LE CHOLÉRA DES POULES
Le choléra clés poules est encore une maladie regardée comme parasitaire. M. Moritz l’a soupçonné; M. Perroncito a vu le parasite et fait voir que la maladie çst inoculable ; M. Toussaint l’a cultivé; mais, malgré cela, on réclame pour M. Pasteur exclusivement la démonstration de la nature parasitaire de la maladie. Je le veux bien! Le prétendu parasite est un microzyma associé extrêmement petit qui par la culture se résout, pendant qu il se multiplie, en microzymas naturellement plus petits. L auteur de Ferments et Maladies, qui n’est pas encore habitué à voir des microzymas, ne peut pas s’empêcher de s’écrier : « Nous sommes évidemment là dans un monde différent de celui des vibrions. » C’est un homme émerveillé! Vraiment, après cela je comprends qu’en 1870 M. Pasteur n’ait pas aperçu les microzymas de la flacherie dans les œufs des vers à soie ! M. Duclaux dit même que ces microzymas ressemblent à ceux de la variole, du vaccin, de la clavelée; et en vrai néophyte qu’il est, il dit encore : « Nous approchons du monde des virus les plus anciennement connus ! » Vous le voyez, c’est un Christophe Colomb qui découvre un nouveau monde! M. Pasteur a trouvé que son microbe en 8 , c’est-à-dire celui de M. Perroncito , comme tout microzyma morbide, tend à perdre sa morbidité. Le vrai mérite de M. Pasteur, c’est d’avoir noté qu’entre la virulence maximum et la virulence nulle il y a des degrés : il s’est servi des plus atténués comme d’un vaccin , et cette observation a précédé celle qu’il avait faite sur la bactéridie du sang de rate. Je vous reparlerai de ce microzyma à propos d’une théorie de la virulence qu’il a suggérée à M. Duclaux ou à M. Pasteur.
Je ne citerai que très brièvement d’autres affections
microzymas de cellules ou d’épithéliums pour des productions végétales dans le sens botanique ; M. Robin lui-même, en les appelant des spores, fait la même confusion. Je ne peux pas trop répéter que le microzyma n’est pas une spore dans le sens botanique du mot, autrement un animal, par un abus de langage, serait un amas de spores. Non, le microzyma est à la base de l’animalité aussi bien que de tout ce qui vit, il est ce par quoi un tissu, une cellule, tout î’être sont vivants. M. Pasteur fait les mêmes confusions que tout le monde, en prenant pour germe de maladie, primitivement créé pour cela, ce qui est le propre de l’être.
ERYSIPELE. ROUGEOLE
que l’on a regardées comme causées par des parasites.
Erysipèle. Microzymas, dits micrococcus , vus par M. Lukowski ^lans la peau infiltrée d’un érysipélateux, et par MM. Vulpian et Troisier dans le sang, au déclin d’un érysipèle. M. Orth croit que le parasite est une petite bactérie de forme -spéciale; c’est que, dit M. Duclaux, il y a érysipèle et érysipèle. On découvrira, sans doute, autant de parasites qu’il y a de formes et de circonstances où l’inflammation érysipélateuse de la peau se produit.
Dipthérie. Microzymas, dits micrococcus , vus par M. Oertel dans les muqueuses , les vaisseaux lymphatiques du pharynx, du larynx, etc.
Scarlatine. Microzymas, dits monadines, très petits (1).
Maladies rhumatismales avec leurs conséquences, affections du cœur. Microzymas , dits micrococcus ou monadines.
Dans la rougeole comme dans la tuberculose , dit-on , il y a des corpuscules morbides d’une telle petitesse, qu’il était difficile de les reconnaître pour des organismes. Ces microzymas si difficiles à reconnaître, on les a trouvés aussi dans la pneumonie, dans les néphrites, les hépatites, la parotite et la méningite cérébro-spinale épidémiques. Dans la leucémie , le sang a été souvent trouvé riche en microzymas , dits monadines très petits , etc. , etc. La plupart de ces découvertes ont été faites par M. Klebs, qui partout voit des parasites (2),
M. Pasteur en a fait une bien plus mémorable encore. Ayant examiné du pus d’ ostéomyélite et de furoncles ,
(1) MM. Coze et Feltz avaient déjà observé que dans la variole, la scarlatine et la rougeole, le sang contient des formes qui se rapprochent des Baclerium termo et punctum. Au contraire, dans la septicémie, la fièvre typhoïde et la fièvre puerpérale, la bactérie est du type Bacterium calenula (bâtonnets juxtaposés bout à bout). Donc, selon les altérations provoquées, selon les dyscra3ies du sang, des humeurs, des tissus, les formes évolutives des microzymas varient; ils varient comme dans les expériences in vitro avec la nature du milieu.
