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LA GÉNÉRATION SPONTANÉE MODERNE

Lavoisier me semble avoir contribué à la solution de la partie la plus difficile de la question qui nous occupe , non pas pour avoir découvert la composition de l’air et permis de lever une des objections faite par Needham à Spallanzani, mais pour avoir démontré : 1° que la matière que nous appelons organique n’est pas organique par essence , mais qu’elle est minérale par les corps simples qui la constituent et la composent ; 2° qu’il y a un lien de subordination rattachant les animaux aux végétaux, ceux-ci étant le laboratoire dans lequel la matière minérale devient matière organique, pour de là passer immédiatement ou médiatement dans les animaux. Les anciens n’avaient, aucune idée de cette relation remarquable , et nous ne l’avons nous-même très claire que depuis la publication, en 1841, de la Statique chimique des êtres organisés , par M. Dumas. D’un autre côté, l’histologie n’existait pas; on parlait d’organisation, on bâtissait des systèmes, et on ne savait pas en quoi elle consiste 1 Malgré Bichat et tant d’autres qui se sont occupés des éléments anatomiques , que savons-nous d’absolu sur la structure intime des éléments de nos organes? Pourtant c’est seulement de la notion claire de la constitution des tissus, des cellules, que se dégagera la solution des difficultés pendantes.

Mais reprenons la suite de notre exposition.

Jusque vers 1837, il ne fut plus directement question des générations spontanées. Mais les expériences de Needham et de Spallanzani eurent des conséquences qu’ils n’avaient pas prévues. Nous avons vu que les auteurs laissaient dans les infusions les matières qui leur servaient à les préparer. Un industriel , qui avaït été confiseur-distillateur à Paris, Ch. Nicolas Appert, imagina de se servir des mêmes moyens pour conserver les substances alimentaires (1). Vous trouverez dans tous les Traités de chimie les indications nécessaires sur la pratique du procédé. Mais nous allons voir comment l’étude de ce procédé par Gay-Lussac amena ce grand chimiste à ré-

(1) Les essais d’ Appert remontent, dit-on, à 1796, et c’est en 1804 qu’il a fait constater, par des essais publics, les résultats de son procédé.

appert et gay-lussac

soudre une des objections que Needham faisait à Spallanzani: l’altération possible de l’air des vases. De la viande de bœuf et de mouton, du poisson , du moût de raisin, des champignons ayant été conservés, dans des vases de verre, par le procédé d’Àppert, Gay-Lussac analysa l’air des bouteilles après quelque temps et trouva qu’il n’y restait plus d’oxygène.

On était si éloigné de penser aux explications de Needham et de Spallanzani , que Gay-Lussac attribua la conservation des matières alimentaires à l’absorption de l’oxygène, et formula sa conclusion en disant que « l’absence de ce gaz est une condition nécessaire pour la conservation des substances animales et végétales. » Vous vous rappelez que , dans les leçons sur la fermentation , je vous ai cité ces recherches et comment Liebig s’en servit pour édifier, renouvelant en cela le système de Stahl , une nouvelle hypothèse destinée à expliquer la formation des ferments. Nous y reviendrons dans une prochaine Conférence. Sous l’influence de ce nouveau courant, malgré les expériences de Lavoisier, les recherches de Thénard et celles de Colin sur la fermentation alcoolique, dans lesquelles ce dernier savant se servait de matières animales pour faire fermenter le sucre , on perdit tout à fait de vue les travaux de Needham et de Spallanzani. L’attention fut de nouveau attirée vers ces questions à la suite des belles recherches et des découvertes de Cagniard- Latour sur la levûre de bière et la cause de la fermentation alcoolique. La levûre de bière fut nettement considérée comme étant une production organisée, vivante et de la nature des végétaux. Au lieu d’être , comme le voulait Liebig, une substance en voie d’altération, la levûre fut montrée susceptible de se nourrir et de se multiplier dans un milieu sucré, albuminoïde et complexe comme le moût de bière.

A la même époque , M. Schwann poursuivait des recherches analogues sur la levûre de bière, et comme il était un des savants qui ont le plus concouru aux progrès de 1 histologie , ses préoccupations le conduisirent à rechercher si l’air était vraiment la cause du début de la fermentation, et l’absence de l’oxygène la cause immédiate de la conser-

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