‹ Les microzymasChapitre 58 sur 389 · DE LA VIE DES MOISISSURES · texte numérisé non relu

DE LA VIE DES MOISISSURES

plication tue la faculté génésique , la force productrice des matières infusées.

La nouvelle méthode antihétérogéniste découle naturellement de ce que je viens d’exposer devant vous, conformément au Mémoire de 1857. Les expériences de ce Mémoire étaient publiées depuis plus d’un an , lorsque M. Pouchet, comme nous l’avons vu , souleva de nouveau le problème des générations spontanées. Lorsque le débat fut engagé , j’ai recherché si la méthode qui réussissait si bien avec l’eau sucrée pure ou additionnée de sels divers ne serait pas applicable dans tous les cas. Tel est ’objet des expériences qu’il me reste à vous faire connaître.

Pour me faire une idée de sa valeur je l’ai contrôlée , en la comparant avec les diverses modifications de la méthode de Spallanzani. Voici la suite de quelques-unes des expériences que j’ai successivement tentées :

Puisqu’il s’agit d’empêcher les germes de l’air d’intervenir, il va sans dire qu’il faut absolument n’employer que des vases d’une propreté irréprochable. Je lave les vases de verre à l’acide sulfurique concentré et chaud , puis à l’eau distillée bouillie et créosotée ; ensuite à la potasse caustique et encore à l’eau créosotée, comme après le lavage à l’acide sulfurique. Les entonnoirs sont traités de même ; les filtres sont lavés à l’eau distillée créosotée bo’uillante , et conservés dans une enceinte où il y a de la créosote. J’entends toujours créosote ou acide phénique.

A. Je prépare une décoction de 50 grammes de levûre de bière, bien lavée et humide, dans 500 grammes d’eau. La décoction est partagée en deux parties égales. Dans l’une on ajouta trois gouttes de créosote aussitôt qu’elle eût été bien soigneusement filtrée. L’autre partie a été filtrée sans aucune addition. Les deux liqueurs , contenues dans des fioles de même capacité , à large ouverture , simplement fermées par un papier, sont abandonnées, l’une à côte de l’autre , au contact de l’air ambiant, sans autre précaution.

a. Liqueur créosotée. — Après deux mois, trois mois,

(six mois... la liqueur reste limpide, rien d’organisé n’y apparaît.

98 NOUVELLE MÉTHODE ANTJHÉTÉUOGÉNISTE

(L Liqueur non créosotée. — Après quelques jours , on voit apparaître des organismes et la putréfaction qui en est la conséquence.

La température était celle de mon laboratoire.

Tout était pareil, de part et d’autre, sauf la présence de la créosote dans l’une des infusions ; la matière 'organique , si altérable , s’est conservée intacte après cette addition.

B. Dans 200 grammes de bouillon de levûre, préparé comme pour À, on dissout 40 grammes de sucre de canne pur. On en fait deux parts égales : dans l’une on ajoute deux gouttes de créosote.

Etat 'physique et chimique initial des deux solutions. Elles sont parfaitement limpides; leur coloration permet d’en prendre la rotation au saccharimèlre. Elles ne réduisent pas le réactif cupropotassique. Déviation polarimétrique :

oij = + 29°3

a. Liqueur créosotée. — Elle conserve sa limpidité, ne réduit pas le réactif cupropotassique, et sa rqtation se maintient pendant deux mois de même sens et intensité :

àj t= + 29°3

(3. Liqueur non créosotée. — Deux jours après, la dissolution est encore limpide, sa rotation n’a pas varié ; elle ne réduit pas le réactif cupropotassique. Trois jours après elle louchit, mais ne réduit pas encore le réactif cupropotassique. Après quatre jours, le microscope révèle des corpuscules organisés : le réactif est réduit , et la déviation du plan de polarisation indique une rapide interversion avec des signes de fermentation.

C. Au lieu de bouillon de levûre préparé à Hébullition, on emploie une infusion de la même substance faite à 40°. A cette température, la levûre n’est pas tuée, et elle sécrète divers produits, parmi lesquels la zythozymase. J’avais donc une infusion dont on ne peut pas dire que la faculté génésique a été étouffée par la chaleur : les produits qui s’y trouvent ont été évidemment formés pendant la vie.

