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GÉNÉRATION SELON LUCRÈCE

pendant l’été, quittent d’elles-mêmes leur frêle enveloppe pour se procurer la nourriture qui les soutient. Alors la terre produisit la première génération des hommes. Les plaines conservaient encore un grand nombre de particules de feu et d’eau; pour cette cause, dans les lieux les plus favorables croissaient des espèces de matrices attachées à la terre par des racines ; quand l’âge et la maturité ouvraient une issue au nouvel embryon , las de l’humidité et impatient de respirer l’air, la nature dirigeait vers lui tous les pores de la terre et faisait couler par ces ouvertures un suc de la nature du lait. Ainsi les femmes , après l’enfantement , se remplissent d’un lait pur, parce qàie la partie la plus succulente des aliments se porte dans les mamelles. La terre fournissait aux enfants leur nourriture , la chaleur les dispensait de vêtements , et le duvet des gazons leur tint lieu de lit.

» Le monde , dans ce premier âge , ne connaissait ni les froids pénétrants , ni les chaleurs excessives , ni les vents destructeurs; tous ces fléaux ont eu leur naissance et leurs progrès, comme le reste. Je le répète donc, nous avons eu raison de donner à la terre le nom de mère commune , puisque c’est elle qui a créé l’homme , qui a produit presque dans le même temps tous les animaux , et ceux dont la fureur se déchaîne sur les montagnes, et ceux qui traversent les airs sous mille formes diverses.

» Mais comme la faculté génératrice doit avoir un terme, la terre se reposa , semblable à une femme épuisée par l’âge. Car le temps change la face entière du monde , un nouvel ordre de choses succède nécessairement au premier : rien ne demeure constamment le même ; tout nous atteste les vicissitudes , les révolutions et les transactions continuelles de la nature. Les corps affaiblis par les ans tombent en putréfaction ; d’autres sortent de la fange et se fortifient. Ainsi le temps dénature tout; ainsi la terre passe sans cesse d’un état à un autre, et perd l’énergie qu’elle avait pour acquérir des propriétés qui lui manquaient (1)! »

C’est là un système complet de génération spontanée ; et

(1) Lucrèce, livre V, traduction de Lagrange, revue par M. Blanchet.

BUFFON HÉTÉROGÉNISTE

je n’ai pas craint déliré cette longue citation, car elle résume admirablement ce que l’antiquité croyait; ce qu’Àristote , Pline et, très près de nous, Buffon lui-même ont admis. J’en veux citer l’exemple suivant :

Un correspondant de Buffon rapporte qu’en déterrant le cadavre d’un homme âgé de quarante-six ans (dominé depuis longtemps par la passion immodérée du vin et mort d’une hydropisie ascite au commencement de mai 17 50), environ un mois et demi après qu’il eut été enterré à cinq ou six pieds sous terre, il sortit du cercueil une nuée de petits insectes ailés de couleur noire , semblables à ceux qui sucent la lie du vin. Et l’auteur de cette communication rappelle, en citant Pline (Hist. nat., liv. xii) « que les anciens ont reconnu qu’il naît constamment et régulièrement une foule d’insectes ailés de la poussière humide des cavernes souterraines. »

Que le correspondant de Buffon, un M. Moublet, physicien et médecin de Montpellier, ait cru à la génération spontanée de ces moucherons, cela peut se concevoir. Mais voici l’opinion de l'illustre naturaliste lui-même : « Je ne puis , dit-il, qu’approuver les raisonnements de M. Moublet, pleins de discernement et de sagacité; il a très bien saisi les principaux points de mon système sur la reproduction , et je regarde son observation comme une des plus curieuses qui aient été faites sur la génération spontanée. Plus on observera la nature de près , et plus on Reconnaîtra qu’il se reproduit en petit beaucoup plus d’êtres de cette façon que de toute autre. On s’assurera de même que cette manière de génération est non seulement la plus fréquente et la plus générale , mais encore la plus ancienne , c’est-à-dire la première et la plus universelle (1). » Nous aurons à revenir sur cette citation des opinions de Buffon , qui nous le montre spontépariste à une époque qui touche à la fin du xvme siècle.

