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VII. — Troisième note à la page

Sur la nature essentielle des corpuscules organises de l’atmosphère et sur la part qui leur revient dans les phénomènes de fermentation ; par M. A. Béchamp. Comptes-rendus, t. LXX1V, p, 629.

« En examinant attentivement la poussière qui se dépose de l’atmosphère dans mon laboratoire, et celle des rues de Montpellier, j’ai été frappé de la grande analogie de forme que l’on remarque entre les granulations moléculaires que le microscope y révèle et celles que j’ai signalées, sous le nom de microzymas, dans la craie et dans les calcaires d’eau douce ou marins que j’ai étudiés. J’ai supposé qu’elles étaient de même nature et de même fonction. Je me suis proposé de le démontrer : tel est l’objet de quelques-unes des expériences de la Note actuelle que j’ai l’honneur de communiquer à l’Académie, laquelle se rattache ainsi à celle que j’ai publiée le 8 janvier dernier. J’examine ensuite jusqu’à quel point il importe de tenir compte des microzymas atmosphériques.

» I. Les microzymas atmosphériques sont des ferments du même ordre que ceux de la craie. Le Tl avril 1865, mis en expérience :

A. Empois de fécule , 20 grammes , avec 420 centimètres cubes d’eau ; carbonate de chaux pur, venant d’être préparé et exposé pendant 48 heures à l’air, sans le garantir contre la poussière , 30 grammes ; créosote, 4 gouttes.

B. Dans le même lieu , au même moment , avec la même fécule et la même eau : Empois de 20 grammes de fécule avec 420 centimètres cubes d’eau ; craie de Meudon prise au centre d’un bloc , 30 grammes. Créosote, 4 gouttes. La craie avait été rapidement pulvérisée dans un mortier de métal , porté à une température élevée et refroidie dans une enceinte créosotée.

» Les deux appareils, munis de leurs tubes abducteurs, sont portés à l’étuve et chauffés à 35-40 degrés.

» Le 12 avril, les deux mélanges sont dans le même état.

» Le 13, A n’est pas moins visqueux que la veille ; B l’est une fois moins.

» Le 14, A, comme le 13 ; B est tout à fait liquéfié. Le mélange est aussi liquide qu’une solution de fécule soluble mêlée de craie.

» Le 15, A commence à se liquéfier ; B dégage du gaz. A partir de

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ce jour, on laisse aller les deux fermentations, et le 26 juin, on analyse les produits :

A. Opération avec carbonate de chaux

B. Opération avec craie

Alcool absolu 4CC

Sels de soude fondus. . . 8sr

Lactate de chaux cristallisé. 0sr,

Alcool absolu 3CC, 6

Sels de soude fondus . . . 9sr, 2

Lactatedechauxcristallisé. 5sr, 2

» Les sels de soude sont un mélange d’acétate et de butyrate.

» Les ferments sont, dans les deux cas,, un mélange de micro zymas et de bactéries. Les bactéries sont plus longues dans l’expérience avec le carbonate de chaux pur.

» II. Les microzymas de la poussière des rues de Montpellier sont doués des mêmes propriétés que ceux de V atmosphère et de la craie. Le 5 novembre 1868, mis en expérience :

Empois de 20 grammes de fécule dans 300 centimètres cube3 d’eau. Poussière calcaire d’un boulevard non pavé de Montpellier, 100 grammes. Créosote , 3 gouttes. Mis à l’étuve.

» Le 6 novembre, la- fluidification était commencée; elle était complète le 7, et du gaz se dégageait. Le 28 décembre, examiné les produits :

Alcool : assez pour largement l’enflammer.

Acide butyrique pur : 6 grammes.

Acétate de soude cristallisé : 6 grammes.

» J’ai répété ces expériences : elles sont toutes concordantes. Ainsi, sauf des nuances, les poussières atmosphériques, celles des rues et la craie, dans les mêmes circonstances, ont le même mode d’action. Sans doute, il peut y avoir autre chose, dans l’atmosphère et dans la poussière des rues, que des microzymas , mais c’est accidentel. Ce qui est constant, ce sont les microzymas.

» Je pourrais multiplier les exemples de ces fermentations réduites à leur plus simple expression : en voici un qui indique qu’il peut exister plusieurs espèces de microzymas, même d’origine géologique.

» III. Les microzymas du tuf calcaire de Castelnau (près de Montpellier), sont fonctionnellement différents de ceux de la craie et de l’atmosphère. Le 6 janvier 1867, mis en expérience :

Empois de 50 grammes de fécule dans 1,000 centimètres cubes d’eau. Tuf de Castelnau rapidement pulvérisé, 270 grammes. Créosote, 10 gouttes.

