SUPPRESSION DE L’INFLUENCE
sur les moisissures , que si l’on peut enrayer révolution des microzymas , on ne supprime pas leur activité.
M. J. Béchamp , dans des recherches d’un ordre tout particulier dont il faut que je vous entretienne, s’est appuyé sur cet ensemble de considérations. Avant de vous les exposer, laissez-moi vous rapporter les expériences qui démontrent la proposition suivante :
L’influence des microzymas atmosphériques sur une matière putrescible peut être rendue aussi petite que l’on veut ou être réduite cl zéro.
Les expériences qui la démontrent placeront dans son vrai jour l’expérience de M. Pasteur que je citais tout à l’heure, à l’occasion des microzymas du lait.
Au mois de juillet, sous le climat de Montpellier, dans des conditions très favorables à l’évolution des microzymas, on a mis en expérience :
A. Bouillon de levûre, 250 cent, cubes; sucre de canne, 50 grammes; carbonate de chaux pur, 70 grammes; créosote , 3 gouttes.
B. Bouillon de levûre, 250 cent, cubes; sucre de canne, 50 grammes; craie de Sens, extraite depuis un an de la carrière, 70 grammes; créosote, 5 gouttes.
Le bouillon de levûre avait été fait avec 50 grammes de levûre et 500 grammes d’eau ; traité par 3 à. ■ l volumes d’alcool , il louchit à peine et , après trois jours , ne donne aucun précipité, c’est-ù-dire ne contient pas d’albumine proprement dite. Le carbonate de chaux avait été préparé au moment de s’en servir; il avait été lavé avec de l’eau distillée légèrement créosotée. Pendant qu’on pulvérisait rapidement la craie , dans un mortier de métal préalablement chauffé à une température élevée et qu’on avait laissé refroidir dans une enceinte créosotée , on agitait le carbonate de chaux à l’air avec une baguette de verre. L’appareil dans lequel on avait introduit le mélange B a été muni d’un bouchon à tube abducteur qui avait été plongé dans l’eau bouillante créosotée ; l’appareil A n’était fermé que par un papier enveloppant le goulot du llacon , pour laisser l’air intervenir à son aise , sans poussières. Les choses étant ainsi disposées, on abandonna les deux appareils dans une
DES MICROZYMAS ATMOSPHÉRIQUES
pièce peu éclairée. Le 1er septembre, les deux préparations sont examinées.
On constate qu'il n’y a de glucose dans aucune. Dans B, fourmillement de microzymas mobiles; il y en a d’accouplés deux à deux et de petites bactéries mobiles. Dans A, quelques granulations moléculaires.
La craie et le carbonate de chaux sont recueillis sur des filtres et complètement lavés. L'un et l’autre sont dissous par l’acide chlorhydrique étendu. Le carbonate de chaux de l’opération A ne laisse pas de résidu appréciable à l’œil ni à la balance. La craie de l’opération B laisse un résidu abondant : il est desséché à 160 degrés; il pèse lsr- 90; incinéré, il s’est trouvé composé de :
Matière minérale l6r47 ^ ( Matière minérale 77,35
. .En centième j __ Pk.
Matière organique 0, 43 ( Matière organique 22, b5
Pendant l’incinération, on perçoit nettement l’odeur de corne brûlée.
Or, la craie contenant des microzymas et de la matière organique, on avait déterminé, par une expérience préalable, que le rapport de la matière minérale à la matière organique était, en centièmes, dans la partie insoluble dans l’acide chlorhydrique :
Matière minérale. . . . 92,7
Matière organique. ... 7,3
Vous voyez par là que les microzymas de l’atmosphère , tombés dans le carbonate de chaux pur pendant qu’on l’agitait à l’air, et dans le bouillon de levure pendant qu’on faisait le mélange, non seulement n’ont pas agi, mais n’ont pas augmenté. Au contraire, la craie , qui contient une foule de microzymas, a augmenté de poids, parce que ses microzymas ont pullulé et se sont partiellement transformés! ils ont plus que triplé!