(2) Voir, in Transactions of the International medical Congress , London. Vol. I., p. 323, la communication de M. Klebs, intitulée : « Giebt es specifische organisirte krankheitsursachen? » Existe-t-il des causes organisées spécifiques de maladies?
l’oSTÉOMYÉLITE. — la RAGE
deux lésions s’accomplissant dans deux régions bien différentes du corps , y a trouvé des microzymas formés de points sphériques réunis par couples de deux grains, quelquefois associés en amas, ou des chapelets de quatre grains. Il en a fait le microbe 'parasite de ces affections : ce microbe, il le dit aérobie; il l’a cultivé et l’a inoculé au lapin, au cobaye sans produire d’ostéomyélite ou de furoncle, et l’auteur de Ferments et Maladies trouve que « cela est regrettable ! « M. Estor , qui avait , comme moi , vu ces microzymas associés dans presque tous les pus , qui les avait décrits dans le kyste dont je vous ai parlé, s’écrie : « Appliquée à l’ostéomyélite et aux furoncles, la théorie frise l’absurde ! »
La rage n’a pas encore été rangée parmi les maladies que l’on dit reconnues parasitaires. On n’est pas encore en possession du microbe rabique ; mais le courant du système porte de ce côté. M. Duboué avait été conduit par de sérieuses études d’anatomie pathologique et de physiologie expérimentale à faire une découverte capitale: il avait vu, contrairement à ce que l’on croyait, « que le virus rabique, loin .d’être absorbé (dans le sang), se propage depuis le point d’inoculation jusqu’au bulbe rachidien, en suivant certaines fibres nerveuses qui relient les centres nerveux à toutes les parties du corps. » M. Pasteur a poursuivi la voie indiquée et a confirmé la découverte de M. Duboué. Ce savant a été obligé de revendiquer comme lui appartenant, non seulement l’hypothèse, mais le fait même qu’il avait établi sur un fondement solide. C’est donc la substance nerveuse, dont les microzymas subissent l’évolution morbide , qui produit la rage (1).
(1) Au moment de livrer à l’impression cette partie de la Conférence, j y insère les résultats de deux publications de M. Pasteur, qui vont contre son système de la panspermie microbiotique préexistante.
L une est relative au Rouget ou mal rouge des porcs; cette maladie, que M. Klein avait appelée pneumo-entérite du porc et regardée comme produite par une bactérie spéciale, a de nouveau été étudiée par M. Pasteur, qui n’y trouve pas de bactérie, mais y voit « un microbe spécial... si ténu qu’il peut échapper à une observation même très attentive. C’est du microbe du choléra des poules qu’il se rapproche le plus. Sa forme, dit M. Pasteur, est encore celle d’un 8 de chiffre , mais plus fin, moins visible que celui-là. » Et ce microzyma associé,
THÉORIE DU RENFORCEMENT
Tels sont les faits sur lesquels les parasitistes fondent leur système. Avant d’en achever la critique et de faire voir quelle est leur explication dans la théorie du microzyma, il est nécessaire de connaître les explications qu’ils en fournissent eux-mêmes , car tout n’est pas dit quand on a reconnu que la maladie peut être communiquée par un microbe ; on prétend aussi expliquer en quoi consiste la virulence et ce que deviennent le parasite et sa virulence d ans les inoculations préventives et lorsque la guérison de la maladie parasitique a été obtenue.
La théorie clu renforcement de M. Pasteur. Tout à l’heure je vous ai montré un parasitiste admettant que le germe morbide était puisé par l’air dans un organisme malade, et j’ai dit que c’était la négation du système; j’ajoute que c’est explicitement reconnaître la spontanéité des maladies.
qui est « sans action sur les poules , tue les lapins et les moutons. » (Comptes rendus, t. XCV, p. 1120.) — Et il n’est pas sans intérêt de faire remarquer que la maladie est mortelle, surtout à la race blanche , dite perfectionnée, c’est-à-dire celle qui a été modifiée par l'éducation, celle dont les microzymas sont les plus susceptibles !
C’est encore un microbe en 8 de chiffre! s’écrie M. Pasteur : Eh! oui. Monsieur, à mesure que vous étudierez davantage, vous en trouverez de tout semblables, et vous en trouverez d’inolfensifs, et vous découvrirez de plus en plus que les microzymas ne sont pas imaginaires!
La seconde concerne le virus rabique. Continuant à travailler dans la voie qu’avait trouvée M. Duboué, M. Pasteur nous apprend ceci : « Le système nerveux central est le siège principal du virus rabique; on l’y trouve en grande quantité; on peut l’y rechercher à l’état de parfaite pureté. La matière rabique inoculée à la surface du cerveau, à l’aide de la trépanation, donne la rage rapidement et sûrement. Les expériences portent à croire que dans les inoculations parle système sanguin, la moelle épinière est la première atteinte, c’est-à-dire que le virus s'y fixe et s’y multiplie tout d’abord. » (Comptes rendus, t. XCV, p. 1187., Pasteur, en collaboration : Chamberland, Roux et Thuillier).
C’est la confirmation de la découverte de M. Duboué, dont le nom n’est pas même rappelé.
