MICROZYMAS ET BACTÉRIES BU FOIE
microzymas isolés, d’autres associés en chapelet ; on voit des microzy mas présentant un grand et un petit diamètre , qui progressent à la manière des bactéries; enfin on voit aussi dos bactéries véritables. Beaucoup sont associées par groupes linéaires de deux ou trois. N’est-il pas évident que ce sont là les diverses formes des diverses phases de l’évolution des microzymas ?
E. Voici maintenant l’expérience type, celle dans laquelle on élimine toutes les causes d’erreur.
On introduit deux fragments de foie de chien dans de l’empois bouillant créosoté ; pendant que l’ébullition continue, on remplit complètement la fiole avec de l’eau distillée bouillante; on bouche sans laisser d’air avec un bouchon porté à 100 degrés dans l’eau bouillante; on refroidit rapidement et on porte l’appareil à l’étuve. Vingt-quatre heures après, on prend un des fragments , l’incise , et dans la partie profonde de l’incision la substance du foie raclé est examinée au microscope : on aperçoit des microzymas encore normaux et des bactéries assez nombreuses et très bien conformées.
Les bactéries, dans cette dernière expérience, ont apparu dans un milieu en apparence privé d’air. Le résultat est le même lorsque, les fragments de foie étant introduits dans l’empois ou l’eau sucrée bouillante et créosotée , on scelle à la lampe le goulot de la fiole, soit après l’avoir laissé refroidir dans de l’air filtré ou calciné , ou même pendant que l’ébullition continue.
D’où il résulte, par conséquent, que, dans ce genre d’expérience, les bactéries apparaissent soit qu’il y ait beaucoup d’air à la pression normale, de l’air à une moindre tension, ou pas d’air du tout. Sur quoi nous insisterons dans un examen approfondi des expériences de Needham et de M. Pouchet.
Voici d’ailleurs une circonstance qui nous a convaincus que les bactéries ne viennent pas de l’extérieur. Dans un grand nombre d’essais, ces bactéries ont apparu dans le centre des foies avant d’être visibles dans le liquide ambiant. Des reins , des pancréas, des rates, placés dans les mômes conditions, mais habituellement plus lentement,
finissent par laisser apparaître des bactéries dans leur centre, alors que le liquide qui les entoure , n’en contient pas encore.
Je reviendrai sur tout ceci, notamment à propos de certaines expériences de M. Pasteur sur le sang', sur le lait, la viande et l’urine. Nous verrons alors que la fibrine elle-même , que l’on regarde comme une matière albuminoïde spéciale et un principe immédiat, est quelque chose qui contient des microzymas , les microzymas propres du sang. Pour le moment, arrêtons-nous un instant sur les conséquences de ces expériences en ce qui concerne les bactéries.
Vous venez de voir comment on dispose les expériences ; nous avons introduit devant vous, avec les précautions indiquées, de la viande, du foie , de la fibrine , de la levûre de bière dans l’empois bouillant et créosoté. Pour des études suivies , quand on veut surprendre la marche du phénomène de l’évolution des microzymas en bactéries dans un milieu donné , on prépare , au même moment , une série de cinq ou six appareils contenant la substance organisée. De cette façon, il est possible de suivre l’expérience pendant plusieurs" jours sans avoir à s’inquiéter de l’intervention possible des germes de l’air d’une observation microscopique à l’autre. En opérant ainsi , on verra aisément que dans l’eau ordinaire ou créosotée les microzymas conservent pendant fort longtemps leur forme normale : on peut même empêcher cette évolution en employant de plus fortes quantités de créosote ou d’acide phénique, toujours à dose non coagulante. Dans, les solutions créosotées de sucre de canne , les bactéries apparaissent plus vite, et bien plus rapidement encore dans l’empois. Il faut donc se servir de tous ces moyens quand on veut pouvoir. bien suivre la marche du phénomène.
Au moment de la mort d’un animal sacrifié dans l’état de santé , dans tous les tissus , à tous les âges , les microzymas sont tous indépendants.
Dans les conditions que je viens de spécifier, on peut saisir des microzymas accouplés à deux grains , ou à un plus grand nombre de grains, formant des chapelets. Plus tard, les granulations s’allongent de façon à présenter un petit et un
DEGRÉS DE L 'ÉVOLUTION BACTÉRIENNE DES MICROZYMAS 153
grand diamètre; bientôt ces caractères s’accentuent encore davantage et on a de véritables bactéries , quelquefois même de vrais leptothrix, c’est-à-dire de très longs filaments.
Souvent, très souvent, on peut apercevoir toutes ces formes les unes à côté des autres. Il existe aussi des formes intermédiaires difficiles à décrire; il y a des bactéries articulées en série linéaire ou brisées, mobiles, progressant dans diverses directions et agitant leurs articles. Souvent aussi , quand on observe à temps , on voit des vibrions se mouvant avec une rapidité singulière, traversant le champ du microscope comme une flèche , ou tournoyant sur euxmêmes en progressant; on en voit d’ondulés ( spirillum ) , etc. Dans certaines expériences avec la levûre de bière, on voit aussi apparaître les corps organisés que M. Trécul a nommés amylobacters. Mais toutes ces formes disparaissent bientôt, et l’on n’a plus que des bactéries typiques, c’est-àdire un bâtonnet plus ou moins long; puis la bactérie devient immobile , s’allonge sans augmenter de largeur, et un seul article peut acquérir jusqu’à 0mra,01 et même davantage. Enfin dans certains milieux on voit apparaître des bactéries mobiles , ayant un point brillant à l’une des extrémités, la bactérie à point brillant ou à tète. En résumé les divers vibrions, le Bacterium chaînette (1), le Bacterium termo , le Bacterium capitatum', la bactéridie , ne sont que les diverses phases du développement des microzymas, ou de certains microzymas , plus ou moins dépendants de la nature du milieu. Mais n’anticipons pas, et disons seulement qu’il sera démontré que le naturaliste ne saurait distinguer les microzymas par une description , car ils sont morphologiquement semblables; et comme la grandeur ne constitue pas, en général, un caractère botanique ou zoologique essentiel , nous verrons qu’on ne peut les distinguer que par leur fonction , laquelle peut varier, ainsi que M. Joseph Béchamp l’a démontré , pour une même glande et un même tissu, avec l’âge de l’animal.
Du reste, des microzymas et des bactéries avec les modifications de forme que l’on peut constater entre le micro-
(1) On a décrit, sous le nom de torula , de microbe en 8 de chiffre, des productions qui ne sont autre chose que des microzymas associés.