Pour contrôler cette expérience, on a , le même mois, avec les mêmes craie et carbonate de chaux, la même
SUPPRESSION DE L’iNFLUENCE
masse de bouillon de levure, fait une opération dans laquelle la fécule a remplacé le sucre de canne.
C. Empois préparé avec 1 6 grammes de fécule et bouillon de levûre créosoté, 250 cent, cubes; carbonate de chaux pur, 25 grammes.
D. Empois préparé dans les mêmes conditions que le précédent, 250 cent, cubes; craie de Sens du même bloc que ci-dessus, 60 grammes.
Le carbonate de chaux était remué à l’air pendant que la craie était pulvérisée avec les précautions accoutumées. Les deux ballons , fermés par un papier entourant le goulot, sont placés à l’étuve. Le 3 août, G n’est pas fluidifié ; dans le mélange , rares granulations moléculaires isolées ; D est en partie fluidifié : il y a de superbes bactéries de toutes dimensions. Laissé à l’étuve jusqu’au 1er septembre.
C. L’empois est fluidifié; pas de bactéries ; il n’y a pas plus de granulations moléculaires que le 3 août; filtré; la liqueur filtrée se colore par la teinture d’iode comme un mélange de dextrine et de fécule soluble , c’est-à-dire en rouge violacé; elle ne donne pas de précipité par l’acide oxalique, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de chaux dissoute et par suite pas d’acide produit.
D. Le nombre des microzymas de la craie a beaucoup diminué; une foule de bactéries les ont remplacés. La liqueur filtrée précipite abondamment par l’acide oxalique et se colore seulement en jaune par l’iode. La solution, après la précipitation par l’acide oxalique, a été distillée : elle a fourni de l’acide acétique, de l’acide butyrique et un résidu fixe contenant de l’acide lactique (1).
Vous voyez maintenant pourquoi M. Pasteur a vu apparaître des bactéries dans l’infusion de lovùre sucrée additionnée de craie. S’il avait employé du carbonate de chaux pur, certainement il n’aurait pas été obligé de chauffer son mélange sous pression.
Ainsi, dans les circonstances où M. Pasteur voit si aisément apparaître des vibrioniens, la créosote ou l’acide phénique s’opposent absolument à leur apparition lorsque les
(I) Compiès-rendus de l’ Académie des Sciences, t. LXXIY, p. 633, et t. LXXY, p. 12S5.
DES MICROZYMAS ATMOSPHÉRIQUES
substances mises en expérience ne contiennent pas déjà les microzymas qui les produisent. Notons, en outre, ainsi que nous l’avons déjà fait, que la méthode comporte un contrôle qui fait défaut à la méthode de Spallanzani perfectionnée par divers expérimentateurs ; ce contrôle, c’est la réaction chimique accomplie : or, dans les expériences ou l’on a employé le carbonate de chaux pur, il n’y a eu ni multiplication des microzymas, ni production de bactéries, ni fermentation.
Gela posé, rapprochons de la multiplication des microzymas de la craie dans le bouillon de levûre sucré, la multiplication des microzymas dans l’organisme.
Les physiologistes ont cherché le lieu de l’organisme où se produisaient les hématies ; Kiiss supposait que c’était le foie. Mais s’il y a encore incertitude sur ce point, il me paraît hors de doute que le foie est l’une des glandes où se produit une prolifération très active des granulations moléculaires. Je trouve dans les œuvres de Cl. Bernard un renseignement précieux à ce sujet. L’illustre physiologiste a noté chez le lapin en digestion de carottes et de pain, chez le chien en digestion de féculents, que les cellules du foie sont turgides, arrondies et entourées « de myriades de petites molécules animées d’un mouvement brownien excessivement rapide. » Au contraire, chez l’animal à jeun les cellules ne sont pas entourées de granulations moléculaires, les bords de ces cellules sont très nets, et elles sont comme applaties chez le lapin à jeun. Vous voyez sur le tableau le dessin des figures extraites de l’ouvrage de Cl. Bernard: Leçons de physiologie expérimentale , t. 1, pages 162 et 163 (1855). Nous reviendrons sur cette observation très intéressante, lorsque nous nous occuperons du fonctionnement physiologique et chimique, voire histologique, des microzymas. En attendant rapprochons de ces laits de multiplication des microzymas dans les expériences de laboratoire et dans les organes pendant la vie, ceux de leur multiplication dans les tissus et organes après la mort.
