dans d’autres conditions, donner encore plus de solidité à cette notion. De cette étude résultera la preuve que des microzymas normaux de l’organisme peuvent devenir morbides, acquérir une morbidité transmissible et pouvant la conserver, mais aussi pouvant la perdre. Ce n’est pas d’aujourd’hui que je professe cette doctrine : je l’ai émise, comme ce qui précède, dans un grand nombre de publications antérieures sur lesquelles je vais m’appuyer et m’appuierai dans les Conférences suivantes :

Dus ferments de l’urine pathologique et de leur origine. « Rien n’est mieux établi que la putréfaction alcaline de la sécrétion rénale dans le réservoir urinaire. Le mécanisme de cette transformation est .parfaitement connu. Sous l’influence d’un ferment développé aux dépens de la matière azotée du mucus, ou de cellules d’épithélium, l’urée s’emparant de quatre molécules d’eau, passe à l’état de carbonate d’ammoniaque.... Cette altération se rencontre chez les sujets atteints de rétention d’urine et de catarrhe vésical ancien, lorsque la substance susceptible de jouer le rôle de ferment est plus abondante. Elle se manifeste de préférence après que le cathétérisme a introduit de l’air dans la vessie, les autres conditions des fermentations étant toujours présentes.... En pareille circonstance, l'urine renferme des vibrions ainsi que des bactéries, etc. » Ainsi s’exprime M. Gubler dans un article du Dictionnaire de Dechambre.

Les médecins ont noté un certain nombre de maladies dans lesquelles l’urine est alcaline dès la vessie. L’alca lescence coïncide toujours avec une altération ou lésion,

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sans doute corrélative , de quelqu’une des parties de l’appareil urinaire : reins , uretères , vessie ou prostate.

L’urine devient ammoniacale avant la miction :

Dans les cas graves de la maladie de Bright , où les reins sont altérés dans quelqu’une de leurs parties ;

Dans la néphrite aiguë et dans la néphrite chronique;

Dans les inflammations des basàinets et des uretères ;

Dans les maladies de la moelle où les fonctions de la vessie sont altérées ;

Dans les rétentions d’urine où , à la suite d’un séjour prolongé , l’urine détermine une phlegmasie de la muqueuse vésicale ;

Dans la cystite chronique ;

Dans certains cas particuliers de diathèse.

Or, toutes les fois qu’il m’est arrivé d’examiner de telles urines, aussitôt après la miction, j’y ai trouvé les microzymas augmentés et en grande partie évolués en chapelets de grains (la torulacée dite spécifique), et même en bactéries, mobiles ou immobiles ; quelquefois on y découvre aussi les autres formes que j’ai décrites dans l’urine devenue ammoniacale hors de la vessie.

Unjour, onme remet, pour l’examiner, l’urine d’une jeune femme scrofuleuse, qui avait laissé déposer, dans un flacon de i00cc, une couche de près d’un demi-centimètre d’épaisseur d’une masse blanche formée exclusivement de microzymas, de bactéries de diverses grandeurs, et de toutes les formes intermédiaires entre le microzyma et la bactérie constituée. Il n’y avait pas de maladie autre que la diathèse scrofuleuse, et cette urine récente était déjà alcaline.

Un autre jour, c’était une urine ammoniacale qui venait d’être rendue, près de mon laboratoire; j’y trouve des microzymas libres, des associés en chapelet, et déjà quelques vraies bactéries. J’étudiais en ce temps-là la régression des bactéries. Or, il se trouva que cette urine, abandonnée au contact de l’air , dans une fiole simplement bouchée par un papier, après dix jours, ne contenait plus de bactéries : il n’y avait plus que des microzymas simples ou accouplés en chapelets de grains.

Ces faits, conformes à la théorie du microzyma, de me

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surprirent pas; car, nous avions déjà, M. Estor et moi, appris à reconnaître que , dans l’état pathologique , nos tissus peuvent contenir des bactéries ou les premiers degrés de l’évolution des microzvmas. Cela était donc parfaitement naturel , et je ne songeai nullement à publier ces faits parfaitement connus des médecins instruits.

