LES FONCTIONS QUI RÉSISTENT A LA MORT
comme il concevait la maladie dans la bière ou dans le vin.
Non, ce n’est pas dans une conception physique de la vie qu’on trouvera l’application scientifique et médicale de ce langage. La vie, l’ensemble de ces Conférences le prouve, ’ résulte de propriétés nouvelles, multiples dont est douée la matière dans les microzymas, dans les cellules et les tissus qu’ils servent à édifier. La théorie générale qui en découle doit, non seulement être d’accord avec les découvertes anciennes et modernes concernant l’histologie hvgide et morbide, mais les embrasser toutes en en faisant concevoir de nouvelles ; c’est pourquoi j’ai cherché à la rapprocher des opinions de Bichat, opinions qu’un médecin ne doit pas plus négliger qu’un chimiste celles de Lavoisier. Or, le grand fondateur de l’histologie, dès le début de ses Recherches physiologiques sur la vie et la mort , dans une formule singulièrement énergique et bien connue, s’exprime comme ceci au sujet de la vie : « On cherche, dit-il, dans des considérations abstraites la définition de la vie ; on la trouvera, je crois, dans cet aperçu général : la vie est l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort. »
Les fonctions qui résistent à la mort ! A-t-on bien compris cet énoncé? Je ne le crois pas. Voyons donc quel commentaire Bichat lui donnait.
Tout corps organisé étant composé de solides et de fluides, Bichat regardait les premiers comme doués de propriétés vitales qu’il refusait aux seconds. Les fluides étaient supposés ne contenir que les matériaux dont se forment les solides en même temps que le résidu de l’usure de ceux-ci. Bref, les solides sont actifs, les fluides passifs.
Appliquant ces notions, l’illustre médecin soutenait que : a les propriétés vitales siégeant essentiellement dans les solides, les maladies n’étant que des altérations des propriétés vitales, il était évident que les phénomènes morbifiques résident essentiellement dans les solides.... » Cependant il ne négligeait pas la part qui revient aux fluides. « N’allez pas croire, disait-il, que les fluides ne sont rien dans les maladies : très souvent ils en portent le germe funeste... Tant que les fluides sont dans leur état naturel.
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ils déterminent une excitation naturelle. Mais qu’ils changent de nature par une cause quelconque, que des principes étrangers s’y introduisent, à l’instant ils deviennent des excitants contre nature ; ils déterminent des réactions irrégulières ; les fonctions sont troublées, les maladies surviennent (1). »
Peu importe, après cela, que Bichat ait admis l’introduction accidentelle de substances étrangères dans le sang, soit par voie gastro-intestinale, soit par le poumon, etc. ; en cela il avait les préjugés de son temps, mais il n’en reste pas moins l’affirmation, intuition du génie, que les propriétés vitales sont -t l’apanage de ce qui est structuré dans l’être organisé , et que ce sont ces propriétés qu’un changement quelconque des fluides altère et rend morbifique. Et Bichat mourut en 1832, à l’âge de trente-un ans!
Bichat concevait donc la possibilité, par une cause quelconque, d'un changement de nature des fluides et l’altération corrélative des propriétés vitales des solides capable d’amener leur état morbifique.
Je vais essayer d’approfondir cela à la lumière des faits que nous ont fournis l’histoire des microzymas et les expériences des parasitistes.
Les dyscrasies naturelles et provoquées. J’ai plusieurs fois invoqué la dyscrasie pour expliquer certains faits des parasitistes. Il importe de bien préciser le sens de ce mot dans la théorie du microzyma. Je rappelle brièvement que les microzymas changent de fonction, en subissant une sorte de maturation, depuis l’ovule, la fécondation, le développement embryonnaire et fœtal jusqu’à l’âge où l’être peut se reproduire; qu’ils sont doués de propriétés, chargés de fonctions diverses dans les différents centres d’activité organique et capables , dans les tissus de l’animal , ou soustraits à l’animal , dans le tissu même et dans divers milieux de culture, d’évoluer pour devenir l’une des formes de l’évolution bactérienne ; enfin , que nous pouvons agir sur eux pour les empêcher d’évoluer, et
(1) Bichat, Anatomie générale , § IV des Considérations générales, Des propriétés vitales et de leurs phénomènes considérés relativement aux solides et aux fluides. Edition Maingault. 1818.
DYSCRASIES NATURELLES
sur les cellules pour arrêter leur destruction par régression.
Et les influences que nous pouvons faire intervenir ainsi, pour être minimes en apparence, n’en produisent pas moins des effets considérables. Oui, un très léger changement, dans le milieu où vivent un microzyma et une cellule , suffit souvent pour modifier leur manière d’être , au point que la cellule se détruit ou se conserve , un microzyma évolue ou n’évolue pas, produit ou ne produit pas de cellule. Reportez-vous aux expériences relatives à la génération spontanée, à la mère de vinaigre, à la levûre de bière, au lait, aux microzymas des divers tissus à tous les âges, après la mort et pendant la vie.
Le milieu naturel, normal, pour la mère de vinaigre, c’est le vinaigre ; pour la levûre de bière, c’est le moût du brasseur ou quelque mélange analogue ; ce n’est que là que leurs conditions normales d’existence et de vie sont réunies : ce sont là leurs milieux crasiques , dirais-je, si le mot était accepté. Les milieux artificiels variés dans lesquels je les ai placées pour les obliger, l’une à donner des bactéries ou à produire des cellules, l’autre à régresser pour mettre les microzymas en liberté, constituent à leur égard ce qu’en médecine on appelle des dyscrasies.
Les fluides au sein desquels vivent et fonctionnent nos cellules et nos tissus, dans l’état normal et naturel sont de même crasiques. Après la mort, le milieu devient rapidement dvscrasique ; la cellule se détruit et les bactéries apparaissent.
Et remarquez-le bien, à mesure que, par la fermentation, la levûre modifie son milieu , son fonctionnement est plus ou moins entravé. C’est que les produits de la désassimilation qui restent dans le liquide ambiant le constituent à l’état dyscrasique pour la levûre.
Il n’en est pas autrement pour chacun des éléments anatomiques de nos tissus. Ils sont placés et fonctionnent dans des milieux (les fluides de Bichat) qui, par d’admirables dispositions naturellement réalisées , conservent une composition sensiblement constante; ils varient sans cesse, sans doute , mais sans cesse ils sont ramenés au même type