Dans la troisième Conférence, je vous ai dit que, peu de temps après la mort d’un animal, les cellules des organes
190 MOUT PHYSIOLOGIQUE I)’UNE BACTÉRIE ET ü’uNE CELLULE
disparaissent. Que deviennent-elles? A leur place on découvre une multitude de granulations moléculaires! La destruction d’une cellule est évidemment la mort, plus que la mort de cette cellule. A ce propos, je me suis demandé ce que pouvait être la mort d’une cellule et aussi celle d’une bactérie ou d’un vibrion. Et nous le verrons plus tard, ce rapprochement n’a rien de hasardé, car nous démontrerons que si les microzymas produisent les bactéries et vibrions par évolution, ils produisent les cellules par construction. Eh bien , la fin physiologique d’une cellule c’est sa dissolution, sa régression, son retour aux microzymas formateurs : quand la cellule se détruit, les microzymas restent. Il en est de même des bactériens : quand la bactérie disparaît, les microzymas reparaissent. Dans l’estomac d’un chien en digestion, il y a des bactéries qui, physiologiquement, passent avec les produits digérés dans l’intestin grêle ; et un peu au-delà du pylore on n’en retrouve plus, il n’y a que des microzymas ; mais les bactéries reparaissent dans le gros intestin et même un peu auparavant.
Je me suis souvent demandé quelle idée on pouvait se faire du microzyma comparé à la bactérie, qui est le terme final de son évolution, et je me suis pris à le comparer au têtard, dont l’état parfait est la grenouille. Il y a des êtres qui peuvent persévérer à l’état de têtard, l’axolotl, par exemple. De même il y a des microzymas qui peuvent persévérer et vivre sans évoluer ; il faut certaines circonstances déterminées pour qu’un microzyma donné parvienne à évoluer en bactérie, de même que, dit-on, l’axolotl a été vu évoluant à l’état d’être achevé. Il ne faut pourtant pas attacher trop d’importance à ces rapprochements, car la bactérie peut reproduire le microzyma par simple régression, tandis que la grenouille ne peut pas, par le même moyen, redevenir têtard.
Cette discussion m’amène naturellement à vous parler du travail de M. J. Bêchamp, que je viens d’indiquer comme ayant été entrepris d’un point de vue particulier, et qui nous montrera les microzymas acquérant peu à peu les propriétés que nous pourrions spécifier comme étant celles de l’état adulte.
M. J. Béchamp s’est proposé de rechercher si les microzvmas étaient fonctionnellement les mémos aux différents âges d’un même être, depuis l’état fœtal jusqu’à l’état adulte ; et quelle pouvait être leur fonction chimique aux différents âges dans le même centre organique. Par exemple, étant donnés et connus les microzymas du foie ou du pancréas d’adulte, la question est de savoir si leur aptitude à évoluer en bactéries est la même dans le fœtus à toutes les périodes et si la fonction chimique y est, dès l’origine, ce qu’elle sera plus tard.