M. Pasteur assure « qu’il y a des guérisons spontanées de la rage après que les premiers symptômes s’étaient développés , jamais après l’apparition des symptômes aigus. « Si la maladie est parasitaire, si le virus se multiplie, on ne comprend pas la guérison. Dans la théorie du microzyma, elle se comprend, car c’est le microzyma nerveux qui devient morbide, et qui peut revenir à l’état normal., si la maladie n’a pas envahi une trop grande partie de la masse nerveuse. On parle de la grande quantité et de la pureté du virus dans le système nerveux central : en effet, c’est le centre d’activité où la matière propre du microzyma est la plus abondante.
THÉORIE DU RENFORCEMENT
Mais on ne l’entend pas ainsi. A foree de raisonnements, on croit venir à bout de sauver le système. On applique pour cela l’hypothèse du renforcement dont je vous ai parlé à propos de la bactéridie charbonneuse atténuée à l’extrême, ou même non nocive, qui peut redevenir virulente au maximum, en passant au travers d’un organisme donné, un plus bu moins grand nombre de fois. Il est nécessaire de mieux connaître l’usage que l’on fait de l’hypothèse.
M. Pasteur suppose une épidémie qu’un affaiblissement de la virulence du microbe (l’auteur dit virus) a éteinte. Comment peut-elle renaître? très simplement: par le renforcement de la virulence du microbe sous certaines influences. Soit la peste, par exemple. C’est, dit M. Pasteur, une maladie virulente propre à certains pays ; il suppose que son microbe atténué doit y exister , prêt à reprendre son activité quand certaines influences: conditions de climat, de famine, de misère, s’y montrent de nouveau. On pourrait bien faire observer que les nosologistes invoquent les mêmes causes sans avoir besoin de microbe ; mais voici qui est encore plus fort. M. Pasteur reconnaît que certaines maladies contagieuses, virulentes, le typhus des camps, par exemple, apparaissent spontanément dans certaines contrées; comment cela? Ecoutez: « Sans nul doute, dit-il, les germes des microbes , auteurs de ces diverses maladies, sont partout répandus. L’homme les porte sur lui dans son canal intestinal, sans grand dommage , mais prêts à devenir dangereux lorsque, par des conditions d'encombrement et de développements successifs à la sw face des plaies, dans des corps affaiblis ou autrement , leur virulence se trouve progressivement renforcée. «Encore une fois, les pathologistes ne parlent pas autrement des causes sans être parasitistes : il en faut bien moins pour qu’un microzyma devienne morbide!
Et ce n’est pas tout: voici qu’un parasite quelconque, de l’ordre des microbes, peut devenir cause de maladie. En effet, M. Pasteur admet qu’un organisme microscopique, inoffensif pour un animal donné ou pour l’homme , est un être qui ne peut pas se développer dans le corps de l’homme ou de cet animal, mais qui, venant à pénétrer dans une
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THÉORIE DU RENFORCEMENT
autre des mille et mille espèces de la création, et Y envahissant, pourra la rendre malade; alors, sa virulence, se renforçant par des passages successifs dans les corps d’individus de la même espèce, pourra devenir en état d’atteindre tel ou tel animal de grande taille, l’homme ou certains animaux domestiques. Et voilà comment sont nées, à travers les âges, la variole, la syphilis, la peste, la fièvre jaune (1), etc.
Je ne m’attarderai pas à vous montrer que tout cela est purement hypothétique et dérive d’un système évidemment faux en principe, qui ne voit dans l’être organisé que de la matière douée de propriétés physico-chimiques. J’ai le droit de parler ainsi, car il n’est plus permis de négliger les microzymas dont nous sommes formés. Ce microbe que l’on croit primitivement créé (après ce que je viens de vous dire, d’après M. Pasteur lui-même,' cela est incontestable), pour nous rendre malades, soit directement, soit après avoir passé à travers certains individus, n’existe pas et n’a jamais existé normalement dans l’atmosphère ; il est le fruit de la maladie; il est ce que, sous certaines influences, que les vrais médecins ont spécifiées, le microzyma physiologique peut devenir, non pour transmettre la maladie, quoique pouvant la transmettre, mais parce qu’il y a eu maladie. Le microbe, ou germe de microbe, n’est qu’un microzyma déguisé dont on veut faire perdre la trace.
Conséquences ait point de vue des inoculations préservatrices de l’hypothèse du renforcement. Remarquez combien est étrange le système parasitique de M. Pasteur. Voilà un être d’une malfaisance atténuée ou nulle , dont la virulence s’accroît dans un organisme, dans un sang vivant et en circulation. Jamais on n’a vu un vrai para-
(1) Du reste, des expériences directes ont prouvé la fausseté de ce point de vue. MM. Coze et Feltz ayant injecté à des lapins du sang de varioleux ou de scarlatineux, «ce n’est ni une variole, ni une scarlatine qu’on détermine; l’inoculation, l’exanthème, la marche typique font défaut: ce qu’on provoque dans tous ces cas, c’est une septicémie. » Or le sang de ces animaux contient des bactéries avant la mort; ce sang septicémique devient de plus en plus virulent jusqu’à un maximum, en passant au travers du corps de plusieurs animaux de même espèce, mais ne donne jamais qu’une septicémie.