Bien plus tard, M. Pasteur s’occupa aussi de ce sujet, voici à quelle occasion :

MM. Gosselin et À. Robin publiaient en 1874 (1) un travail important sur l’urine ammoniacale, ses dangers, et les moyens de les prévenir. 11 résultait des expériences des auteurs qu’il y avait bien plus de danger à injecter à des lapins de l’urine ammoniacale dès la vessie , que de l’urine humaine rendue alcaline par une addition de carbonate d’ammoniaque; qu’une solution de carbonate d’ammoniaque pur et, à plus forte raison, que l’urine humaine normale , laquelle à doses plus élevées et prolongées est sans danger. 11 est résulté, en outre, des expériences des auteurs , que les phénomènes morbides présentés par les animaux à la suite de l’injection de l’urine humaine additionnée de carbonate d’ammoniaque ne sont pas les mêmes que quand on emploie des solutions de carbonate d’ammoniaque. Ils ont montré enfin que les urines ammoniacales des malades qu’ils traitaient, devenaient acides à la. suite de l’administration de l’acide benzoïque à dose convenable , par suite de la formation de l’acide hippurique. M. Pasteur a été très frappé de la communication de MM. Gosselin et A. Robin, et il a aussitôt, sans rien savoir de l’histoire des urines ammoniacales, donné l’explication de leur production dans la vessie. Voici ses paroles: « Il y aurait, a-t-il dit, une grande utilité à rechercher si dans tous les cas, ou dans les cas particuliers, la qualité ammoniacale de l’urine parla présence du carbonate d’ammoniaque n’est pas liée à l’existence d’un ferment organisé , notamment du ferment ammoniacal de l’urine, ou de bactéridies-ferments dont les germes seraienlapportésdel’extérieur parle canalde l’urèthre ou par le sang, qui aurait pu lui-même prendre ce germe dans quelque partie du corps, par exemple, par une bles-

(1) Comptes-reDdus, t. LXXVIII , p. 42.

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sure quelconque, ou communication avec le canal intestinal; enfin ce germe, organisé, vivant , peut être apporté souvent par une sonde ou par un instrument chirurgical... etc. (4). » Dans une discussion qui a eu lieu à l’Académie de médecine sur le même sujet, la Gazette médicale rapporte que selon M. Pasteur le canal de l’urèthre constitue, pour les germes , un vaste tunnel par où ils vont se mêler à l’urine. Et, dans un ouvrage récent, un élève de M. Pasteur a raconté toutes les péripéties du voyage de ce germe, qu’il compare à un colon, avant qu’il parvienne à s’implanter dans la vessie d’une manière durable! Et c’est là ce que l’on appelle de la science expérimentale!

A l’Académie de médecine, l’opinion émise ainsi fut l’objet de critiques très sérieuses. M. Bouley a fait remarquer que les chirurgiens observent l’urine devenant ammoniacale, quand l’urine séjourne dans la vessie en présence du mucus, du sang, du pus, et il demande si ces liquides altérés peuvent produire la transformation de l’urée en carbonate d’ammoniaque?

M. Blot cita l’urine des femmes en couches qui contracte quelquefois une odeur fortement ammoniacale , par un simple séjour prolongé dans la vessie ; et ce savant estime que ce résultat ne peut pas être attribué à l’introduction d’infusoires venus du dehors, mais que, en pareil cas, il est possible que le mucus s’altère et devienne ensuit^ la cause de la transformation de l’urée.

M. Pasteur, toujours d’après la Gazette médicale, soutint que l’urine se comporte dans la vessie comme dans un ballon de verre ; elle ne peut, pas plus là qu’ici, devenir ammoniacale par un simple séjour. Dans le corps humain , il n’y a pas d’agent chimique qui puisse donner lieu à la transformation. Des phénomènes putrides en un point quelconque de l’organisme ne suffisent pas : il faut nécessairement, en contact avec l’urine, la présence du ferment spécial de l’urine ammoniacale qui y pénètre par le canal de l’urèthre, etc. Pour lui, toute autre influence est nulle; il n’y a rien dans le corps humain qui puisse la suppléer.

