DE LA VIE DES MOISISSURES
que pour toute réaction chimique devant s’accomplir, il faut remplir certaines conditions.
Voyez le phosphore, comme il brûle aisément dans l’air! il semblerait devoir brûler plus aisément dans l’oxygène, et d’autant plus que celui-ci est plus comprimé : il n’en est rien pourtant. Pour que le phosphore luise, s’enflamme luimême dans l’oxygène, il faut mêler celui-ci d’azote, ce qui revient à diminuer sa force élastique , ou diminuer celle-ci en augmentant son volume par une dilatation artificielle. La condition pour que le phosphore et l’oxygène réagissent à la température ordinaire, c’est donc que la force élastique de l’oxygène soit moindre que la pression normale.
Vous avez vu que M. Raulin a étudié les conditions du complet développement de certaines mucédinées, notamment de l’ Aspergillus niger. M. Van Tieghem a démontré, en botaniste , que la moisissure développée dans l’acide tannique n’est autre que ce même Aspergillus qui apparaît si souvent sur le pain ou sur une tranche ^le citron , mêlé à une autre mucédinée , le Penicillum glaucum. M. Van Tieghem, comme moi, a commencé par démontrer qu’à l’abri de l’air, l’acide tannique ne subit pas d’altération. 11 a prouvé ensuite qu’au contact de l’air, en opérant comme Spallanzani, Dusch , Schrœder et M. Pasteur, les solutions bouillies d’acide tannique restent inaltérées. Et il conclut ainsi: «Pour que le tannin se transforme, il faut et il suffit qu’un mycélium de mucédinée se développe dans sa solution. »
La conclusion la plus générale du travail de M. Van Tieghem est que l’air tout seul estjnactif ; les spores du Penicillum et de Y Aspergillus seules sont impuissantes : « Il faut que la dissolution reçoive à la fois une spore de la mucédinée active et le contact d’une quantité d’oxygène suffisante pour faire germer cette spore et la développer en un abondant mycélium. C’est donc l’air qui apporte au tannin les deux principes dont l’action commune est nécessaire à sa destruction, les spores et l’oxygène. »
Retenons de ces considérations que, si pour produire un être organisé un germe est indispensable, et que si pour son développement trois ordres de composés chimiques sont