LA CLAVELÉE
à lui-même. Àuzias Turenne a prétendu l’avoir inoculé au singe, mais le fait a été contesté par M. Ricord. — Les modernes parasitistes supposent que le microzyma syphilitique existe depuis l’origine des choses. La théorie du microzyma la fait venir de l’homme malade : il procède d’une cellule. Donné avait noté , dans le pus des chancres virulents , l’altération des globules de ce pus , dont quelques-uns , en voie de régression , lui paraissaient se dissoudre dans le liquide purulent, au sein duquel il voyait leurs débris. Ce sont si bien certains tissus ou cellules dont les microzymas deviennent morbides, que M. Ricord a démontré que le bubon reste, pendant un temps, le dépôt du virus : la substance virulente se trouve contenue dans l’intérieur du ganglion : le pus qui entoure ce dernier n’en contient pas; il faut que les parties soient en contact avec la lymphe pour que la substance virulente agisse sur elles (1), c’est-à-dire pour que les microzymas propres subissent l’évolution morbide.
La clavelée et ses microzymas. La clavelée est en quelque sorte la variole des bêtes à laine ; en effet, la marche , les complications et la terminaison de la clavelée sont semblables à celles de la variole chez l’homme. Une bête à laine, qui a eu la clavelée et en guérit, n’en peut plus être atteinte , de même que l’on n’a la variole qu’une fois. La maladie est contagieuse, comme la variole, et comme elle éruptive; caractérisée par des boutons qui se montrent sur diverses parties du corps , par exemple , autour de la bouche et des yeux, à la face interne des avant-bras et des cuisses, etc. La sérosité des pustules est virulente; on l’a inoculée pour préserver les troupeaux ; pour cela, on prend la sérosité des pustules , incisées du septième au quinzième jour, lorsque le sang a cessé de couler. L’inoculation donne rarement une éruption maligne. On a même essayé de claveliser, en . faisant pénétrer le virus par les voies digestives, en donnant à manger aux bêtes, du son mêlé de croûtes pulvérisées de pustules, recueillies sur des animaux infectés.
L’analogie de la clavelée avec la variole avait fait penser que le vaccin pourrait en préserver les moutons. La tentative a échoué. Tous ces faits étaient connus lorsque M. Chauveau
(l ) Palh. cell.,. p. 155.
ET SES MICROZYMAS
;i entrepris d’importantes recherches sur le virus daveleux, qui sont la conséquence de celles qu’il avait exécutées sur le virus vaccin. Il en est résulté plusieurs observations, qui sont en complète opposition avec les idées qui tendent à prévaloir. On sent bien, enlisant les Mémoires de M. Chauveau, que c’est un médecin qui écrit et qui observe. Bref, M. Chauveau démontre :
■1° Que le virus de la clavelée doit son activité à un corpuscule solide comme dans le vaccin. La partie soluble , non figurée, de la* sérosité claveleuse n’est pas inoculable.
2° Que ce virus n’est pas disséminé dans tout l’organisme. Les larmes, la salive, l’urine , les matières fécales , ont été inoculées sans succès.
3° Que le mucus nasal, pourtant, peut être inoculable , * quoiqu’on ne puisse pas constater la présence de pustules nasales ou pharyngiennes. Ce fait a porté à penser à quelque lésion pulmonaire; en effet, le poumon est le siège d’altérations plus ou moins semblables aux pneumonies lobulaires ou noclulées, si communes dans la variole , la rougeole, la morve. Or, ces lésions existent, et une goutte d’humeur extraite d’un noyau pneumonique claveleux , même délayée dans 500 fois son poids d’eau, permet d’inoculer la clavelée à la lancette, presque à tout coup.
4° Que , pour qu’il y ait contagion, l’inoculation n’est pas nécessaire. Sans lésion cutanée, sans effraction , les microzymas claveleux peuvent pénétrer dans la profondeur par les muqueuses des appareils respiratoires et digestifs. En effet, M. Chauveau « pratique, à l’aide d’un trocart une ponction à la trachée d’un mouton et lui fait aspirer, par le tube du trocart, au moyen d’un appareil à soupape, du virus claveieuxà l’étatpulvérulent, et produit ainsi l’infection claveleuse, non pas à tout coup, mais souvent; et la clavelée provoquée ne diffère en rien de celle qui résulte de la contagion naturelle ou spontanée. » Mais si la pénétration par le poumon échoue quelque-fois, elle réussit toujours par la voie gastro-intestinale. Une petite quantité (0sr,10) d’humeur claveleuse administrée dans un breuvage , après le repas , a donné la maladie, avec tous les caractères de la clavelée spontanée. C’est donc dans l’intimité de l’organisme