Quoi qu’il en soit du système matérialiste de Lucrèce, la croyance à la génération spontanée a été générale jusque vers la fin du xvne siècle. On ne croyait plus, sans doute,

(1) Histoire naturelle , par Buffon. Matières générales , t. XIX, p. 168- 195. Edition stéréotype , in-12 , 1799. Firnlin Didot.

à la naissance équivoque des grands animaux , mais on admettait certainement celle des insectes.

Harvey (1578-1 657) énonce enfin la loi de la génération dans la formule célèbre : omne vivum ex ovo. Bientôt après, Redi (1626-1697), médecin et naturaliste, fit voir que les vers qui naissent dans la chair pendant qu’elle se putréfie, ne sont autre chose que des larves de mouches issues des œufs qui y avaient été déposés. Il lui suffît de recouvrir d’une gaze fine le vase qui contient la viande ou d’en entourer celle-ci pour s’opposer à la naissance des larves, en empêchant les mouches d’y déposer leurs œufs.

Nous reviendrons dans la prochaine conférence sur cette découverte de Redi; disons seulement que le même savant avait étendu la loi de Harvey même aux vers intestinaux ; ce qui n’empêcha pas Buffon , plus d’un demi-siècle après , de croire à la génération spontanée des tænias, etc. C’est que Bufïon avait imaginé un système qu’il affectionnait beaucoup , et qu’il lui plaisait de s’en servir pour expliquer les faits prétendus de génération spontanée. Pourtant l’illustre naturaliste connaissait parfaitement la nécessité de l’expérience pour résoudre certaines difficultés et pour fonder les théories ; mais l’esprit humain est ainsi fait : il aime et préfère les créations de son imagination, et il s’ingénie à en démontrer la nécessité. Nous retrouverons le même travers d’esprit chez un savant contemporain qui cherche, lui aussi , à nous expliquer beaucoup de choses à l’aide d’un système qui n’est qu’en apparence fondé sur l’expérience.

Retenons de ces observations que la doctrine des générations spontanées avait de fervents adeptes dans le cours du xviii® siècle , malgré certaines démonstrations en sens contraire.

La discussion devint extrêmement vive pendant une partie de ce même xvmc siècle : il s’agit alors surtout de la naissance spontanée des organismes microscopiques que nous appelons infusoires, microzoaires , microphytes, etc.

Je n’ai pas le dessein de vous faire l’histoire du microscope , mais il convient de vous parler de Lcuwenhoeck de Delft (1632 à 1723). parmi les savants qui surent faire et se servir des microscopes pour découvrir certains détails.

NEEDHAM ET SPALLANZANI

d’organisation (globules du sang, spermatozoïdes, etc.), dans les êtres supérieurs, ou des productions considérées comme organisées et douées de vie dans divers milieux. C’est ainsi qu’il découvrit que dans la bouche d’un seul homme il y avait autant d’êtres vivants que la Hollande contient d’habitants. Le nombre des observations de Leuwenhoeck est énorme : il examinait tout ce qui lui tombait sous la main, et parmi une foule de ses observations trouvées exactes, il y en a aussi d’absolument erronées. L’emploi du microscope devint à la mode, et les observations se multiplièrent de tous les côtés.

La doctrine des générations spontanées, qui avait toujours compté des adeptes, fut appliquée à la recherche de l’origine des productions microscopiques que l’on voyait apparaître dans les infusions de matières végétales et animales diverses.

Au siècle dernier, la question a été débattue entre deux savants d’un très grand mérite. Needham (Jean Turberville) (1713-1781), prêtre catholique qui écrivit contre Voltaire , soutenait la doctrine des générations spontanées ; il fut encouragé par Buffon (1 707-1788), dont lés idées sur la génération étaient fortifiées par ses expériences. Et la force des arguments et des faits invoqués par Needham était si puissante, que la fameuse Société royale de Londres l’admettait dans son sein et qu’il devint l’un des associés de notre Académie des Sciences. ,

Spallanzani (Lazare) (1729-1799), élève des Jésuites de Reggio, combattit les conclusions de Needham et s’inscrivit contre la doctrine des générations spontanées. Il eut pour soutien Charles Bonnet (1720-1793), dont il devint l’ami et dont il adopta les idées sur l’universelle dissémination des germes. Et remarquez-le bien, ces quatre illustres personnages étaient, en philosophie, des spiritualistes, et en religion, des chrétiens. Cela vous mettra en garde contre les exagérations dont je parlais tout à l’heure.