Examinons d’abord la question de la pénétration par le (1) Comptes-rendus , t. LXXVIII, p. 46.

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canal de l’urèthre. Vous le savez, ce canal, dans l’état de repos de l’organe, chez l’homme , est sinueux, et l’extrémité qui communique avec l’air est dirigée en bas. Et j’ajoute que ce canal n’est que virtuel.

Or, M. Pasteur se l’est démontré à lui-même, les germes atmosphériques ne pénètrent pas dans les liqueurs altérables qui sont contenues dans des ballons à col effilé sinueux, dont l’extrémité est tournée en bas, bien que le canal qu’il leur offre ne soit pas virtuel, mais réel. Evidemment, si les germes, qui tendent sans cesse à tomber jusqu’à ce qu’un obstacle les arrête, ne peuvent pas s’élever le long du canal formé par un tube de verre lisse et bien propre, et qui, selon la pittoresque expression de M. Pasteur, vraie ici , constitue pour eux un vaste tunnel, ils pourront encore moins s’élever dans le canal de l’urèthre , lequel est comme s’il n’existait pas, ses parois, ainsi que celles de tous les conduits membraneux, étant nécessairement appliquées en contact parfait, et lubrifiées par un enduit gluant. De plus ce canal, pendant la miction, est périodiquement lavé du dedans au dehors. Loin que des germes y pénètrent alors, nous le savons, il en sort des microzymas, etc. (1).

Les hypothèses de M. Pasteur sont donc sans fondement. 11 a raisonné, dans cette circonstance, comme M. U. Gayon, son élève, qui, pour expliquer la fermentation spontanée des œufs brouillés dans la coquille, a supposé que les ferments nécessaires pénètrent de l’air dans l’oviductc, et de là dans l’ovule. La réponse que je pourrais faire serait ici la même que celle que j’ai faite dans une précédente Conférence.

Si donc les germes ne peuvent pas pénétrer par la voie du canal uréthral, comme il est constant que l’urine peut devenir ammoniacale dans la vessie, dans les cas où il n’y a de blessure sur aucune partie du corps, ni de lésion au canal intestinal, il faut chercher la cause ailleurs.

Tenons pour certain et démontré que, normalement, l’urine contient des microzymas pouvant évoluer pour

(1) Je néglige une remarque qui serait puérile partout ailleurs ! Si les germes pénétraient de l’air dans la vessie par le canal de 1 urèthre, ils pénétreraient dans toutes les vessies, et l’urine serait dans tous les cas ammoniacale ; dans toutes il y aurait des torulas. Or cela n est pas: les urines ammoniacales constituent une immense exception!

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donner des bactéries et toutes les formes qui précèdent leur développement achevé. Cela posé , il est permis de se demander si la fermentation ammoniacale dans la vessie , ne reconnaîtrait pas une cause interne et naturelle, dépendant d’une déviation fonctionnelle morbide , ou non , des microzymas , se manifestant, dans la cavité cystique , non seulement par la fermentation de l’urée , mais' par une évolution histologique déterminée !

Je le. répète, toutes les fois que j’ai examiné des urines ammoniacales, aussitôt après la miction, j’y ai trouvé les microzymas plus nombreux que dans burine saine, et en grande partie transformés en chapelets (torulas), en bactéries et les autres formes qui précèdent celles-ci. Or, si les germes de l’air ne sont pour rien dans le phénomène de la fermentation ammoniacale cystique, si d’ailleurs on ne rencontre jamais de bactéries dans l’urine saine, où n’existent que peu de microzymas comparativement à ce^ue l’on en trouve dans l’urine putréfiée , il faut bien admettre que les microzymas générateurs des différentes formes organisées que l’on trouve dans l’urine alcaline dès la vessie, avaient changé en quelque chose, puisque leur fonction chimique avait dévié. Je dis que ces microzymas sont devenus morbides.

