LE GERME DE LA BACTÉRIDIE
celui-ci ii un second cobaye du même âge, de celui-ci à un troisième, et ainsi de suite : nous verrons se renforcer peu à peu la virulence de la bactéridie. Bientôt nous pourrons tuer des cobayes de trois ou quatre jours , d’une semaine, d’un mois, etc., et enfin des moutons. La bactéridie est revenue à sa virulence d’origine. » Je vous fais grâce des explications de l’auteur, qui fait effort pour se rendre compte des variations de la virulence en sens inverse ; mais vous voyez que c’est la répétition de l’expérience de Davaine et de MM. Coze et Feltz sur le sang putréfié de la septicémie (1).
(1) M. Pasteur a dû chercher de tous les côtés le germe de la bactéridie charbonneuse. Mais il ne l’a pas plus trouvé qu’on n’a trouvé celui de la fièvre typhoïde. C’est ainsi qu’après s’être moqué avec tant d’urbanité des microzymas de la craie, il a profité de la conséquence de cette découverte qui m’avait conduit à rechercher les microzymas et les bactéries dans la terre cultivée ou non , et l’a confirmée , bien entendu, sans citer l’auteur de la première observation. Il a de plus confirmé un autre point de mes recherches et de la théorie des microzymas , savoir que ceux qui sont morbides peuvent conserver leur morbidité après la putréfaction du cadavre mort de maladie infectieuse. On lit, en effet, dans le Bulletin de l'Académie de médecine, t. X, p. 627 (mai 1881) : « Dans nos expériences, nous avons rencontré cette circonstance remarquable , que toutes les terres naturelles que nous avons eu l’occasion d’examiner renfermaient des germes propres à donner une septicémie particulière. » Septicémie particulière et non le charbon; pour trouver les germes du sang de rate, il faut les aller chercher dans les terres où l’on avait enfoui les animaux morts du charbon. C’est un argument nouveau contre l’hypothèse des germes préexistants. Il faut , à ce propos , rapporter la marche qui a été suivie par M. Pasteur, en laissant voir, une fois de plus, qu’il néglige toujours les germes de l’air, toujours si dangereux selon lui : voici succinctement la description de l’expérience : on puise la terre avec une cuiller de porcelaine flambée , et on la met dans un mortier de porcelaine flambé de même que son pilon ; on emploie une fiole , des tubes qui ont été chauffés à 200 degrés , et on filtre l’air sur du coton. Mais on opère dans l’air, avec de l’eau distillée; on se sert d’un siphon pour décanter. La terre est exposée à l’air pendant qu’on la broie; l’eau distillée et la solution de chlorure de calcium dont on se sert sont versés au contact de l’air. La seringue de Pravaz, pour nettoyée et chauffée qu’elle ait été, doit être remplie; les transvasements se font à travers l’air; au moment où l’injection est poussée sous la peau du ventre, rien ne dit qu’un germe insidieux n’a pas été introduit au passage, etc., etc. Et remarquez que je ne conteste pas les résultats. Mais enfin , M. Pasteur n’évite pas l’air et prouve ainsi ce que j’affirme. M. Pasteur enfin s’imagine que les germes de la terre viennent de l’air et ne tient pas compte des êtres vivants nombreux de toutes sortes qui y ont laissé leur détritus et leurs microzymas après leur mort. Malgré cela, pas de charbon , quand on ne va pas puiser dans la fosse charbonneuse!
LA VIRULENCE BACTÉRIDIENNE
Quoi qu’il en soit, voilà que la bactéridie, qui est près de n’être plus virulente, en passant au travers de plusieurs organismes sains, de même que le vibrion septique du sang putréfié, redevient virulente au maximum! Est-ce compréhensible ? On conçoit qu’un parasite soit malfaisant par luimême, de quelque façon que l’on explique sa malfaisance; mais comment comprendre qu’un organisme sain communique la virulence qu’il ne possède pas ? Et pourquoi faut-il qu’il passe au travers de plusieurs? Les plus beaux raisonnements n’y font rien : cela est inexplicable , car nul ne peut donner ce qu’il n’a pas. Et je néglige pour le moment cette autre remarque : tous les animaux atteints de sang de rate ne meurent pas; il y en a qui guérissent, comme on guérit de la variole, de la fièvre typhoïde, etc.; que devient alors la bactéridie ou les autres parasites? les millions de bactéridies, etc., qui les avaient envahis? Evidemment les choses ne se passent pas comme on se l’imagine : on ne veut pas comprendre que nous avons affaire dans l’étude des maladies à des milieux et des substances bien différentes de la bière , qui sont d’un ordre bien plus élevé que ceux que l’on suppose simplement doués de propriétés physico-chimiques.
Je n’en finirais pas si je voulais consacrer autant de temps à toutes les maladies que l’on dit parasitaires. Si j’ai longuement insisté sur le sang de rate , c’est parce que l’évolution morbide du microzyma y produit la forme bactérienne qui s’éloigne le plus des formes ordinaires et dont il était le plus difficile de montrer la filiation. Quand on appliquera sérieusement la théorie du microzyma , on découvrira certainement dans le sang de rate ou dans quelque centre d’activité physiologique le microzyma déjà virulent avant toute évolution. Ce qui est absolument certain , en conformité de cette théorie, c’est que dans la vaccine , dans la clavelée, dans la vaA'iole , M. Chauveau, comme M. Estor et moi, n’a vu que des microzymas. Plus tard, M. Klebs et M. Pasteur ont signalé, comme nous l’avons fait pour le tuberculé pulmonaire , dans certains cas , le microzyma associé à deux ou un plus grand nombre de grains, regardant ces formes comme étant des parasiles.