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LE SYSTÈME DES SCHIZOMYCÈTES

quoiqu’il n’en connaisse pas l’usage , ne sont aucunement nuisibles à la santé. Mais ces schizomycètes sont supposés pouvoir se combiner avec une substance soluble, venue de l’extérieur, et acquérir ainsi la propriété de tuer l’animal dans le corps duquel la combinaison s’opère, ainsi qu’un nombre illimité d’animaux quand ceux-ci sont inoculés avec le schizomycète , devenu virulent , issu de cet animal ; et M. le professeur Fokker, adepte du système, résume ainsi la doctrine : « Tandis que les uns prétendent que chaque maladie virulente a son microbe spécifique qui est le seul qui puisse produire ce virus, mais qui en dehors de cette fonction n’est bon à rien , M. Naegeli soutient qu’il n’y a qu’une espèce de schizomycète, que c’est toujours le même qui aujourd’hui fait fermenter le lait, qui demain fera pourrir la viande, et qui après demain, lorsqu’il aura pénétré dans un corps humain, produit la variole, le charbon, etc. Les microbes qui reproduisent le virus inoculé par Davaine ne peuvent être que les organismes qui existent dans chaque corps à l’état physiologique. Ces organismes se combinent avec la substance toxique introduite dans le corps et la reproduisent en se reproduisant eux-mêmes (1). » Il est inutile de discuter ce système : un schizomycète est un végétal. Or il n’y a pas de végétaux , de fonction connue ou inconnue, dans un animal sain. En somme, le système de M. Naegeli n’est qu’une variante de celui de M. Pasteur ; celui-ci suppose dans le microbe un stock de virulence qui s’épuise par oxydation ou autrement ; celui-là, une combinaison de matière virulente avec un schizomycète inoffensif ; mais c’est là un genre de combinaison imaginé pour les besoins du système, mais qui n’a

histologistes de profession, des médecins même, regardent ces prétendus caractères comme démonstratifs du parasitisme et comme constituant des découvertes de premier ordre. C’est ainsi que, dans la phthisie même, on signale maintenant des bactéries qui apparaissent dans le tubercule cru , dans le tubercule caséeux, comme étant le parasite de cette maladie. Tout ce livre proteste contre ces erreurs, qui finiraient par faire regarder les développements embryologiques et nos actes physiologiques les plus importants comme parasitiques.

(i) Fokker, Relations des organismes microscopiques avec les maladies spécifiques. International medical Congress. London. Vol. I, p- 330.

MICROZYMAS ET PARASITISME

aucune réalité, car une combinaison, au sens chimique, ne se reproduit pas par génération. C^est par abus de langage qu’on s’exprime ainsi. Quant à l’idée de l’unicité de la cause, elle n’est qu’une imitation de la théorie du microzyma appliquée de travers.

J’ai fidèlement exposé les travaux et les opinions des auteurs. Les travaux prouvent à leur façon que ce que l’on considère comme étant un parasite provient de l’organisme malade, est l’effet de la maladie, loin d’en être la cause. Bien qu’en passant j’aie fait ressortir cette conséquence , il faut encore insister.

La théorie du microzyma et Le système des parasitistes. Ce qui manque le plus au système parasitique des maladies, c’est une base expérimentale ; en réalité , il est fondé sur une opinion préconçue. Il n’a pas été démontré qu’un microbe spécifique de telle ou telle maladie déterminée existe primitivement dans l’air. O11 l’a cherché, mais en vain. Le système pèche par la base.

