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CRITIQUE DES THÉORIES HÉTÉROGÉNIQUES

nant certaines conditions de température et de matières minérales suffisantes , il pourra servir à constituer de toutes pièces les tissus d’une moisissure? Pour comprendre ces questions , il faut que nous fassions une excursion dans le domaine de la physiologie de la nutrition.

Un organisme, pour se constituer, môme lorsque le germe est donné, a besoin, outre une grande quantité d’eau, de la réunion de trois ordres de matériaux : une ou plusieurs matières albuminoïdes, une ou plusieurs matières glucogènes et des corps gras , certains composés minéraux , métalloïdiques et métalliques. Mais cela même ne suffit pas encore : il y a les conditions déterminées de milieu et de température qui sont différentes selon les espèces; et ces conditions de milieu sont si nécessaires que, sans elles, toutes les autres étant réunies, l’être ne se développe pas ou se développe mal. Nous y insisterons tout à l’heure.

L’eau sucrée ne réunit évidemment pas la somme des matériaux divers qui peuvent constituer une matière organisée, végétale ou animale. Le sucre est une substance soluble, qui d’eiïe-même, nous l’avons amplement démontré, se conserve indéfiniment , même dans l’eau et dans l’air, ii l’état soluble, sans changer de nature ni de composition. Or solubilité et organisation sont termes contradictoires. Tout organisme, quel qu’il soit, est doué de deux propriétés fondamentales , sans lesquelles il ne peut pas y avoir organisation : V insolubilité g t la non volatilité. Vous figurezvous un végétal ou un animal se dissolvant dans un liquide ou se volatilisant? Et cela est vrai non seulement do l’être complet, mais des éléments anatomiques de ses tissus. Les uns et les autres, comme la levi'ire ouïes moisissures, peuvent contenir des matériaux solubles, mais ce qui les limite dans l’espace est de sa nature insoluble. Et si l’on m’objectait le globule sanguin, que l’on croit soluble dans l’eau, je répondrais que, dans son milieu physiologique , le plasma sanguin, il est absolument insoluble. On a beaucoup discuté sur la question de savoir si le globule rouge possède ou ne possède pas une membrane enveloppante. J’ai démontré que cette membrane existe vraiment, et je l’ai rendue visible par un

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artifice (1). Mais si l’on va au fond des choses, comme l’ont fait MM. J. Béchamp et E. Baltus, on voit que c’est le contenu, qui, s’échappant par osmose, se dissout dans l’eau; la forme, avec la membrane enveloppante, reste. Il n’y a pas d’exception : tbut ce qui vit est organisé, et tout ce qui est organisé est insoluble.

C’est pourtant un fait constant que l’eau sucrée moisit, et que les moisissures sont la cause de son interversion. Et c’est dans ce fait, universellement constaté, de la formation des moisissures dans des milieux divers que gît, selon moi , le plus grand argument contre la génération spontanée. Je n’ai pas découvert le fait du moisissement , la première ménagère venue aurait pu le constater avant moi. Ce qui rend l’expérience que j’ai fai Le importante, c’est que j’ai employé de l’eau pure, du sucre pur, et qu’à volonté je l’ai laissé moisir, ou conservée inaltérée. Si j’insiste, c’est uniquement à cause de certaines observations de M. Pasteur, auxquelles je devrai répondre, comme je l’ai déjà fait tout à l’heure.

Donc, dans l’eau sucrée faite avec du sucre pur, de l’eau distillée pure , on ne peut absolument pas admettre de force végétative, ou plastique, ougénésique, ou productrice; il y manque la réunion des matériaux divers qui sont nécessaires pour constituer un organisme , et il y en a encore moins dans certaines autres circonstances que je vous ai montrées ou citées , et où cependant les moisissures se sont développées.

C’est à cause de tout cela qu’il ne peut pas y avoir de génération spontanée et que mes expériences ont une si grande portée.

Dans mon Mémoire de 1857, je ne me suis pas appesanti sur toutes les conséquences qui découlaient de mes expériences au point de vue des générations spontanées, car la question n’a été soulevée par M. Pouchet qu’un an après; d’ailleurs je ne les avais entreprises qu’au point de vue de l’interversion du sucre de canne. Mais j’ai noté l’essentiel , ce sur quoi je vais m’appuyer en l’expliquant. Ce que je

(1) Recherches sur la conslitulionphysiquc du globule sanguin. Comptesrendus. 1S77.20 trimestre, p. 712.

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