DE L URINE PATHOLOGIQUE
légèrement acides. Elles ne fournissent par litre que 0sr,033 de précipité albumineux sc redissolvant dans l’eau, mais ne saccharifiant pas l’empois et ne le fluidifiant pas! La néfrozymase avait disparu (1). Ce malade fut envoyé à Balaruc d’où il revint presque guéri : les urines, analysées de nouveau, contenaient 0gr, 55 de néfrozymase par litre, de la vraie néfrozymase active (2).
Je pourrais multiplier ces exemples, je n’ajoute plus qu’une observation. Dans une thèse, concernant l’étude des urines chez les aliénés, M. le docteur Leblond (3) a souvent constaté que ces urines sont alcalines et ammoniacales, sans être filantes „ et contenant la quantité normale ou très diminuée de la néfrozymase. Il a même eu l’occasion d’examiner, chez certain aliéné, des urines acides qui contenaient des vibrions au moment de la miction!
Quoi qu’il en soit de ces observations, qui mériteraient d’être étudiées avec soin dans les cliniques , il faut retenir que l’urine normale contient une zymase qui est sans action sur l’urée , et que l’urine pathologique , dans certains cas, en contient une autre qui la décompose. Or, une zymase est toujours le produit de l’activité d’un organisme déterminé : si donc , une urine pathologique contient une zymase d’une certaine fonction , c’est qu’elle a été formée par un organisme capable de la produire ; et si cette zymase peut disparaître dans une urine , c’est que l’organisme qui la produisait ne fonctionne plus , ou fonctionne autrement; toujours physiologiquement, mais suivant un autre mode : le mode pathologique ou morbide , ou le mode de l’état de santé.
Parmi les moyens qui permettent aux germes de pénétrer dans la vessie, vous l’avez vu, M. Pasteur n’a pas manqué d’invoquer ceux qu’une sonde ou un instrument de chirurgie peut y porter. « Que l’opération de la lithotritie soit faite, dit-il, et que, peu de jours après, l’urine devienne ammoniacale , je suis porté à croire qu’il faut en attribuer
(1) Voyez : Mémoire sur la néfrozymase, cité plus haut (1865).
(2) Thèse de M. le docteur Leblond , in Thèses de la Faculté de médecine de Montpellier (1865).
(3) Ibid.
FERMENTS
la cause exclusive aux sondages ou à l’instrument qui a pénétré dans la vessie. » Et conformément à son système , il ajoute que, s’il était chirurgien, jamais il n’introduirait dans le corps de l’homme un instrument quelconque sans l’avoir fait passer dans l’eau bouillante , et mieux encore dans la flamme tout aussitôt avant l’opération, et refroidi rapidement. Oui, cela est dit sérieusement : et l’on ne veut pas convenir qu’un germe peut pénétrer avec l’instrument refroidi par la plaie béante et sanglante, les vaisseaux ouvertsl O exagération de l’esprit de système!!
Pour en montrer la fausseté et pour donner à l’ensemble qui précède sa plus haute démonstration, je vais rapporter l’observation d’un malade qui m’est très particulièrement connu , et dont j’ai examiné les urines pendant plusieurs années un grand nombre de fois, et pendant quelque temps jour par jour. Cette observation a été recueillie par M. le professeur Estor, à Montpellier. La voici, telle que je l’ai communiquée à l’Académie des sciences, en 1876, et à l’Académie de médecine, en 1881 (1).
Sur un cas très remarquable de rétention d’urine qui a exigé V application du cathéter. — Hémorrhagie ; complications; guérison. « Au mois d’avril 1871, M***, à la suite d’une journée fatigante, rentre chez lui sans éprouver aucun malaise; le soir, il est surpris de ne pouvoir uriner; mais le besoin n’étant pas très urgent, il pense qu’il peut, sans inconvénient, attendre au lendemain. Au réveil (la, nuit avait été bonne et calme), l’impossibilité est la même. Sans se préoccuper d’une circonstance au moins anormale, M*** sort et fait plusieurs courses assez longues ; il rentre fatigué et souffrant vers dix heures. La miction , même après avoir pris un bain, est toujours impossible. Pour remédier à un pareil état de choses, la vessie, commençant à se distendre, une sonde métallique est introduite dans le canal de l’urèthre : l’extrémité de l’instrument atteignit à peine la partie moyenne du canal , lorsqu’elle provoqua un spasme assez opiniâtre pour qu’il fût jugé prudent de retirer la sonde. Des applications émollientes furent faites sur l’abdomen et
(1) Bulletin de l’Académie de médecine, séance du 31 mai 1881.