Le débat a duré longtemps, et il dure encore. Il importe de vous le faire connaître; car nous y trouvons non seulement la source , mais la cause et la solution des difficultés qui ont divisé Needham et Spallanzani , qui préoccupent

NEEDHAM ET SPALLANZANI

et divisent en ce moment même les savants les plus autorisés au sujet de l’origine et de la nature des infusoires qu’on appelle vibrions, bactéries.

L’histoire en est très instructive en ce qu’elle nous montre ici', comme en bien d’autres circonstances, l’esprit humain sans cesse partagé entre la vérité et l’erreur, et refusant obstinément de donner son adhésion à une découverte et à des faits qui seuls pourraient amener l’accord et combler l’abîme.

Cette histoire est très instructive à un autre point de vue. Elle a l’avantage de nous faire voir que les méthodes d’observation, dans ce qu’elles ont d’essentiel, soit pour démontrer la génération spontanée, soit pour la nier, sont au xixe siècle les mêmes, à un siècle d’intervalle, que celles de Needham et de SpaÛanzani. Elle établit en outre que les forces et les causes invoquées au xvme siècle pour expliquer la génération spontanée ou pour la nier, sont précisément celles que l’on invoque aujourd’hui, soit que l’on tienne pour Needham ou pour Spallanzani.

Enfin cette histoire a conduit à la découverte de la véritable cause de deux phénomènes qui ont exercé la sagacité de plusieurs savants, médecins et autres , pendant plusieurs siècles : les phénomènes de fermentation et de putréfaction. Et, permettez-moi de vous le dire nettement, c’est en cherchant la cause d’une certaine transformation du sucre de canne, qu’il m’a été donné de trouver que la fermentation est un phénomène physiologique, et de découvrir une. nouvelle classe d’organismes que j’ai nommés les microzymas. Ces conférences ont pour objet de vous les faire connaître et de les montrer capables de rendre compte d’une foule de phénomènes jusque-là inexpliqués.

Nous avons vu comment Redi a expérimenté pour prouver que la viande , en se. putréfiant, n’engendre pas de mouches ; le principe de son expérience n’est autre que 1 aphorisme de Harvey: il ne se développera pas d’insectes si nous empêchons les mouches d’y déposer leurs œufs.

A 1 époque où Needham entreprit ses expériences sur la génération spontanée des êtres microscopiques, on croyait à 1 existence de germes flottant dans l’air , attachés aux

NEEDHAM ET SPALLANZANI

parois des vases ou aux substances memes que l’on voulait étudier. Cette doctrine des germes avait été imaginée par Bonnet, et voici comment elle est énoncée dans Y Encyclopédie de Diderot (1) : «... En créant le monde, Dieu a fait exister les germes de tous les êtres organisés qui devront venir à la vie ; chacun de ces germes est déjà composé de toutes les parties constituantes de la plante ou de l’animal.... » Needham ne croyait pas « aux prétendus germes étrangers qui viennent du dehors; » mais il institua des expériences, pour répondre d’avance aux objections que l’on pourrait lui adresser. Mais s’il niait les germes', il invoquait à son tour une cause pour expliquer la naissance de ses « êtres vitaux microscopiques : » c’était la force végétative ou productrice que conservait selon lui la matière des infusions. — Nous examinerons ce qu’il peut y avoir de vrai dans l’hypothèse des germes préexistants de Bonnet et dans la force productrice de Needham. Pour le moment, je veux seulement vous entretenir de la méthode de ce grand observateur et de celle de son adversaire le plus immédiat : Spallanzani ; méthode la même au fond, et que les expérimentateurs qui suivront appliqueront également.

Expériences et méthode de Needham. — Les matières sur lesquelles il voulait opérer étaient introduites dans des vaisseaux hermétiquement clos et exposés pendant quelque temps à l’action d’une température assez élevée , voisine de l’ébullition. Cette action de la chaleur avait pour but de tuer les germes étrangers, mais ne devait pas détruire la force végétative. La précaution de fermer hermétiquement les vases avait pour but d’empêcher l’arrivée intempestive des germes du dehors; en outre, il avait le soin de laisser une certaine portion d’air dans ses appareils et de les exposer à une douce chaleur. Et de ses expériences ainsi: conduites, Needham concluait à la génération spontanée des êtres vivants qu’il voyait apparaître dans ses infusions et toujours se produire.

