GUÉRISON D’UNE BLESSURE
M. Pasteur, après avoir comparé la cassure d’un cristal (il dit blessure) à la blessure d’un membre, dit avec justesse :
« La condition de la guérison de l’animal blessé est que la nutrition à la surface de la blessure puisse avoir lieu dans les meilleures conditions possibles, » ce qui est incontestable, et pour cela « qu’on éloignera plus ou moins complètement les organismes microscopiques dans les liquides de la surface de la plaie..., » ce qui est impossible, puisque les liquides en question en contiennent nécessairement, sans quoi ils ne proviendraient pas de ce qui est vivant.
M. Pasteur a parlé là comme un homme qui ne sait pas ce que c’est que l’histologie. Un cristal blessé ! un cristal qui • çjuérit; un cristal qui se nourrit ; un cristal qui a des membres!! Quel abus des mots! Tout ceia est de même espèce que l’arbre de Diane de M. Tvndall , qui a des branches, du feuillage. Ah! que Lavoisier avait raison! N’allez pas parler à ces savants de cellules vivantes , de microzymas : ils vous rieraient au nez. « Le plus grand dérèglement de l’esprit est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, » a dit M. Pasteur en ses observations sur le Rapport de M. Gosselin ! Mais à qui l’appliquer cet apophtegme, si ce n’est au savant qui nous veut faire croire que la maladie' dans l’homme est comparable à la maladie de la bière, et la cassure d’un cristal, l’identique de la blessure d’un membre !
Mon intention n’est pas de vous exposer les travaux des plus savants chirurgiens sur le pus, et la théorie de sa formation. Je laisse de côté ce que les anciens ont observé ou pensé , mais M. Pasteur fait vraiment trop bon marché des travaux de savants tels que Küss , Virchow, Robin, Cohnheim qui tous ont appliqué la méthode expérimentale pour expliquer son apparition dans les plaies; quelle que soit la théorie , tous font procéder le pus de l’organisme lui-même , sans invoquer rien d’étranger. Ce qu’il y a d’incontestable cependant, c’est que tous ces savants ont négligé
vient de l’extérieur. » Et M. Pasteur assure, avec beaucoup de bon sens, que : a on ne le replacerait pas dans un milieu nutritif approprié qu il resterait blessé et sans guérison possible! » Quelle physiologie et quelles idées de la vie!!
PYOGÉNÈSE
les microzymas comme ils avaient négligé les granulations moléculaires en histogénie générale. Or, quoi qu’on fasse, on trouvera toujours des microzymas dans le pus; ils pourront ne pas changer de forme, ils pourront évoluer et produire des microzymas associés, des vibrions ou des bactéries, et la guérison des plaies n’en pas moins bien marcher, ainsi que cela résulle du Rapport de M. Gosselin et de tous les chirurgiens qui ont su observer. Dans une thèse remarquable, M. E. Baltus a examiné toutes les théories proposées; enfin il a recherché quel était le rôle des microzymas dans la pyogénèse (1);
M. Baltus a constaté tout d’abord qu’il y a constamment dans le pus des microzymas semblables à ceux qui existent dans les diverses humeurs , et il a observé qu’ils étaient personnellement des ferments. Ce fait constaté, il a cherché quelle était leur part dans le mécanisme de la pyogénèse. De nombreuses expériences faites sur le mésentère et la cornée de la grenouille l’ont amené à rejeter la théorie de M. Cohnheim , fruit d’une erreur optique, pour lui substituer la notion du microzyma facteur de leucocytes. Or, l’observation clinique est d’accord avec l’expérimentation pour montrer qu’au début de la formation du pus , les microzymas contenus dans les cellules ou répandus dans les espaces intercellulaires , se tassent et s’enrobent de membranes , qui les entourent par petits îlots. Ces noyaux ou globulins servent de point d’appel à de nouveaux microzymas qui sécrètent aussi une membrane autour d’eux; enfin la prolifération continue à l’intérieur du leucocyte ainsi formé et devenu granuleux. Et on serait dans l'erreur en considérant cette formule comme une simple vue de l’esprit. Soit qu’on examine avec attention les tissus enflammés dans les conditions expérimentales dont je vous ai parlé , soit qu’on se borne à l’étude des plaies en surface*, particulièrement à l’état de bourgeonnement, on reconnaîtra aisément la succession phénoménale que la plupart des observateurs , Lcbert etM. Follin, entre autres, avaient déjà signalée , mais sans en pénétrer la nature , faute d’idée directrice. Et il est
(t) E. Baltus , Théorie du microzyma. Élude théorique et pratique de la pyogénèse. In Thèses de Montpellier 1874.