‹ Les microzymasChapitre 342 sur 389 · INANITION ET CONGÉLATION · texte numérisé non relu

INANITION ET CONGÉLATION

Inanition comme cause cle dyscrasie morbide. Cl. Bernard attribuait les propriétés toxiques du sérum du sang exposé à l’air aux modifications chimiques qu’il subit aussitôt qu’il a cessé de vivre. « Mais, dit-il, on peut arriver aux mêmes résultats sans exposer le sang au contact de l’air. Si vous injectez directement dans les vaisseaux d’un sujet bien portant le sang d’un animal soumis à l’abstinence prolongée, le sujet éprouve les symptômes de l’infection putride ; et cependant aucune altération chimique ne s’est développée extérieurement au contact de l’air (1). » Le célèbre physiologiste ne s’expliquait pas ce fait important, qui est un des plus remarquables exemples de dyscrasie.

Ghossat et d’autres savants ont étudié avec beaucoup de soin les effets de l’inanition. Le genre de dyscrasie qui résulte de la perte de substance se traduit bientôt par des symptômes caractéristiques ; la mort survient plus ou moins rapidement selon les circonstances , et vous venez de voir que le sang injecté dans les veines d’un animal sain provoque les symptômes de l’infection putride. Le sujet mériterait d’être étudié de nouveau en ayant égard aux altérations morphologiques des microzymas. Mais ici aussi la nature de l’animal et certaines circonstances ont la plus grande influence sur le résultat final : témoins les animaux hibernants.

La congélation comme cause de dyscrasie. Lorsqu’une partie limitée du corps humain a été gelée , moyennant certaines précautions, il est possible d’y ramener la vie; les microzymas n’y sont donc pas morts , mais ils ont subi quelque changement; car si l’on n’a pas pris toutes les précautions recommandées, la gangrène suit le dégel; pro-

microzymas normaux de l’organisme, s’exprime comme ceci : « M. Béchamp expliquait là d’avance, pourquoi sur les animaux surmenés la putréfaction se montre bien plus rapidement qu’après les autres genres de mort; ce serait, si l’on veut, le surmenage qui rendrait plus facilement fermentescible ou putrescible la substance des tissus et des humeurs etamèneraiten même temps plusvitelepassage des microzymas naturels à l’état de bactéries de la putréfaction. » On ne peut pas mieux rendre la notion de dyscràsie qu’amène le surmenage.

(1) Leçons de pathologie expérimentale (1859-1860), p. 41. (Publiées en 1872 chez J. -B. Baillère et fils.

CAUSES DE DYSCRASIE

bablement qu’on y pourrait constater le développement bactérien des microzymas. Je n’ai pas étudié le phénomène chez les animaux ; mais vous avez vu , dans la troisième Conférence, que la congélation des parties vertes des végétaux amène, après le dégel, l’évolution bactérienne de leurs microzymas. ,Te rappelle que, les bactéries n’ont pas la même apparence dans tous les cas; il y a donc, là aussi, des particularités qui tiennent à l’espèce. D’ailleurs les végétaux sont très inégalement sensibles au froid : la levure de bière résiste très bien à — 110° C., comme nous avons vu.

Bien des causes sont donc capables de modifier la manière d’être des êtres organisés. J’en signalerai d’autres, sans compter l’influence du système nerveux et des impressions purement morales, car il n’en faut souvent pas davantage pour amener la maladie et la mort : rappelez-vous qu’une impression de dégoût, éprouvée par une jeune fille vierge, a suffi pour la faire mourir en peu de temps avec tous les symptômes de la fièvre puerpérale.

Dans l’immense majorité des circonstances, bien que l’organisme ne soit pas impénétrable au sens physiologique, l’air, les eaux , les aliments n’y introduisent rien qui puisse l’infecter. Mais si la raison répugne à admettre l’existence originelle de microzymas morbides , elle admet aisément que ceux qui le sont devenus sous l’influence de la maladie ou après la mort (notez les accidents que peut occasionner la piqûre anatomique) puissent s’y trouver à un moment donné, ici ou là, dans une salle d’hôpital, dans une chambre de malade, etc. Seulement, ces microzymas sont les mêmes qui exerçaient auparavant une activité utile et nécessaire. Et notez que l’on peut guérir des maladies infectieuses les plus redoutables : de la variole, du choléra, delà fièvre typhoïde... et que les microzymas reviennent alors au mode normal de leur activité. Bref, tout s’est passé dans l’organisme et tout y est resté qui devait y rester.

Mais on aurait tort de s’imaginer que le microzyma morbide, évolué en bactériens ou non, qui a atteint un organisme sain, s’v multiplie, ainsi que l’affirment les parasitistes , pour le rendre malade. Il se borne, et c’est

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