ET PROVOQUÉES
de composition. Cet état de composition constante, ce juste mélange est ce qu’en médecine on appelle la crase des humeurs et du sang. La dyscrasie , c’est l’écart de l’état physiologique dans la composition des humeurs , soit par augmentation ou diminution de quelque composant essentiel, ou par addition d’un élément étranger. Une perte de chlorures , une addition des éléments de l’urine suffisent pour amener la souffrance , c’est-à-dire une altération des propriétés vitales des solides. Qu’une rétention d’urine prolongée survienne, et la fièvre caractéristique , la mort même sont proches ! J’ai cité les expériences de MM. Baltus et J. Béchamp, desquelles il résulte qu’un animal meurt par dyscrasie additive de matières albuminoïdes ou de zymases ; l’addition de minimes quantités de microzymas pancréatiques dans le sang- occasionne des désordres graves et même la mort; que dis-je? l’addition d’une trop grande quantité d’can produit le même effet.
Cl. Bernard a rapporté des expériences où de la levûre de bière a été injectée dans les vaisseaux. Des phénomènes adynamiques , des hémorragies passives survinrent qui amenèrent rapidement la mort de l’animal. Et le sang de l’animal transporté dans les veines d’un autre y développe avec une grande rapidité les mêmes phénomènes. La sagacité de l’illustre expérimentateur nous garantit que ce n’était pas là le résultat d’une action mécanique. On ne peut pas dire non plus que la levûre a tué en se multipliant : « Il est probable, dit-il, qu’il se produit en pareil cas une série de réactions au sein du liquide sanguin qui donne naissance à d’autres ferments (1). » En somme , une dyscrasie avait été produite.
Et Cl. Bernard était si convaincu que la mort était souvent l’effet d’une dyscrasie par suppression de quelque principe normal, qu’ayant constaté, à la fin de plusieurs maladies, que le foie ne contient plus de matière glucogène, il a osé écrire ceci : « La disparition complète de cette substance serait, d’après nous, l’une des causes les plus fréquentes de la mort (1). »
(1) Leçons de pathologie expérimentale, p. 42.
(2) Ibid. p. 113.
DYSCRASIE PAR SURMENAGE
J’ai déjà invoqué la fatigue, les privations, les variations de température pour expliquer l’évolution bactérienne des microzymas et la morbidité. Est-il possible d’appuyer de preuves directes ce que je ne donnais que comme une opinion ? Assurément !
J’ai cité, dans mon Mémoire sur la néfrozymase (1), le fait qu’un violent exercice, poussé jusqu’à l’extrême fatigue, avait pour effet chez l’homme une élimination très abondante de néfrozymase , corrélativement à une perte de matières minérales. Il est évident que cela témoigne d’une très grande usure des éléments musculaires, laquelle se traduit par la sensation de fatigue de tout l’organisme ; mais, à cette usure s’ajoute le malaise qui provient de l’accumulation des matériaux désassimilés, lesquels ne sont pas aussi rapidement éliminés que produits.
Le surmenage comme cause de l’évolution morbide. Chez les bœufs engraissés , peu habitués à l’exercice , auxquels on fait fournir un long trajet, sans repos; les chevaux qui ont couru trop longtemps, sans temps d’arrêt; les lièvres , les chevreuils forcés à la course , se manifestent des symptômes d’abattement, avec petitesse du pouls , etc. Si le surmenage n’a pas été poussé trop loin, quelques soins permettent aux bêtes de se remettre, c’est-à-dire de guérir, car ils peuvent succomber avec des symptômes analogues au sang de rate. On a vu des animaux surmenés tomber morts ou mourir en peu d’instants (2). Il a été même observé que le sang des animaux morts de cette façon, inoculé,, pouvait donner le sang de rate; fait qui, s’il était confirmé,, serait de la plus haute importance pour la théorie. Lorsque la mort des animaux surmenés a été foudroyante, « la rigidité cadavérique se montre parfois presque instantanément, et la putréfaction, qui suit de près, marche très rapidement. » S’il en est ainsi, c’est donc que le milieu très dyscrasique est devenu plus apte à être transformé par les microzymas, déjà en voie d’évolution morbide (3).
(1) Mémoire sur la néfrozymase , p. 68.
(2) Littré et Robin, Dictionnaire de médecine , article surmenage .
(3) M. Ch. Robin ( Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales , article germes, t. VIII, p. 598), après avoir cité nos expériences sur les