Je vous parlerai avec détail du jaune d’œuf ; je veux aujourd’hui vous en dire ce qui sera nécessaire pour l’intelligence des recherches de M. J. Béchamp. Vous voyez que si l’on délaie le jaune d’œuf de poule dans l’eau, il y forme une sorte d’émulsion qui, examinée au microscope, fourmille d’une infinité de fines granulations, lesquelles se dissolvent instantanément dans l’acide acétique. Lorsqu’on abandonne le jaune d’œuf délayé dans beaucoup d’eau, vous voyez que l’émulsion se défait : il se forme Un précipité jaune et une liqueur incolore qui surnage. Par décantation et nouvelle addition d’eau, on enlève au jaune tout ce qu’il contient de matériaux solubles. Si, lorsque ce lavage est effectué, la partie insoluble du jaune est traitée par l’éther additionné d’un peu d’alcool, toute la matière grasse, la lécithine et la matière colorante sont enlevées et, vous le voyez, il ne reste plus que cette masse blanche dans laquelle le microscope fait voir les mêmes fines granulations moléculaires, mais généralement devenues immobiles, tandis qu’elles étaient agitées du mouvement brownien au moment de leur extraction du jaune. Cette matière blanche finement granuleuse, représente les microzymas du jaune de l’œuf de poule. Ces microzymas se retrouvent avec les mêmes caractères dans le vitellus de tous les œufs, dès la vésicule de Graaf, même avant la fécondation. Or, ces microzymas, soit qu’on les considère après leur extraction comme nous venons de le voir, soit dans la matière même du jaune, placés dans les conditions où les tissus adultes donnent si aisément des vibrioniens, n’évoluent que difficilement pour produire des bactéries. Ce qui constitue déjà une précieuse confir-
192 LES MICUOZYMAS AUX DIVERS AGES
mation de la méthode, car, certainement, le jaune d’œuf constitue un excellent milieu pour l’évolution des germes atmosphériques ; s’ils n’évoluent pas, c’est que l’acide phénique ou la créosote les en ont empêchés; et si les microzvmas de l’œuf n’évoluent pas non plus, c’est qu’ils sont d’ordre particulier.
Eh bien! M. J. Béchamp s’est demandé s’il n’y aurait pas des états intermédiaires entre les microzymas de l’œuf et les microzymas de l’animal adulte qui en est issu. À l’époque où l’auteur a entrepris son travail comme sujet de thèse pour le doctorat, on ne connaissait que les microzymas du foie et du pancréas comme étant fonctionnellement différents. « Il s’agissait de savoir, dit-il, si les microzymas des différents centres organisés ne seraient pas, eux aussi, doués d’une activité variable, et si, de plus, cette variation ne pourrait pas être constatée aux différents âges d’un même être. »
Pour résoudre ce problème, l’auteur a opéré sur les muscles, le poumon, le cerveau et les glandes, aux divers âges depuis l’état fœtal, de certains animaux et de l’homme. Il a d’abord étudié les tissus de vache et de chien adultes ; puis ceux de fœtus de veau, enfin ceux de l’homme dans l’état fœtal et adulte.
Les fioles, tubes et autres appareils dans lesquels les mélanges devaient être introduits, étaient préparés comme nous avons vu, c’est-à-dire lavés successivement à l’acide sulfurique concentré, à la potasse, à l’eau et enfin à l’eau créosotéc bouillante.
L’empois de fécule était préparé dans la fiole même et chauffé à l’ébullition pendant quelques minutes ; on y ajoutait la quantité nécessaire de créosote ou d’acide phénique pendant l’ébullition. La dissolution filtrée d’eau sucrée était également portée à l’ébullition et créosotée bouillante. Les fioles étaient alors fermées d’un papier, ou les appareils , s’il y avait lieu , munis de bouchons et de tubes qui avaient subi un lavage à l’eau bouillante créosotée. Les appareils étaient alors prêts à recevoir les tissus ou les matières destinés à Létude. Lorsque les fioles étaient seulement couvertes de papier, c’était dans le
I)’üN même êtke
but de laisser les matières au contact de l’air, c’est-àdire dans la situation physiologique qui leur est habituelle.
Les tissus sur lesquels on voulait expérimenter étaient enlevés à l’animal à peine sacrifié , et il 1 était généralement par hémorrhagie. Les lambeaux de tissu, ou les petites glandes, étaient saisis avec des pinces lavées à l’eau créosotée et plongés aussitôt dans l’eau également créosotée ; au moment de les introduire dans les appareils, on les lavait dans une nouvelle solution étendue de créosote. Le mélange, quand il s’agissait de l’empois, était vivement agité pour mettre les matières en contact plus intime. Les appareils, munis de leurs obturateurs, étaient enfin placés dans une étuve dont la température oscillait entre 30 et 40 degrés C.
Mais quand il s’agit d’étudier la fonction chimique d’un tissu ou d’un organe, il y a à considérer trois choses :
1° Leur matière albuminoïde soluble sans fonction chimique ;
2° Leurs zymases ;
3° Leur partie insoluble, dans laquelle il faut encore considérer l’élément anatomique et les principes immédiats organiques qui la constituent.
