CONDITIONS DU DÉVELOPPEMENT DES MOISISSURES
Il n’y a pas d’autres données à invoquer pour expliquer l’apparition des moisissures dans l’eau sucrée, les choses ne se passent pas autrement pour elles. Le germe ou la spore de la mucédinée , que l’air apporte dans la solution , se comportant à la manière d’une graine de phanérogame, se développe, et dans les tissus de la plante microscopique développée, l’air avec ces divers éléments, l’eau, les matériaux dissous réagissent et la matière organique nécessaire est engendrée. On comprend ainsi comment naissent des combinaisons organiques que le milieu ne contenait point. Bref, c’est parce qu’une mucédinée est un végétal qu’elle est capable de se développer dans l’eau sucrée , c’est-à-dire dans un milieu qui ne contient rien d’organisable. Pour ma part, jamais je n’ai vu apparaître dans ces conditions aucun des organismes que l’on considère comme animaux, et cela me paraît tout simple : l’animal ne peut pas se développer parce qu’il n’a pas en lui la faculté de créer la matière organique de toutes pièces ; il possède la propriété contraire : au lieu d’être au point de vue chimique, un appareil de synthèse, il est un appareil d’analyse : il détruit, brûle, ramène à l’état minéral la matière organique que créent les végétaux.
Mais si la moisissure peut ainsi, en vertu de sa nature végétale, créer la matière organique de ses tissus, elle ne le peut faire que grâce au concours de certaines matières minérales; celles-ci, elle ne peut pas les former. Où les prend-elle? Je vous ai dit que mes solutions sucrées étaient renfermées dans des vases de verre. Or Lavoisier a démontré que l’eau attaque le verre et en dissout une partie. Les moisissures empruntent donc au verre la matière terreuse et alcaline nécessaire. Mais vous comprenez que la quantité qui leur en est fournie est peu abondante ; aussi arrive-t-il que la récolte de moisissure est fort minime ; au contraire, dans les expériences du tableau III (p. 52), où 1 eau sucrée avait été additionnée de sulfate d’alumine, de nitrate de potasse, de phosphate de soude, vous trouverez pour le premier de ces sels la mention : « une large
moisissure verte; » pour le second : « une moisissure énorme; » pour le troisième : « volumineuse moisissure. »