QUATRIÈME CONFÉRENCE
Sommaire. Introduction. — La coagulation spontanée du lait. — Expériences de Gmelin et Duscli et de M. Pasteur. — Discussion de l’expérience de M. Pasteur. — Microzymas du lait cause de la coagulation. — Bactéries des microzymas du lait. — Formation de l’alcool et de l’acide acétique dans le lait caillé. — Alcool et acide acétique normaux du lait. — Alcool et acide acétique dan3 la caillette d’agneau. — Bactéries de la caillette. — Altération spontanée de la viande. — M. Pasteur et la putréfaction de la viande. — Expériences de M. J. Béchamp sur l’alcool et les bactéries de la putréfaction spontanée de la viande. — Alcool dans le foie, le cerveau et dans les muscles frais. — Conclusion concernant ces faits. — Bactéries dans un kyste; daus la gangrène. — Tubercule pulmonaire à l’état crétacé. — Les membranes vivantes impénétrables aux vibrions. — Les microzymas atmosphériques et la respiration. — L’influence des microzymas atmosphériques peut être réduite à zéro. — Multiplication des microzymas. — Fin physiologique d’une cellule et des vibrioniens. — Expériences de M. J. Béchamp sur les microzymas aux différents âges d’un même être. — Conclusions concernant les expériences sur la génération spontanée. — Les expériences des spontéparistes vérifient la théorie du microzyma. — Dilemme de M. Victor Meunier.
Messieurs ,
Je vous ai fait remarquer que le système de Bonnet , l’universelle dissémination des germes, était une vérité d’intuition à laquelle manquait la démonstration expérimentale ; j’ai ajouté que même en tant que vérité d’intuition, elle ne l’était que relativement, puisque ce qu’il nommait germes, n’en sont pas au sens embryologique, et j’ajoute que les microzymas atmosphériques ou autres, ne peuvent être considérés ni comme des spores, encore moins comme des œufs. À l’égard des formes organisées que, dans leurs expériences, MM. Bouchet et Pasteur ont aperçues, et sur la nature desquelles ils ne sont pas tombés d’accord , je n’ai rien à vous en dire de plus, si ce n’est qu’elles sont les moins nombreuses ; spores ou œufs, leur origine est très naturelle autant que simple, et déjà Spallanzani avait connu
la dissémination des spores des mucédinées, comme les botanistes le transport du pollen des fleurs. Mais ce que MM. Pasteur et Pouchet n’ont pas aperçu dans l’air ordinaire , ou qu’ils ont laissé passer sans y prendre garde, ce sont les granulations moléculaires , non seulement de l’air, mais des matières qu’ils employaient dans leurs expériences ; ces mêmes granulations moléculaires dont les chimistes, les physiologistes, les anatomopathologistes et les histologistes eux-mêmes avaient négligé l’étude, bien qu’ils en signalassent la présence dans les fermentations qu’ils étudiaient, dans les tissus pathologiques ou normaux qu’ils décrivaient! Eh bien, nous avons démontré que ces granulations moléculaires, signalées d’abord sous le nom de petils corps dans certaines solutions sucrées, pouvaient intervertir le sucre de canne et agir comme ferment, aussi bien que celles que j’ai observées dans certaines roches calcaires et que j’ai nommées, à cause de leur fonction, d’un nom qui rappelle cette fonction de ferment : les microzymas. Nous avons ensuite acquis la certitude nouvelle, que certaines granulations moléculaires , dans les tissus et cellules végétaux et animaux , pouvaient engendrer des bactéries , de même que celles de l’air et des roches, et nous avons conclu , sauf à le démontrer aussi par leur fonction, qu’elles étaient également des microzymas. Enfin vous êtes convaincus que je ne suis plus seul à croire à la réalité et à la valeur de mes démonstrations, puisque d’autres savants, prévenus qu ils étaient des objections qu’on leur faisait , les ont réfutées en démontrant que les germes de l’air ne sont pas la cause de l’apparition des bactéries au sein des tissus animaux les plus divers : muscles, glandes, matière nerveuse.
Les microzymas, malgré certaines dénégations intéressées, existent donc, et l’une des bonnes démonstrations de leur organisation et vitalité , c’est qu’ils évoluent pour devenir bactéries, êtres que tout le monde considère aujourd’hui comme organisés et vivants. Il y a bien, même chez ceux qui regardent le fait comme démontré, quelque hésitation sur la signification histologique du microzyma; mais quant ;i son existence individuelle, considérée comme germe de bac-
téric , le doute a disparu. liés hésitations, concernant la fonction histologique, tiennent aux idées reçues relativement à l’organisation et à la notion de matière vivante : notions erronées sur lesquelles nous aurons à insister longuement. M. Pasteur lui-même les reconnaît sous un autre nom ; mais fidèle à son système de panspermie atmosphérique, il continue de nier, d’une certaine façon que je mettrai en lumière , l’existence des microzymas dans les organismes vivants. C’est à la manière de voir de M. Pasteur que M. Balard se rattachait quand , sans contester les résultats des expériences de M. Servel, il a fait des remarques auxquelles j’ai dû répondre. Peut-être arriverai-je, dans le cours de cette Conférence, à vous en entretenir. En attendant, je reprends la suite de mon exposition.
La méthode qui a permis de constater la naissance des bactéries dans les tissus animaux, sans qu’on puisse invoquer la présence ou l’influence des germes de l’air, est bonne. Elle est évidemment plus simple, plus commode, que celle de MM. Servel ou Nencki et Giacosa. Nous aurons l’occasion de constater sa rigueur et sa fécondité dans d’autres recherches : elle est surtout confirmée par les expériences dans lesquelles certains tissus, quoique contenant des microzymas, ne laissent point apparaître de bactéries, bien que les conditions favorables à leur évolution soient réunies ; tandis que dans d’autres tissus les microzymas évoluent si facilement, notamment dans l’empois, qu’il est parfois impossible d’observer les phases de l’évolution. C’est pour cela qu’il est nécessaire de changer le milieu dans lequel on introduit la substance organisée que l’on se propose d’étudier. En employant l’eau sucrée, ou simplement l’eau distillée, bouillies et créosotées, l’observation se fait plus commodément et l’on a le temps de noter les changements successifs qui surviennent dans la forme des microzymas et les phases diverses de leur évolution; la limpidité du milieu supprime toute cause d’erreur. L’empois de fécule est moins avantageux encore à un autre point de vue: sa fluidification peut n’avoir pas lieu, ou être assez incomplète pour que les débris du granule amylacé soient l’occasion d’illusions qui peuvent