Le fait est indéniable : oui, il y a des organismes microscopiques, depuis le microzyma jusqu’au bactérien le plus développé qui en dérive par évolution, qui sont capables de communiquer des maladies. Le nier, c’est nier l’évidence. Mais ils ne se rencontrent dans l’air, dans les eaux, dans le sol qu’accidentellement, et alors nous savons d’où ils proviennent. Du reste, on en convient expressément (1). En fait, lorsqu’on a pu, avec un microbe delà terre, donner le sang de rate , on a été obligé d’aller le chercher dans celle où le cadavre d’un animal, mort du charbon, avait été enfoui. Ce fait, considéré en lui-même, établit solidement la notion de la spontanéité morbide , non pas la spontanéité sans cause, entcndez-le bien, mais la spontanéité physiologique provoquée. On 11’a pas le droit d’appeler parasite une partie quelconque d’un être vivant, y existant, ou

(1) « L’air ordinaire, dit M. Pasteur, ne renferme que çà et là, sans aucune continuité, les conditions premières du développement des organismes microscopiques dans les infusions : ici il y a des germes, à côté il n’y en a pas, du moins, dit-il, pour les liquides sur lesquels j’ai opéré! » La réserve était prudente, en effet, car s'il y avait mis du lait, il se serait caillé; de la viande, elle se serait putréfiée, etc.

MICROZYMAS

qui, en étant sorti, y rentre; autrement il faudrait dire que les globules du sang qui passent par la transfusion d’un individu dans un autre , vivent en parasites dans cet autre (1). Mais examinons les choses de plus près.

(1) Il ne faut pas se laisser piper par les mots. On appelle parasites, mais par extension, des productions qui se font dans un corps vivant et qui se développent aux dépens de sa substance: on dit a une excroissance parasite. » (Littré). Les anciens considéraient la plupart des tumeurs comme des productions parasites. M. Virchow dit aussi: « toute formation qui ne produit pas d’élément pouvant être d’une utilité quelconque pour le corps, doit être considérée comme un parasite.» Et poursuivant cette étrange manière de voir, il ajoute: « L idée de parasitisme est l’idée de l’autonomie de chaque partie du corps. Chaque cellule épithéliale ou musculaire, possède, par rapport au reste de l’organisme , une sorte d’existence parasitaire. De même la cellule d’un arbre possède, par rapport aux autres cellules de cet arbre , une existence particulière qui lui est propre : elle enlève aux autres éléments une certaine quantité de substances nutritives. Le parasitisme , dans le sens restreint de ce mot, résulte du développement de l’idée d’autonomie des parties isolées. Tant que l’existence d’une partie est rendue nécessaire par celle des autres parties, tant que cette partie sera utile aux autres d’une manière quelconque, on ne saurait la nommer parasite : elle le sera du moment qu’elle deviendra étrangère ou nuisible au corps. Il ne faut donc pas limiter à une seule série de tumeurs l’idée de parasitisme; elle appartient à toutes les formations hétérologues dont les transformations successives n’amènent pas la formation des produits homologues, et qui produisent des néoplasies plus ou moins étrangères à la composition de l’organisme. Chacun des éléments de ces tumeurs enlèvera au corps des substances qui pourraient être autrement employées, et comme pour exister l’élément a dû détruire des parties normales , comme son premier développement suppose la suppression de la cellule qui l’a formé, on peut dire que ces éléments hétérologues sont destructifs dans le début de leur existence, et qu’ils finissent par attirera eux des sucs nécessaires au corps, à mesure qu’ils se développent. » ( Pathologie: cellulaire, p. 387.)

C’est par une extension abusive du. sens vulgaire du mot qu’on peut dire qu’une cellule, un organe sont parasites dans l’organisme; la cellule, l’organe sont, dans un corps, comme les hommes dans une société bien réglée : si la cellule utilise ce qui lui est fourni par le reste du corps, c’est pour fournir à son tour au bon fonctionnement de toutesles parties; loin d’être parasites, les cellules sont solidaires; le bon fonctionnement de l’une suppose celui des autres. D’ailleurs, si les formations hétéromorphes prennent à l’organisme pour se développer, elles lui rendent aussi ; seulement elles lui rendent le mal pour le bien. Quoi que l’on pense des rapprochements de M. Virchow, ce n’est que par extension et comme image que l’on peut dire qu’une tumeur, une cellule morbide sont des parasites dans l’économie. Dans tous les cas, il n’y a là rien qui ressemble au parasitisme de la microbie préexistante de M. Pasteur et des parasitistes.

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