» Le 23 janvier, il n’y avait encore aucune trace de fluidification; pourtant la fiole n’était couverte que d’un papier. Dans une autre expérience, faite dans les mêmes conditions, le mélange ne se fluidifia incomplètement qu’après un mois , et un mois plus tard le mélange analysé ne fournit que des traces d’acides volatils, et parmi les produits fixes, seulement un peu.de dextrine. Pourtant, la masse fourmillait de granulations moléculaires et de bâtonnets mobiles comme des bactéries.

APPENDICE

» 11 convient de faire remarquer que le tuf de Castelnau a été pris à une faible profondeur.

» Il faut donc compter avec les microzymas atmosphériques, et comme on ne peut pas, le plus souvent, se soustraire à leur présence, il est nécessaire de se demander à quel ordre de grandeur leur influence peut être réduite.

» IV. L’influence des microzymas atmosphériques peut être réduite à zéro. — A propos des recherches sur la craie, je- m’étais déjà assuré de ce fait. Plus tard j’ai répété ces expériences en les variant et en opérant dans diverses saisons.

» Le 5 janvier 1867 , mis en expérience :

A. Sucre de canne, 145 grammes; eau, 1,000 centimètres cubes : carbonate de chaux pur , 50 grammes; créosote , 10 gouttes.

» Le carbonate de chaux avait été préparé au moment de s’en servir ; il avait été lavé avec de l’eau légèrement créosotée. L’eau sucrée avait été filtrée sur un filtre et dans une fiole lavée à l’eau bouillante légèrement créosotée. L’appareil n’avait été fermé qu’avec un tube à coton. Sauf les soins de propreté, on n’avait pris aucune autre précaution contre les poussières atmosphériques. Le mélange a subi toutes les variations de température du climat de Montpellier.

» Ouvert le 4 mai suivant : pas une trace de glucose. Refermé.

» Ouvert le 10 juillet : pas une trace de glucose; ce jour, supprimé le tube à coton et fermé avec une simple feuille de papier, enveloppant le goulot.

» Examiné une dernière fois le 16 juillet 1869, c’est-à-dire après trente mois : pas une trace de glucose , le pouvoir rotatoire du sucre de canne était resté constant,

B. Empois de 50 grammes de fécule avec 1,000 grammes d’eau; carbonate de chaux pur, 50 grammes; créosote, 10 gouttes. Le carbonate de chaux avaitété préparé avec les mêmes soins que ci-dessus. Fermé avec un tube à coton.

» Comme pour A, l’appareil avait été ouvert plusieurs fois. Examiné le 5 août 1869, c’est-à-dire trente et un mois après le début de l’expérience : pas trace de fluidification, l’empois était seulement contracté. On jette la masse délayée dans l’eau sur un filtre ; la liqueur bleuit, en bleu pur, par l’iode : pas une trace de dextrine; traitée par l’acide oxalique, elle donne un précipité insignifiant; en la distillant , pas une trace d’alcool ; seulement, une trace d’acide volatil , comme on en obtiendrait en distillant les eaux de lavages de la fécule elle-même.

» Au microscope, on voit quelques granulations moléculaires dans les deux mélanges : pas une bactérie, ni d’autres productions organisées. Mais qu’adviendrait-il, si l’on ajoutait aux mélanges précédents une matière putrescible? Le voici :

» V. L’influence des microzymas atmosphériques et d'une matière

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putrescible réunis, petit être réduite à zéro. Le 46 juillet 1870, mis en expérience :

A. Bouillon de levure , 250 centimètres cubes; sucre de canne, 50 grammes ; carbonate de chaux pur , 70 grammes; créosote , 3 gouttes.

B. Bouillon de levùre , 250 centimètres cubes; sucre de canne, 50 grammes; craie de Sens, extraite depuis un an de la carrière, 70 grammes ; créosote , 5 gouttes.

» Le bouillon de levûre avait été fait avec 50 grammes de levûre et 500 grammes d’eau ; traité par 3 à 4 volumes d’alcool, il louchit à peine, et, après trois jours, ne donne aucun précipité. Le carbonate de chaux avait été préparé avec les précautions déjà indiquées. Pendant qu’on pulvérisait la craie, avec les soins déjà décrits, on agitait le carbonate de chaux à l’air avec une baguette de verre. B est muni d’un bouchon à tube adducteur; A n’est fermé que par un papier enveloppant le goulot du ballon. Les deux appareils sont abandonnés dans une pièce peu éclairée, à la température ordinaire.