Or, M. J. Béchamp fait justement observer que l’organe, ou ses éléments histologiques, peuvent être doués d’une activité chimique que ne posséderait pas la matière qui les compose. La question se pose donc en ces termes : L’élément chimique isolé, le principe immédiat, possède-t-il la fonction de l’organe ou de l’élément anatomique?
L’organisation, avons-nous dit, suppose l’insolubilité. L’élément organisé, chimiquement actif, du muscle, par exemple, doit se trouver dans la partie insoluble. Un lavage à l’eau créosotée peut enlever au muscle les parties actuellement solubles dans ce liquide. Mais la partie restée insoluble contient une substance que l’acide chlorhydrique au millième peut dissoudre : c’est la syntonine ou musculine . Ce sera donc dans la partie insoluble qui résistera à ce dissolvant que devront se trouyer les microzymas du muscle. Cette question particulière, il importait de la résoudre avant
lfl-i LES MICROZYMAS AUX DIVERS AGES
toute recherche sur la fonction chimique de la portion essentiellement organisée des tissus.
A un chien récemment sacrifié on enlève un fragment de muscle de la cuisse. La matière du muscle réduite en pulpe a été délayée dans l’eau créosotée et jetée sur un filtre. Le liquide filtré contenant les parties solubles dans un état de concentration aussi grand que possible, est mis à part. Le résidu insoluble, sur le fdtre, est lavé à l’eau créosotée jusqu’à ce que l’alcool ne produisit plus de précipité dans la liqueur filtrée, signe que toute matière albuminoïde soluble était enlevée.
Le résidu insoluble est alors partagé en deux parties égales. L'une est conservée dans l’eau créosotée, l’autre est traitée par l’acide chlorhydrique au millième, créosoté, pour dissoudre la musculine. On obtient un nouveau résidu insoluble qui est recueilli sur le filtre.
La solution chlorhydrique est exactement saturée par l’ammoniaque étendue, qui en précipite la musculine. Celleci, recueillie, est lavée à l’eau créosotée.
Les expériences sont sous vos yeux. Vous en voyez les résultats.
Action de la partie soluble du muscle sur la fécule. — Le liquide filtré est mis avec de l’empois créosoté. La liquéfaction de l’empois, à l’étuve, n’est constatée que trois jours après ; la partie soluble du muscle contient donc une zymase peu active, qui, ainsi qu’il a été constaté, ne va que jusqu’à la transformation de la fécule dans cette modification soluble appelée granules de Jacquelain , sans dextrine ni glucose. Et, de plus, malgré ces conditions si favorables à l’évolution des germes atmosphériques, l’examen microscopique le plus attentif n’a pas fait découvrir le moindre vestige d’aucun organisme microscopique quelconque dans la liqueur. En outre, celle-ci est restée jusqu’à la fin d’une neutralité absolue. Vous verrez plus loin quelle est l’importance de cette observation.
Action de la musculine du même muscle sur l’empois. — La musculine, étant mise avec l’empois dans les mêmes conditions, n’en a aucunement opéré la fluidification, môme après trois semaines.
d’un même être
Action sur l’ empois de la partie insoluble du muscle, lavé à Veau et à l’acide chlorhydrique au millième. — Les parties insolubles dans l’eau et dans l’acide chlorhydrique au millième bien lavées à l’eau créosotée jusqu’à ce que les eaux de lavage ne fussent plus acides, ont été mises avec l’empois créosoté, dans les mêmes conditions. Deux jours après, il était fluidifié. Il s’était formé de la fécule soluble sous la forme de granules de Jacquclain. En outre, le liquide était devenu franchement acide, par la formation d’un acide volatil. Au microscope on ne découvre que des microzymas extrêmement petits, libres, et quelques microzvmas associés; pas de bactéries.
Ainsi, là où la théorie faisait prévoir l’existence des microzymas, ils ont été trouvés commençant à évoluer et opérant une fermentation se trahissant par la fluidification de l’empois et par la formation d’un acide. Au contraire, dans la matière simplement organique , mais non organisée, musculine ou zymase , il n'y a ni formation d’organismes , ni formation d’acides.
