LA FERMENTATION ALCOOLIQUE DE LA VIANDE
uisrae à un empoisonnement. Je vous renvoie pour tout cela à son Mémoire (1): J’ajoute seulement que l’auteur a justement fait observer qu’il est probable que dans la putréfaction très avancée on ne trouverait pas d’alcool : celui-ci aurait été détruit par les microzymas mêmes qui l’ont produit. En effet, j’ai constaté depuis longtemps que l’alcool est parfaitement fermentescible et que les produits de sa fermentation sont les acides de la série formique, etc. (2).
Tous ces faits conduisent à affirmer, de la façon la plus certaine, que les tissus animaux, pour parler comme certains auteurs, recèlent des germes de vibrioniens. Pour nous, la signification est plus haute; elle est la preuve de l’existence des microzymas. comme organismes vivant d’une vie propre, indépendante. La propriété d’évoluer en vibrioniens n’est qu’une face de leur histoire, et vous venez de voir comment l’étude de cette propriété nous a conduit à expliquer des faits restés jusque-là sans explication. Laissons donc M. Pasteur avec son système, et continuons de nous convaincre que la même théorie est capable de rendre compte de bien d’autres faits embarrassants pour ceux qui la nient. Je vous parlerai plus tard des expériences sur lesquelles M. Pasteur a fondé son opinion concernant l’impénétrabilité de l’organisme animal aux germes extérieurs. Mais aujourd’hui même, je veux vous entretenir des conséquences de la théorie du microzyma à l’égard de la doctrine des générations spontanées ; pourtant, avant de passer
(1) J. Béchamp : Sur la présence de l’alcool dans les tissus animaux pendant la vie et après la mort, etc. Annales de chimie et de physique (5), t. XIX (1880).
(2) Voir les notes suivantes :
1° Sur la fermexitalion caproïque, etc. de l’alcool éthylique. Comptesrendus, t. LXVII, p. 558 (1868).
2° Sur la formation de l’alcool caproïque dans la fermentation caproïque de l'alcool ordinaire. Ibid., p. 560.
3° De la fermentation de l’alcool par les microzxjmas du foie. Comptesrendus, t. LXVII I, p. 1507 (1869).
4° Sur la fermentation acétique de l’alcool, mélhylique. Comptes-rendus, t. LXIX, p. 210 (1869).
5° Recherches des produits de la fermentation de la glycérine par les microzymas. Ibid, p. 669.
6° Lettre de M. Béchamp à M. Dumas (sur la fermentation de l’alcool par la craie), Annales de Chimie et de Physique (4) t. XIII, p. 103 (1868).
outre, laissez-moi vous parler encore de confirmations d’un autre genre.
A peine M. Estor avait-il été convaincu de la réalité de l’existence des microzymas, à la suite des expériences que nous avions poursuivies en commun, que nous en sommes venus à nous demander si dans certaines conditions pathologiques on ne découvrirait pas, sur le vivant, en quelque sorte physiologiquement, les diverses phases de l’évolution des microzymas. En eft'et, à quelque temps de là, M. Estor publiait la Note que je vous lis en entier, car, bien que très importante, elle n’est pas longue.
« M. Béchamp et moi, dit M. Estor, avons adressé à l’Académie une Note sur l’évolution des microzymas ou granulations moléculaires normales des cellules des animaux. Ces microzymas, dans les conditions que nous avons spécifiées, se groupent deux à deux ou en plus grand nombre; puis s’allongent légèrement, enfin davantage, de manière à représenter de vraies bactéries. Ces faits résultent d’un grand nombre d’expériences faites sur des animaux divers. L’observation suivante démontre que les mêmes transformations peuvent avoir lieu chez l’homme. J’ai extirpé, il y a trois jours, un kyste de la grande lèvre, rempli par une matière demi-liquide, verdâtre. Un examen immédiat, au microscope, a montré des microzymas à toutes les périodes de leur évolution : des granulations isolées, d’autres associées, d’autres un peu allongées, enfin de vraies bactéries (1). »
M. le Dr Liouville, à l’époque même où nous publiions nos premières études, démontrait que la sérosité des vésicatoires contient des microzymas , et que ceux-ci produisent des bactéries.
M. le Dr Onimus, dans un travail important, fit voir aussi que des vibrioniens peuvent apparaître dans la sérosité qui pénètre dans l’eau distillée contenue dans une ampoule que l’on insère sous la peau d’un animal vivant (2).
(1) Estor : Note 'pour servir à l'histoire des microzymas contenus dans Les cellules animales. Comptes-rendus , t. LXVII , p. 529 (1868).
(2) Onimus : Sur la genèse des leucocytes. Comptes-rendus, t. LXV1I. p. 247. Celte note de M. Onimus a une importance exceptionnelle; il
MICROZYMAS ET BACTÉRIES DES TISSUS VIVANTS Tbl
A l’époque où nous avions déjà publié une partie de nos expériences fondamentales, plusieurs observateurs avaient noté l’existence de bactéries, dans les tissus et dans le sang, dans la fièvre typhoïde, les maladies charbonneuses , et on était fort disposé, M. Davaine entre autres, à voir là un fait de parasitisme ordinaire ; nous combattions ces conclusions , et nous disions, M. Estor et moi : « Au lieu de soutenir que l’affection observée a eu pour origine et pour cause l’introduction dans l’organisme et 1 action consécutive de germes étrangers, on doit affirmer qu’on n’a affaire qu’à une déviation du fonctionnement des micro zymas, déviation indiquée par le changement qui s’est opéré dans leur forme. Nous affirmons qu’il en est ainsi de par l’expérience et l’observation (1). »
Vous avez vu tout à l’heure de quel point de vue M. Pasteur considère la gangrène. Voici quelle est la cause de sa production :
« Un malade venait d’être amputé du bras à la suite d’une lésion traumatique grave; la partie supprimée fut immédiatement apportée au laboratoire ; l’avant-bras présentait une surface sèche, noire, dont l’insensibilité avait été constatée avant l’opération ; tous les symptômes de la gangrène existaient; l’examen microscopique nous montre, non des bactéries, mais des microzymas associés, des chapelets. L’accident avait marché si vite que les bactéries n’avaient pas eu le temps de se former, elles étaient seulement en voie de formation ; elles ne sont donc pas la cause de la gangrène (2). » Dans une autre observation, M. Estor a vu dans la gangrène des bactéries munies d’un noyau à l’une des extrémités (3).
Je vais citer encore un exemple de la présence de microzymas en voie d’évolution dans l’organisme même. Guidés
en sera question dans la conférence qui traitera des microzymas comme facteurs de cellules. Ce savant, pour expliquer la genèse des leucocytes, suppose qu’elle est le résultat de la constitution d’un blastème. — Ace point de vue, les conclusions seront discutées.
( 1) A. Béchamp et A. Estor : Des microzymas des omjanismcs supérieurs. Montpellier médical, t. XXIV, p. 32.
(2) A. Béchamp et A. Estor. Montpellier médical, loc. cit.
(3) Revue des Sciences naturelles de Dubrueil, t. I, p. 533.