de l’urine pathologique 7 35
le périnée; un bain de siège fut ordonné; rien n’y fit, et vers quatre heures du soir, au moins vingt-six heures après le début des accidents, l’introduction de la sonde fut de nouveau tentée sans plus de succès; mais en retirant la sonde, à peine le canal était-il débarrassé, qu’un écoulement très considérable de sang, une véritable hémorrhagie, eut lieu, à la suite de laquelle le malade urina spontanément et vida à peu près complètement sa vessie. Les jours suivants , la position semblait s’améliorer progressivement. Le dixième ou le douzième jour, cependant, la miction fut plus pénible, plus lente, et le résultat moins complet; le malade éprouvait, sinon une douleur véritable , au moins une certaine sensation de pesanteur au périnée. Plusieurs tentatives d’introduction de sondes (métalliques de gros calibre, n° 3 de Mayor) furent faites, mais elles réveillèrent toujours des spasmes très violents et des hémorrhagies assez considérables. Cependant la vessie ne se vidait pas complètement, et un jour, le quinzième de la maladie, le fond de la vessie se trouvait à trois ou quatre centimètres au-dessus du pubis ; des frissons suivis de chaleur se manifestèrent1 vers midi; ils se répétèrent vers le soir, et il devint indispensable d’évacuer l’urine. Une sonde de Mercier de gros calibre fut introduite malgré la résistance opposée par la prostate, et la vessie fut vidée (1). Aussitôt que l’urine, mêlée de beaucoup de sang, eut été évacuée, les accidents cessèrent, la nuit fut calme. La même sonde fut introduite ensuite régulièrement tous les jours, une fois d’abord, puis deux fois pendant quelque temps; peu à peu tout rentra dans l’ordre, sauf l’obligation pour le malade de se sonder tous les' jours, souvent trois ou quatre fois. Cela dura ainsi jusqu’au 17 novembre 1873 ; ce jour-là, sans cause connue, l’évacuation de l’urine se fit spontanément et il devint désormais inutile de se servir de la sonde. Aujourd’hui, 5 févriér 1874, la miction continue d’être naturelle. »
Tel est le cas dont j’ai été le témoin assidu. Il me reste à rapporter les observations que j’ai faites sur l’urine de ce malade, pendant près de deux ans et demi, tandis que le (1) Ce cathétérisme a été pratiqué par M. Courty.
OBSERVATION
patient se sondait. Je note d’abord qu’elle possédait, pendant les premiers jours, aussitôt après son issue de la vessie, une partie des caractères de l’urine altérée. Je n’insiste pas davantage sur l’état de l’urine à l’époque la plus rapprochée des accidents.
Environ .un mois après la première application de la sonde, le malade se sondait lui-même, en se servant de sondes de Lasserre. C’est l’urine ainsi recueillie qui a été examinée pendant plusieurs années.
Le 25 juillet 1871, grande quantité de bactéries de toute grandeur et quelques rares vibrions : globules de mucus normaux; beaucoup de microzymas libres et en chapelet. Urine acide, ne faisant pas effervescence quand on y ajoutait un acide. Volume de l’urine des 24 heures, 1400". Urée, par litre, 236r.
Le 20 septembre 1871, après un mois de séjour à la Preste. Les ferments, saufles vibrions disparus, comme le 25 juillet. Urine franchement acide.
Le 20 novembre 1871 , après un voyage de six semaines. Les ferments sont dans le même état que le 20 septembre. Volume de l’urine des 24 heures, 1150". Urée, 226r par litre.
Plusieurs observations, faites en 1872 , sont dans le même sens que celles de 1871.
Le 16 octobre 1873, après un séjour de six semaines à la campagne et de longues promenades. Les bactéries sont superbes , plus de microzymas ; les globules du mucus sont très normaux. Volume de l’urine des 24 heures, 1150", elle est toujours acide. Urée, par litre, 26er.
A partir du 20 octobre 1873 , Purifie est recueillie dans une fiole propre , dans le but de ramasser beaucoup de bactéries : le dépôt formé est séparé par décantation et accumulé. Il fourmille de bactéries. Nous verrons plus loin ce qu’il en est advenu , et de l’urine où elles étaient conservées.