Cette nolion du changement de fonction , corrélativement à un état pathologique donné, est incontestable si l’on s’en rapporte à l’observation intéressante de M. Musculus, concernant la découverte du ferment soluble de l’urée !

En premier lieu, l’auteur constate que toutes les urines « ne sont pas aptes à fournir du ferment. » Il a confirmé l’observation déjà faite par plusieurs auteurs que certaines urines ne deviennent pas alcalines à l’air. « Il en est, dit M. Musculus, qu’on peut laisser à l’air, en été, pendant plusieurs mois sans qu’elles entrent en fermentation ammoniacale (1). »

Quelles sont donc les urines pouvant fournir le ferment soluble en question? « Les urines les plus riches en ferment sont les urines épaisses, fdantes et ammoniacales, rendues par des malades atteints de catarrhe de la vessie.

(1) Comptes-rendus, t. LXXXII, p. 333 (1876).

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Il ne s’agit donc pas d’une urine quelconque , mais de l’urine qui a séjourné dans une vessie malade, atteinte d’un catarrhe chronique : or, en médecine scientifique, c’est là une affection de la muqueuse vésicale qui succède à une cystite ; de là une sécrétion plus abondante de mucus qui ne constitue qu’un symptôme du catarrhe vésical ; la maladie siégeant dans la muqueuse elle-même, c’est la muqueuse malade qui sécrète le produit pathologique.

Et M. Musculus fait observer que « pour être sûr d’obtenir un ferment énergique, il est bon d’employer ces urines avant que les malades aient pris des médicaments , tels que l’acide benzoïque, la térébenthine, etc., » c’est-à-dire avant que le tissu producteur du mucus ait été modifié, car on ne peut pas imaginer que ces agents thérapeutiques viendront agir sur l’urine elle-même pour la reconstituer non ammoniacale.

Je sais bien que M. Pasteur ne pense pas ainsi; pour lui, les éléments vivants de l’organisme n’ont que des vertus de transformation que L'ébullition détruit ; leur structure, leur organisation n’ont rien de commun avec les propriétés des ferments ; ils ne sont que des masses protoplasmiques douées seulement des vertus de transforma tion qu’il accorde au protoplasma lui-même; bref, selon M. Pasteur, si les germes de l’air n’existaient pas, s’ils n’avaient pas été faits exprès pour nous rendre malades, s’il n’en pénétrait pas dans la vessie pour s’y implanter en colons, selon l’ingénieuse expression de M. Duclaux, sa muqueuse se porterait toujours bien, l’urine serait toujours acide, et nous serions toujours bien portants! Mais c’est là ce que les vrais médecins n’admettront jamais ; sans regarder, avec une vieille école, le catarrhe comme une entité morbide, ils admettront qu’une action mécanique, certains agents irritants, une dyscrasie , un refroidissement, etc., pourront rendre malade un tissu, une muqueuse, en déterminer l'inflammation et le fonctionnement morbide ; et si cette irritation se porte sur la vessie, il en résultera une cystite, un fonctionnement pathologique de la muqueuse, qui, après avoir été aigus, deviendront chroniques; il y aura catarrhe vésical et tout le cortège des changements chimiques qui en

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sont la conséquence; et burine, devenue ammoniacale consécutivement, en séjournant dans la vessie, entretiendra l’irritation et empêchera mécaniquement la muqueuse de revenir au fonctionnement physiologique 1

Pour obtenir le ferment soluble qui transforme l’urée en carbonate d’ammoniaque, M. Musculus précipite les urines filantes par l’alcool ; le précipité obtenu , étant desséché à une douce température et pulvérisé , est repris par l’eau qui dissout la zymase uréique , laquelle peut être reprécipitée par l’alcool. 10 centigr. du nouveau précipité décomposent 20 centigr. d’urée- en moins d’une heure. Mais le résidu insoluble dans l’eau , lequel contient des matières minérales abondantes et, selon moi, les microzymas morbides du tissu de la muqueuse, est aussi actif, puisque, malgré l’abondance des matières étrangères, insolubles et inactives, il en faut seulement près du double pour produire le même effet!