Expériences et méthode de Spallanzani. — Les résultats des expériences de Needham ont été publiés en Angle-

(1) Note de l’article «Organisation , » tome XXIV, p. 2 , de l’édition des Sociétés typographiques, Berne et Lausanne.

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terre sous le titre de : « New microscopical discoveries. Londres, 1 7 4 o ; et en français: Découvertes faites avec le microscope, Leyde, 1747. » C’est environ vingt ans plus tard que Spallanzani entre en scène, et, ce qui est assurément très curieux, Needham, répondant à Bonnet qui l’avait questionné, assurait que Spallanzani avait confirmé ses résultats (1). Quoiqu’il en soit, il est certain qu’en plu-

(1) Ch. Bonnet nous met ici en état de résoudre une difficulté historique au sujet de la question de savoir si Spallanzani s’était inspiré de son système des germes préexistants. La correspondance du célèbre naturaliste avec Needham et avec Spallanzani sert à fixer la question et quelques dates. Le 31 décembre 1761 , Bonnet posait dans sa lettre à Needham, entre autres questions, la suivante: «N’avez-vous rien découvert de nouveau sur les animalcules microscopiques depuis les observations que vous avez publiées dans les transactions philosophiques? Etes-vous toujours dans les mêmes idées sur l'origine de ces animalcules?» Et l’interrogé répondit: « Je n’ai pas trouvé encore aucune raison de changer mes sentiments sur l’origine des animalcules en question. J’ai souvent répété depuis ces mêmes expériences avec le même succès, et encore depuis peu un professeur de Reggio vient de m’écrire qu’il a fait précisément les mêmes observations , auxquelles il en a ajouté plusieurs autres pour confirmer mes sentiments là-dessus, Il va les publier en forme de lettres, et vous les verrez bientôt. » A la suite de cette réponse. Bonnet ajoute : « En attendant la publication de ces nouvelles observations, j’oserais bien prédire qu’elles ne démontreront pas que les animalcules dont il s’agit, aient une origine aussi étrange.... » Et en note nous lisons ce qui suit : « ... Le professeur de Reggio, dont M. Needham réclamait avec tant de confiance le témoignage, était l’abbé Spallanzani. Il avait bien voulu se faire connaître à moi par l’envoi de sa première dissertation italienne sur les animalcules des infusions (traduite en français par l’abbé Regley, sous le titre de Nouvelles recherches sur les découvertes microscopiques etsur la génération des corps organisés, etc., Paris 1769). » Cet envoi était accompagné d’une lettre datée de Modène , le 18 juillet 1765, et Bonnet, après avoir fait remarquer qu’à cette date Spallanzani n’avait poin t encore lu ses Considérations sur les corps organisés, ni l’examen critique qu’il avait fait dans cet ouvrage des idées et des expériences de Needham, publie des fragments d’une autre lettre de ‘Spallanzani , datée du 24 août de la même année, que voici : « La ‘lettre que j’avais jointe à ma dissertation ne faisait aucune mention i de vos excellentes Considérations , parce que ce livre m’était inconnu i lorsque j écrivis ma lettre; mais à présent que j’ai le bonheur de le posséder, permettez-moi de vous témoigner le plaisir qu’il m’a fait.... J ai eu une satisfaction indicible en voyant le rapport qu’il y a entre votre réfutation du système de M. Needham et la mienne, au moin3 pour 1 essentiel. J’ai vu avec un vrai plaisir votre prophétie au sujet ! des observations en forme de lettres, que devait publier un profes-