Depuis le 17 novembre 1873, le patient cesse de se sonder. L’urine, examinée toutes les semaines au moment de la miction, contient toujours une foule de bactéries; elle contient aussi des bactéridies de toute dimension, ainsi
DE RÉTENTION d’üRINE
que des raicrozymas qui reparaissent isolés et accouplés. Il en est encore ainsi le 5 février 1874. L’urine est limpide , sauf les premières gouttes, franchement acide , sans odeur particulière: elle contenait 24sr d’urée par litre le 31 janvier précédent.
Revenons aux bactéries conservées dans l’urine : celle-ci, restée sur le dépôt des ferments, depuis le 20 octobre 1873 jusqu’au 5 février 1874, est encore très acide , bien que gardée dans mon laboratoire, dans une fiole non bouchée. L’urée y a été dosée le 3 février : 21gr par litre.
Et, chose digne d’attention, la plupart clés bactéries ont disparu; ce qui abonde, ce sont clés raicrozymas libres ou associés.
J’ai continué cet examen depuis, et en 18 76, pour conserver à la science cette intéressante observation , j’ai prié la Société de médecine et de chirurgie de Montpellier de vouloir bien nommer une Commission pour en constater la réalité.
Voici le procès-verbal de cette Commission (1), avec les dessins à l’appui , par M. Bordone , préparateur de M. Estor.
« Le 12 juillet 1876, à deux heures de l’après-midi, la Commission nommée par la Société de médecine et de chirurgie pratiques, dans sa séance du 11 juillet, s’est réunie à la Faculté de médecine dans le laboratoire d’anatomie pathologique et d’histologie de M. le professeur Estor.
» La Commission a examiné successivement : 1° un verre d’urine rendu la veille 11 juillet, vers six heures du soir; 2° un autre verre d’urine rendu à l’instant même et en présence des membres de la Commission dans les conditions suivantes : un premier jet d’urine a servi à balayer le canal, et ce n’est qu’ après qu’on a recueilli l’urine examinée.
» Examen de l’urine n° 1 . L’urine a une réaction franchement acide ; un dépôt muqueux assez abondant remplit le fond d’un verre éprouvette de dimension moyenne. On puise à 1 aide d’une pipette dans le fond du verre quelques
(») Le texte original est à l’Académie des sciences, depuis 1876.
OBSERVATION
gouttes de liquide qui sont examinées au microscope (obj. 5, oc. 2, Nachet).
» Dans le champ du microscope, on constate- un grand nombre de globules muqueux, de forme normale , quelques cellules d’épithélium; outre cela, un très grand nombre de bactéries , de granulations moléculaires libres , associées deux à deux , trois à trois , en chapelet ; il y a plusieurs bactéries associées deux à deux , bout à bout.
» Examen de l’urine , 2. L’urine a une réaction franchement acide; au fond du verre, il y a quelques mucosités légères. On prend avec une baguette au centre du verre quelques gouttes de liquide qui sont examinées au microscope (même grossissement).
» Dans le champ du microscope, on constate quelques cellules d’épithélium légèrement déformées ; un nombre assez considérable de bactéries animées d’un léger mouvement, seules ou associées; des granulations isolées et d’autres en chapelet, par deux ou trois.
» Montpellier, 12 juillet 187 6.
» Ont signé : Estor, Hamelin, Espagne, Grasset, Masse.
» La Commission était composée do : MM. Estor, Jaunies, Espagne, Hamelin , Masse et Grasset. »
Un concours de circonstances assez extraordinaires, qui ne se représentera peut-être jamais , m’a permis de compléter cette observation par l’étude minutieuse et attentive de l’état de l’urine delà même personne, antérieur au traumatisme.
Avant l’accident, les microzymas de cette urine étaient normaux , et l’urine se putréfiait aisément quand on l’abandonnait à elle-même. C’est l’urine de cette personne , à l’âge de quarante-neuf ans, qui a fait l’objet de l’expérience I , p. 711, et dont les ferments, après la fermentation ammoniacale, sont décrits p. 712. C’est encore l’urine du même sujet, à cinquante-deux ans, qui a été étudiée dans l’expérience V, p. 713. Les microzymas s’y sont transformés en chapelets de grains ou petite torulacée , et la fermentation ammoniacale, grâce à la créosote, ne s’est pas produite.
Enfin, j’ai pu continuer l’examen de l’urine depuis la
Fig. 3