LA GÉNÉRATION
me demander de vous faire quelques conférences sur le sujet préféré de mes études. J’ai été très touché de cette démarche; je vous ai promis de faire ce que vous me demandiez et nous voilà réunis. Je suis très heureux de vous retrouver nombreux , si pleins d’entrain et si ardents à vous instruire. Les microzymas, si contestés et si méconnus , mais pourtant si réels et si nécessaires , s’en trouveront bien , défendus qu’ils vont être par votre juvénile ardeur et par votre enthousiasme pour le vrai.
La question que nous allons traiter , l’histoire de ce qu’il y a de fondamental dans l’organisation vivante , c’est celle des microzymas ; et , vous l’avez compris , il ne s’agira de rien moins que du renouvellement des bases de la physiologie, de l’histogénie et de la pathologie. Rien n’est plus vrai ; l’étude des microzymas touche, en effet, à deux grands problèmes, dont la solution importe également au physiologiste et au médecin : d’une part, à l’origine et à la constitution histologique des êtres vivants; de l’autre, à la recherche de la cause de l’activité chimique, physiologique ou morbide qui se manifeste en eux pendant la vie et à celle de leur totale destruction après la mort. Ces phénomènes, nous le verrons, n’ont d’explication rationnelle que dans les propriétés expérimentalement constatées des microzymas, atomes vivants que l’on retrouve à l’origine de tous les êtres vivants et après leur totale destruction physiologique.
Les systèmes anciens livrent la génération des êtres vivants aux hasards des forces cosmiques ; un système nouveau, sous l’influence des opinions préconçues d’un homme de talent , livre leur nécessaire destruction , après la mort, à d’autres hasards! Or, philosophiquement, scientifiquement et expérimentalement, il n’est pas possible que la naissance ou l’apparition des organismes vivants et leur totale destruction soient l’effet de causes accidentelles. Nous verrons, au contraire, que la cause est la même, soit qu’il s’agisse de créer la matière organique et de l’organiser, soit qu’il s’agisse de la ramener à l’étal inorganique.
Mais avant d’aborder la solution de ces graves problèmes, il est nécessaire d’en résumer les éléments.
LA GÉNÉRATION SPONTANÉE 3
Examinons rapidement quelles idées les savants se sont successivement faites de la génération.
Si quelqu’un venait nous dire aujourd’hui que, non pas un homme, un éléphant, un chien ou un chat; mais une souris, une grenouille, une mouche ou tel autre insecte, sont nés, tout à coup , sans parents, de la terre humide réchauffée au soleil, d’un tas de chiffons, du limon des marais, d’un morceau de chair en putréfaction, nous ririons au nez de l’étrange observateur. Cependant, au moment où je vous parle, il existe certainement des savants très autorisés qui affirment , non pas ces choses dans ces termes, mais que certains organismes très inférieurs, monères et infusoires, peuvent naître sans antécédents, et que , par évolution , si ce n’est aujourd’hui , du moins dans des temps anciens, ces monères ont successivement produit tout ce qui vit sur notre globe. C’est ce mode de génération sans ancêtres que l’on nomme la génération spontanée ou équivoque , la spontéparité , V hétérogénie.
Et il faut nous mettre en garde contre les exagérations de quelques personnes à l’égard, non pas du système, mais de ses partisans. Aujourd’hui , comme il y a quelques années, quand ces personnes parlent d’un savant convaincu de. la réalité de l’hétérogénie, elles sont toutes disposées à le traiter d’hérétique , disant de sa doctrine que « c’est une ■monstruosité philosophique ; la première aberration cle la , physiologie antichrétienne; un produit de l’impiété ignorante; une théorie malsaine (I). » Cependant, Messieurs, la scolastique, qui était certainement chrétienne, saint Thomas d’Aquin lui-même, croyaient à la génération spontanée. Non , on peut de bonne foi rechercher comment la matière de minérale devient organique et s’organise pour devenir vivante , se proclamer spontépariste et se croire dans la vérité. Aussi est-ce avec beaucoup de bon sens que M. Victor Meunier, un hétérogéniste convaincu , s’écriait : « La génération spontanée estle fait initial et général auquel les premiers de chaque espèce ont dû l’existence. Sans
(1) Citations tirées de « l’Examen critique du Mémoire de M. Pasteur, relatif aux générations spontanées. » Par M. Joly, de Toulouse. In Moniteur scientifique, Quesneville, l°r juillet 18G3.