A l’infusion ainsi préparée, on ajoute du sucre de canne, de façon qu’elle en contienne 20 grammes par 100 cent.

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cubes. Dans l’iinc des solutions, on ajoute deux gouttes de créosote par 100 cent, cubes. La déviation initiale est :

Il faut remarquer que l’infusion de levûre faite à 40° intervertit naturellement le sucre de canne. Pour apprécier l’influence des moisissures qui pourront se développer, il est indispensable de mesurer souvent la déviation que chaque solution imprime au plan de polarisation.

a. Infusion créosotée. — Six jours après, elle est absolument limpide, et la déviation du plan de polarisation :

aj = + 1 3"44

Dix-sept jours après, la rotation est dirigée à gauche :

La solution est restée limpide.

(3. Infusion non créosotée. — Au bout de deux jours, elle commence à se troubler; elle se trouble déplus en plus, et le sixième jour les moisissures abondent, plus ou moins semblables à des globules de levûre : la déviation est tombée à :

cÿ = + 7°2

et dix-sept jours après à :

Comme on le voit, les moisissures ajoutent leur propre activité à celle de la zvthozymase préexistante.

D. Au lieu de l’infusion complexe de levûre, je fais une solution de zythozymase pure , et j’y dissous du sucre de canne au titre de 20 grammes par 100 cent. cub. de liqueur. La moitié est additionnée de créosote, comme à l’ordinaire. Les liqueurs sont incolores et d’une transparence parfaite.

a. Dissolution créosotée. — Sa limpidité se maintient pendant tout le temps de l’expérience. Vingt-quatre heures après, la rotation, qui était de + 29:3, a passé à gauche avec une intensité égale à :

Un mois plus tard, la rotation n’avait plus varié, et il n’y avait pas une trace de matière organisée.

(3. Dissolution non créosotée. — L’interversion est aussi rapide , mais trois jours après on voit apparaître des flocons de microphytes.

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E. Comme dissolvant du sucre, j’emploie une solution dediastase très active (elle liquéfiait instantanément l’empois de fécule et le saccharifiait).

La solution sucrée de diastase avait pour rotation : aj c= + 29°3

Pour connaître l’influence de la diastase sur le sucre de canne, la solution sucrée est chauffée, en vase clos, pendant trois jours, dans une étuve it -10 — 60 degrés c. La rotation n’a pas varié. La diastase est donc absolument sans action sur le sucre de canne.

Pendant que cet essai préliminaire se faisait , deux autres portions de la même solution, dont l’une était créosotée , ont été mises en expérience.

a. Solution créosotée. — Elle reste incolore et limpide pendant un mois; son pouvoir rotatoire ne varie pas, et elle reste neutre.

(3. Solution non créosotée. — Elle perd bientôt sa limpidité, tandis que son pouvoir rotatoire ne change pas. Ensuite elle se trouble, et des globules sphériques très petits, isolés ou concatennés , d’autres de forme allongée et granuleux, apparaissent. Dans l’espace de vingt jours, la rotation du plan de polarisation avait passé de droite à gauche , à :

ay = — 9°6

La liqueur était devenue très acide.

Nous discuterons plus loin, pour en déduire les conséquences , cette très importante observation.

F. Les solutions de gélatine se putréfient aisément. J’ai étudié le mécanisme de cette putréfaction. Elle est une fermentation. La liquéfaction spontanée des gelées de gélatine est un phénomène du même ordre que la liquéfaction de l’empois ou l’interversion du sucre de canne.

Une solution de belle gélatine incolore a été filtrée chaude. Elle a été partagée en deux; l’une des parts a été créosotée comme à l’ordinaire. Les deux fioles ont été mises l’une à côté de l’autre à l’air libre, dans un cabinet peu éclairé dont la température a varié de 15 à 25 degrés. La solution n’a pas tardé à se prendre en une belle gelée translucide.

a. Gelée créosotée. — Après deux mois d’exposition à

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l’air libre, la gelée est aussi consistante que le premier jour, et aussi transparente.