»> Le 1er septembre suivant, on constate qu’il n'y a de glucose dans aucun des deux appareils. Dans B, au microscope, fourmillement de microzymas mobiles; il y en a d’accouplés deux à deux et de petites bactéries mobiles. Dans A, quelques granulations moléculaires; la craie et le carbonate de chaux sont recueillis sur les filtres et complètement lavés. On les dissout l’un et l’autre par l’acide chlorhydrique étendu. A ne laisse pas de résidu appréciable. B laisse un résidu abondant : Il est desséché à 460 degrés; il pèse 4 gr. 90: incinéré, il s’est trouvé composé de :

Matière minérale isr, 47

Matière organique .... 0, 43

„ ... ( Matière minérale 776r. 35

En centièmes: ... . „ ’

( Matière organique 22 , 65

» Pendant l’incinération, odeur de corne brûlée.

» Le résidu insoluble de la craie employée contenait en centièmes :

Matière minérale 92er, 7

Matière organique ....7,3 ,

» N’est-il pas permis de conclure, non seulement que les rares microzymas de l’atmosphère qui sont tombés dans les mélanges pendant les manipulations n’ont pas agi, mais que les microzymas de la craie ont pullulé et plus que triplé? »

Cette expérience avait été faite avec du sucre de canne, précisément pour pouvoir comparer, dans les deux cas, la masse de matière organisée qui se formerait. En vo'ici deux autres qui les contrôlent : (Voir Comptes-rendus, t. LXXV, p. 4285).

APPENDICE

Le 21 juillet 1870, mis en expérience, au même moment, dans le même lieu que les deux précédentes, et avec les mêmes soins :

C. Empois fait avec 16 grammes de fécule et bouillon de levùre créosoté (50er de levùre, 4 0 0CC d’eau) 250cc; carbonate de chaux pur, 25 grammes.

D. Empois de 16 grammes de fécule avec la moitié du bouillon de levùre précédent, 250cc; craie de Sens, du même bloc que ci-dessus, CO grammes.

Le carbonate de chaux était remué à l’air, pendant que l’on pulvérisait la craie avec les précautions accoutumées. Les deux ballons , fermés par un papier entourant le goulot, sont placés à l’étuve. Le 3 août, C n’est pas fluidifié; il y a de superbes bactéries de toutes dimensions. Laissé à l’étuve jusqu’au lor septembre 1870. Ce jour, examiné de nouveau, et mis fin.

C. L’empois est fluidifié; pas de bactéries; il n’y a pas plus de granulations moléculaires que le 3 août; filtré, la liqueur se colore par l’iode comme un mélange de dextrine et de fécule soluble, c’est-à-dire en rouge violacé, et ne précipite point par l’acide oxalique , c’est-à-dire pas de chaux dissoute et pas d’acides formés.

D. Le nombre des microzymas a beaucoup diminué; une foule de bactéries les ont remplacés. La liqueur filtrée précipite abondamment par l’acide oxalique, et se colore seulement en jaune par l’iode. La nouvelle liqueur distillée fournit : acide acétique et butyrique , et un résidu fixe composé surtout d’acide lactique.

Le rôle des granulations moléculaires , des germes, comme on dit, de l’atmosphère est considérable , cela n’est pas douteux. Les expériences que je viens de rapporter me semblent prouver que ces prétendus germes sont surtout des microzymas dont on peut rendre l’influence aussi petite que l’on veut. Il ne faut donc pas leur accorder une importance exagérée , qui devient, en quelque sorte, superstitieuse quand on veut leur faire tout expliquer en matière de fermentations. Ainsi , l’on admet qu’ils pénètrent même à travers des parois compactes, et que le contact instantané d’un petit volume d’air peut être la cause, dans tous les cas où une action de fermentation se manifeste , de transformations chimiques puissantes, et de l’apparition possible d’une foule d’organismes divers. Admettons, pour un moment, l’hypothèse, et voyons-en les conséquences. JI. Dumas a démontré que, à Paris, un homme qui fait seize inspirations par minute , fait pénétrer dans ses poumons près de huit mètres cubes d’air par vingt-quatre heures. Puisqu’on admet que les germes ou microzymas de l’air pénètrent si facilement partout, et qu’ils sont si aisément retenus par les infusions , je demande expressément pourquoi l’on n’admet pas qu’ils soient retenus également par toute la surface des voies respiratoires et de cette vaste nappe humide ou sanguine que le poumon supposé étalé en surface représente, et n’y pénètrent pas. Sans doute, on est forcé de le nier, car sans cela, en poussant un peu les conséquences, tous les actes

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