GÉNÉRATION SELON LUCRÈCE
doute , ils ont eu Dieu pour père et pour mère, et ils l’ont pour soutien. Rien n’est que par la puissance de l’Etre; mais cela ne nous dispense point de chercher les lois qui régissent la production de toute chose. »
Dans tous les systèmes cosmogoniques , que l’on admette l’éternité de la matière comme Platon , ou sa création de rien par Dieu , on arrive à cette conclusion que la terre a eu un commencement.
Le poète Lucrèce, qui vivait 95 ans avant notre ère , ayant expliqué la formation de la terre dans le système cosmogonique d’Epicure et sa position au centre du monde, nous la montre se peuplant de végétaux et d’animaux, pour enfanter enfin l’homme lui-même. Ecoutez le développement de son système :
« Maintenant, dit-il, je reviens â l’enfance du monde, et j’examine quels ont été les premiers essais de la terre naissante, les premières productions qu’elle hasarda d’exposer à l’inconstance des airs et des vents.
» D’abord la terre revêtit les collines et les campagnes d’herbes et de verdure de toute espèce; les fleurs brillèrent parmi le gazon des vertes prairies; ensuite les arbres, animés par une sève abondante , élevèrent à l’envi leurs rameaux dans les airs. De môme que les plumes, les poils et la soie sont les premières parties qui naissent aux volatiles et aux quadrupèdes , de même la terre , encore nouvelle , commença par produire des plantes et des arbrisseaux ; ensuite elle créa toutes les espèces mortelles , avec une variété et des combinaisons infinies : car, certes, les animaux ne sont pas tombés du ciel, et les habitants de la terre ne sont pas sortis de l’onde salée. Il faut donc que la terre ait reçu, avec raison, le nom de mère, puisque tout a été tiré de son sein. Aujourd’hui encore beaucoup d êtres vivants se forment dans la terre à l’aide des pluies et de la chaleur du soleil. Est-il donc surprenant qu’un plus grand nombre d’animaux plus robustes en soient sortis dans le temps où la terre et l’air jouissaient de la vigueur du jeune âge?
» D’abord on vit éclore de leurs œufs les volatiles et les oiseaux de toute espèce , que la chaleur du printemps mettait en liberté ; telles encore aujourd’hui les cigales ,