i seurde Reggio Je suis ce professeur dont vous parlait M. Needham,

|i|et j ai passé de Reggio à l’Université de Modène. Ijorsque je lui écri-

NEEDHAM ET SPALLANZANI

sieurs circonstances Spallanzani en arriva aux conclusions de Needham. La méthode du célèbre physiologiste était d’ailleurs exactement la même que celle du savant dont il combattait les conclusions. Il chauffait les infusions et « purgeait par le feu à la fois les substances qu’il mettait dans les vases et l’air contenu dans ces vases ; de plus il leur ôtait toute communication avec l’air ambiant. » Mais bien que la méthode fût la même , il y avait une différence dans la manière d’opérer de Spallanzani ; il chauffait beaucoup plus longtemps à la température de l’eau bouillante , tandis que Needham chauffait seulement le temps qu’il faut pour durcir un œuf de poule et pour faire périr les germes. Ce n’était qu’en chauffant une petite quantité d’infusion pendant près de trois quarts d’heure à l’ébullition de l’eau que Spallanzani parvenait à obtenir des liqueurs infécondes. Il y a dans ses observations des faits d’une haute importance sur lesquels nous insisterons dans la discussion.

Cette obligation de chauffer pendant si longtemps faisait dire à Needham que son contradicteur mettait les infusions à la torture ; qu’il affaiblissait ou peut-être anéantissait la force végétative des substances infusées, et corrompait par les exhalaisons et par l’ardeur du feu la portion d’air qui restait dans les fioles. Il n’était donc pas étonnant que les infusions traitées de la sorte ne donnassent aucun signe de vie : il en devait être ainsi.

Les objections étaient spécieuses; mais si une température de 100 degrés tue ce qui est vivant, elle doit tuer aussi ce qui peut le devenir! Pour ce qui est de la corruption de l’air, la science n’était pas assez avancée pour résoudre la difficulté : Lavoisier n’avait pas encore fourni

vis, il y a quelques années, je lui dis qu’il enteudait mes lettres dans un sens trop favorable pour lui. Je lui avais bien exprimé que le résultat de quelques-unes de mes observations s’accordait avec les siennes, mais non que les conséquences, qu’il en déduisait ensuite, me parussent toujours légitimes. Il me semble qu’il imite ces mathématiciens qui déduisent d’un théorème plus de corollaires que la vérité ne permet d’en tirer »

Il résulte de tout ceci, que Bonnet, se fondant sur son système des germes préexistants , a critiqué Needham sans connaître les expériences de Spallanzani , et que celui-ci a commencé les siennes sans s’inspirer du système de ces germes.

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sa carrière; c’est pourquoi la question resta longtemps indécise.

En discutant les expériences si bien conduites des deux hommes illustres qui ont créé la méthode d’expérimentation que je viens de faire connaître , nous pouvons conclure que Spallanzani a réellement démontré l’existence des germes dans l’air, et qu’il a eu raison contre Needham, dont les expériences sont démonstratives, non de la génération spontanée , mais d’un tout autre ordre de faits dont je vous entretiendrai. Notons seulement que Needham et Spallanzani laissaient dans les infusions les matières mêmes employées à les faire. Il y avait là une cause d’erreur que je ferai ressortir; c’est peut-être là l’explication du fait pour lequel il y eut toujours, malgré Bonnet et Spallanzani, des partisans de la génération spontanée, comme il y en a aujourd’hui malgré les débats les plus récents sur ce difficile problème. Le plus illustre des spontéparistes , Buffon, resta l’inébranlable adversaire de Bonnet et de Spallanzani, et convaincu de la réalité expérimentale de l’hétérogénie. Mais il n’était pas hétérogéniste comme Needham; il l’était d’une façon très originale , digne de son génie. La cause productrice des êtres spontanément nés dans les infusions, il la trouvait dans ce qu’il a appelé les molécules organiques. Lui , qui admettait une Providence , il pensait que ces molécules organiques étaient répandues partout , et que si les êtres vivants actuels venaient à disparaître, elles reproduiraient un monde nouveau d’organismes vivants. Et n'admet-on pas , en plein xix6 siècle , la possibilité de transformations successives d’un protoplasma formé par génération spontanée en êtres de plus en plus élevés jusqu’à l’homme lui-même? Nous examinerons quels rapports rattachent les molécules organiques de Buffon aux germes de Bonnet.

Les obscurités du sujet pouf les savants des xvn° et xvme siècles, peut-être pour ceux du xix®, ne sont pas seulement dans la possibilité de l’altération de l’air dans les expériences de Spallanzani, mais dans une ignorance absolue de ce qu’est la matière organique et dans la méconnaissance de la structure dans les êtres organisés.

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