3. Gelée dans l'état naturel. — Quatre jours après le commencement de l’expérience, la surface de la gelée commence ii devenir liquide ; la liquéfaction gagne de proche en proche ; six jours plus tard, il n’y a plus que quelques grumeaux de gelée, et le lendemain toute la masse était liquéfiée. La liqueur était trouble; il s’y forma un dépôt d’une production dans laquelle le microscope, armé du grossissement obj. 7 ocul. 3. Nachet, distingue difficilement des productions organisées connues. C’étaient des microzymas de diverses grosseurs. Sous l’action de cette matière organisée , la dissolution de gélatine est devenue alcaline.

Dans une autre expérience semblable , la gelée non créosotée est restée prise pendant neuf jours ; le lendemain matin, les 9/1 0 étaient liquéfiés, et l’on pouvait distinguer la couche inférieure de gelée translucide de la portion liquéfiée 'qui était trouble. Il résulte de cette expérience que l’air ne contient pas toujours le germe qui peut se développer dans une matière donnée. La dissémination, sans être discontinue, peut fort bien ne pas toujours transporter les mêmes productions.

G. À une solution de sucre on a ajouté un peu d’une solution de gélatine. Une partie de la solution a été créosotée à l’ordinaire. Les deux liqueurs ont été abandonnées, à l’air libre, dans deux vases à précipités semblables, pendant vingt jours. Les deux volumes, étant ramenés à 100 cent, cubes, sont examinés.

a. Dissolution créosotée. — Elle avait reçu deux gouttes de créosote par 100 cent, cub., mais la créosote était en partie dissipée: on filtre: la liqueur ne réduit pas le réactif cupropotassique ; elle est placée, en vase fermé , pendan t vingt autres jours à l’étuve : le réactif n’est pas réduit. Quinze jours plus tard, sa rotation est restée intacte :

aj — + 29“3

$• Dissolution non créosotée. — On y voit une belle moisissure. Le réactif cupropotassique est énergiquement réduit. La solution, en vase clos, est placée à l’étuve

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pendant vingt jours. La rotation du plan de polarisation n’est plus que :

<xj = + 49" 2

Elle devient successivement moindre et marche insensiblement vers la gauche.

Lorsqu’on a mis fin à l’expérience, la moisissure était formée d’un beau mycélium et de globules presque aussi gros que les globules de levûre et de même forme. Ce ne pouvaient pas être des globules de levûre , car celle-ci exige, pour se constituer, des masses énormes d’acide phosphorique, et que le milieu n’en pouvait contenir que des traces. La liqueur était devenue franchement acide (1).

H. Expériences de contrôle. — J’ai préparé une décoction de levûre de bière à 90 grammes par litre d’eau distillée. Dans le bouillon filtré, j’ai dissous 100 grammes de sucre de canne. La déviation de la solution (il a fallu la décolorer au charbon animal) est de

La température pendant la durée des expériences a varié de 15 à 20 degrés. Les appareils étaient exposés à la lumière diffuse de mon laboratoire. Les fioles contenaient sensiblement le même volume de solution filtrée et d’air.

a. Méthode de Spallanzani. — Fiole scellée. Vingtdeux jours après, on ne voit rien d’organisé, et la liqueur, devenue seulement un peu -plus foncée, reste d’une limpidité parfaite. Une partie de la liqueur décolorée au charbon, donne :

(3. Méthode de Schwann. — Comme ci-dessus. Rotation de la liqueur décolorée au charbon :

y. Méthode de Sclmltze. — Le sixième jour, on voit poindre une touffe de mycélium. Le vingt-deuxième jour cette touffe est devenue une belle moisissure chargée de sporanges. La liqueur est moins colorée que les autres.

(1) Cette expérience confirme celle de Cl. Bernard, rapportée dans la première conférence, et prouve que la créosote a été aussi efficace pour tarir la fécondité des germes atmosphériques que la calcination de l’air.

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