MICROZYMAS, BACTÉRIES NORMAUX DE L’ORGANISME
zyma et la bactérie, peuvent se rencontrer, à un moment donné , dans le canal intestinal, depuis la bouche et l’estomac jusqu’au rectum. Les auteurs ont certainement noté les divers vibrioniens qu’on y peut observer, mais , comme partout ailleurs, ils n’ont donné aucune attention aux microzymas qu’on y rencontre. Il est possible, bien que ce ne soit pas démontré, que l’air soit pour quelque chose dans leur existence; mais s’il en vient de cette source , il en vient certainement avec nos aliments. Pourtant il n’est pas douteux que nos tissus fournissent un certain contingent de microzymas au contenu du canal intestinal. Les microzymas de la bouche et ses bactéries sont autres que les microzymas de l’estomac, et ces derniers autres que ceux du rectum., non pas morphologiquement, mais, comme nous le verrons, fonctionnellement. Il peut même arriver que la présence d’un parasite, comme le ténia, dans l’intestin, détermine quelque changement des microzymas intestinaux et modifie leur évolution, tant est grande l’influence des changements de milieu.
Mais nous reviendrons sur tout ceci quand nous nous occuperons des fonctions des microzymas. Pour le moment, il est nécessaire de vous dire que ces faits n’ont pas été admis sans contestation , surtout par M. Pasteur, dont ils contrariaient le système. Je vous ferai connaître ses objections , uniquement fondées sur l’intervention possible des germes de l’air : nous les discuterons et en montrerons l’inanité.
Toutefois ce n’est pas que d’autres expérimentateurs ne se soient préoccupés de ces faits. Il y en a même qui les ont confirmés, mais sans citer les auteurs de la découverte. Pour vous en convaincre , laissez-moi vous lire- l’extrait d’un article important, publié par MM. Nencki et P. Giacosa, où la question historique est fort nettement traitée.
Des bactéries ou leurs germes existent-ils dans les organes d’animaux sains et vivants? Telle est la question que se posent les deux auteurs. Et ils répondent : « Voilà une question capitale posée depuis longtemps et qui a donné lieu à bien des controverses , sans que l’on soit arrivé à une solution bien positive. Béchamp a répondu affirma-
MICnOZYMAS ET BACTÉRIES
tivement il y a une vingtaine d’années , en admettant dans tous les organes vivants l’existence de micrococcus , appelés j par lui microzymas , qui constitueraient les éléments nécessaires des tissus et joueraient un rôle important dans les phénomènes chimiques dont ceux-ci sont le siège. Béchamp et son école ont apporté maint fait à l’appui de leur manière de voir (expérience de Servel; voir dans Microzymas par Joseph Béchamp, Montpellier, 1875 , p. 22), et d’autres expérimentateurs, Billroth et Tiegel (Virchow’ s Ardhiv., t. nx, p. 453), BurdonSanderson ( British Médical journal, janvier 26, 1878), sont arrivés aux mêmes conclusions. Ces expériences avaient toutes pour but de conserver les organes, immédiatement après leur ablation , à l’abri des germes extérieurs , et en même temps de détruire ceux que l’air aurait pu y déposer pendant le court laps de temps de l’opération. On y arrivait en plongeant l’organe soit dans une solution d’acide chromique, soit dans la paraffine chauffée à 110 et 115°, et l’induisant, par plusieurs trempes, d’une certaine couche de paraffine , avant de le noyer dans une grande masse de cette matière surchauffée et refroidie jusqu’à son point de fusion, ou dans de l’huile. Le tout étant exposé ensuite à 20 ou 30 degrés , à l’étuve , on a vu se développer, au bout de quatre à douze jours, des bactéries à l’intérieur de l’organe, preuve évidente que les germes de ces microbes devaient préexister (l). »
Tout cela est très exact, sauf quelques détails d’interprétation, la confusion de microzyma avec micrococcus et l’emploi du mot microbe.
M. Nencki , convaincu depuis longtemps de la réalité des faits et s’en étant expliqué fort catégoriquement déjà en 1875, reprit à son tour la question où l’avaient laissée les précédents expérimentateurs, et, avec M. Giacosa, il a tenté une démonstration par un moyen héroïque.
Un morceau de foie de lapin extrait sous une fine pluie d’eau phéniquée et avec tous les soins du procédé Lister, a été plongé au milieu d’une grande masse d’alliage de Wood (alliage fusible), chauffé préalablement à 300-400 degrés,
(1) Bulletin de la Société chimique de Paris, 5 décembre 1880, t. XXXIV, p. 663 ; extrait du journal Fûr praktische chemic (2), t. XX, p. 34.
MICKOZYMAS ET BACTÉRIES
refroidi à 100 degrés et recouvert d’une couche d’eau phéniquée à cinq pour cent. Vous le voyez , la matière , déjà empreinte extérieurement d’eau phéniquée, était plongée dans l’alliage fondu à travers une couche d’eau très fortement phéniquée. Le morceau de foie était ensuite maintenu en place jusqu’à la solidification de l’alliage. On avait donc ainsi le foie, retenu au centre d’une masse métallique que les germes de l’air auraient eu sans doute beaucoup de peine à traverser. Le tout était porté dans une étuve ' maintenue à 40° environ pendant quatre jours.
Dans une autre série d’essais, MM. Nencki et Giacosa ont encore opéré d’une autre manière. Une cloche était remplie de mercure et renversée sur du mercure qui était contenu dans une marmite en fer émaillé. Tout l’appareil était ensuite chauffé jusqu’au point d’ébullition du mercure ; on laissait refroidir jusqu’à 120°, et, avec de grandes précautions, pour que la cloche ne se brisât pas, on versait sur le mercure extérieur une couche d’eau phéniquée à 5 pour 100. L’organe destiné à l’expérience était extrait avec les mêmes soins que ci-dessus, et, au moment de l’ablation, on le faisait passer, à travers l’eau phéniquée et le mercure, dans la cloche pleine de mercure, dont il gagnait le sommet.
Dans l’opération où l’on avait plongé le foie dans l’alliage fusible, on découvrit des bactéries.
Dans l’expérience faite avec le mercure, il arriva un moment où des gaz se dégagèrent : la matière de l’organe entrait en fermentation, et à l’examen microscopique, on découvrait des bactéries.
N’avais-je pas raison de dire que le moyen était héroïque ? Il est difficile que les contradicteurs puissent soutenir que le mercure et l’alliage de Wood ont retenu des germes et que la matière animale en avait apporté au centre du métal en fusion et du mercure à 120°. Quant au succès de ces expériences, il repose sur le même principe que les miennes : les parties centrales de la matière animale n’atteignent pas 100° et les microzymas n’y sont pas tués.
Avant l’application du dispositif expérimental que je viens de décrire , M. Servel, préparateur d’anatomie pathologique