Non , les germes de l’air ne sont pour rien en tout cela , et nous pouvons négliger le système préconçu de M. Pasteur, et son ferment spécifique de la fermentation ammoniacale de l’urée.

Oui, je le dis avec confiance : « Lorsque l’urine devient ammoniacale dans la vessie , le phénomène est corrélatif de la lésion ou de l’état morbide de quelque partie de l’appareil urinaire ; et le fait que l’urine peut devenir ammoniacale dans la vessie, et que cet état est corrélatif de la présence d’infusoires (- microzymas en chapelet , bactéries , bactéridies), tend à démontrer qu’il y a lieu de distinguer fonctionnellement les microzymas dans l’état de santé , des microzymas devenus morbides consécutivement à une altération quelconque de l’une des parties de 1 appareil urinaire... » par conséquent « les médecins qui ne voudront pas égarer leur diagnostic devront ne pas se préoccuper outre mesure de la forme des infusoires de l’urine, mais porter toute leur attention vers les lésions ou les troubles fonctionnels de leurs sujets (1). »

(1) A. Béchamp , Sur Les microzymas vésicaux comme cause de la fermenlaiion ammoniacale de l’urine , à propo3 d’une note de MM. Pasteur et Joubert. Comptes-rendus, t. LXXXIII , pp. 239, 283, 358 (1876).

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Et j ajoute : quels que soient ces troubles, fussent-ils psychiques. C’est ce qui ressortira de ce que je vais encore vous dire.

Il est facile de constater, même dans les cas pathologiques, que la composition de l’urine peut varier considérablement sans que son urée s’altère et sans qu’elle devienne ammoniacale. En voici la preuve.

Dans un cas de maladie de Bright bien constatée , avec diminution des urines, puisqu’on n’en obtint que 640“ dans plusieurs mictions, et qui avaient même été sanguinolentes avant le traitement institué à l’hôpital Saint- Eloi, de Montpellier, j’ai trouvé que les urines, encore légèrement acides, et assez peu colorées , contenaient 6er, 33 d’albumine par 1 0 00cc ; dans cette masse d’albumine, il y en avait 0ffr,73 restée soluble après la précipitation par l’alcool. J’ai d’abord cru à une augmentation de la néfrozymase! Eh! bien,. cette albumine restée soluble n’était pas la néfrozymase , car l’empois n’en a pas même été fluidifié. Attribuera-t-on la perte de la néfrozymase cà l’influence des germes de l’air? Non, mais cela témoigne d’un changement de fonctions des éléments anatomiques! Il est vrai que cette zymase disparaît dans l’urine qui subit la fermentation ammoniacale : mais celle de la maladie de Bright n’avait pas subi ce genre d’altération !

Dans un cas de paraplégie avec clysurie datant de quinze mois, chez un homme de quarante-cinq ans, fort, tempérament sanguin , il y a constipation opiniâtre avec urines fortement ammoniacales. Ces urines ne sont pas albumineuses; elles contiennent 0er,42 de néfrozymase active par litre. Donc l’alcalinité pathologique peut ne pas faire disparaître la néfrozymase, et on ne peut pas accuser les germes atmosphériques de l’avoir détruite , comme lorsque l’urine fermente à l’air!

Chez un autre malade , qui fut pris de douleurs dans les reins à la suite d’un refroidissement, et devint paraplégique après une chute , la miction fut difficile et rare. Au moment où j’examine ses urines, les douleurs dans les reins persistent avec secousses intermittentes dans les jambes. Le malade avait rendu, en vingt-quatre heures , 1510e' d’urines

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