Nous reviendrons, dans une autre conférence, sur les fonctions chimiques des microzymas des différents tissus. Nous allons nous occuper surtout de leur inégale aptitude à évoluer en bactéries, soit dans l’empois, soit dans l’eau sucrée.
Vous avez sous les yeux plusieurs tableaux dans lesquels sont inscrits les résultats des très nombreuses expériences de M. J. Béchamp. Elles sont aussi instructives que significatives. Elles prouvent que les germes de l’air n’ont absolument pas eu d’influence sur les phénomènes observés. Vous allez en juger par la discussion à laquelle nous allons nous livrer, en suivant l’auteur, de quelques-uns de ces résultats.
Considérons dans chaque série successivement les tissus non glandulaires et les glandes.
Muscle. — Dans l’empois, les bactéries apparaissent toujours, mais plus difficilement dans l'expérience où l’on emploie le muscle de fœtus.
Dans la solution de sucre de canne , les bactéries apparaissent' plus lentement, et l’on peut aisément suivre les
diverses phases de leur évolution ; avec le muscle de fœtus, il peut arriver que l’on ne constate pas l’apparition des bactéries et que les microzymas associés existent seuls.
Poumon. Les choses se passent à peu près comme pour le muscle, dans l’empois et dans l’eau sucrée. Il semble même que les bactéries apparaissent plus lentement.
Pour le poumon de fœtus de veau dans l’eau sucrée, les. poumons de trois et quatre mois n’ont donné que des microzymas associés sans bactéries.
Cerveau. — La matière cérébrale a fourni des résultats très dignes d’attention. Celle d’adulte, dans l’empois, ne donne pas de bactéries ; l’évolution s’arrête aux microzymas associés. Dans l’eau sucrée, il peut arriver qu’il ne se développe pas même de microzymas associés. La matière cérébrale de fœtus de veau ne donne pas non plus de bactéries, mais un peu plus facilement des microzymas. associés.
Dans ces expériences comme dans les suivantes, tout a été semblable comme quantité de tissu, d’empois et de créosote ; la température a été la même dans toutes, et les observations microscopiques ont été faites dans des temps égaux. Pourtant, quoique tout ait été semblable, quelles différences dans l’évolution des microzymas !
Avec la matière cérébrale, bien que des phénomènes de ■putréfaction véritable se fussent manifestés , les bactéries n’apparurent à aucun moment ; si bien que des observateurs non prévenus, considérant les granulations moléculaires à la façon de M. Robin et de M. Berthelot, auraient affirmé que la putréfaction s’était produite sans l’influence d’aucune production organisée.
D’un autre côté, n’est-il pas remarquable que le poumon, dont le contact avec l’air a lieu sur une si grande surface* n’ait pas plus facilement que le muscle, par exemple, laissé apparaître des bactéries? J’essayerai de donner l’explication de ce fait.
Examinons maintenant le tableau des expériences faites avec les divers tissus glandulaires.
Toutes choses égales d’ailleurs, les microzymas des
d’un même être
glandes évoluent plus facilement en bactéries que ceux des tissus non glandulaires.
Le foie. — Le foie produit les bactéries avec la plus grande facilité, et on a noté que l’évolution est plus lente dans l’eau sucrée. Les microzymas de fœtus de veau, à trois ou quatre mois, dans l’eau sucrée, n’ont pas donné de bactéries ; l’évolution a paru s’arrêter aux microzymas ■associés.
Le pancréas est à peu près dans le même cas que le foie. Il convient de noter' que les bactéries y acquièrent souvent la longueur des leptothrix.
Glandes salivaires. — Ces glandes ont présenté cette particularité de donner facilement naissance aux bactéridies (bactéries immobiles) et aux leptothrix (très longues bactéries immobiles). — Les remarques relatives à l’eau sucrée s’appliquent également à ces glandes.
Enfin, tout cela, à quelque nuance près, se vérifie avec les tissus humains. Vous remarquerez que le cerveau de fœtus humain produit des bactéries dans l’empois de fécule, plus aisément pour les fœtus les moins âgés. La faculté de produire des bactéries diminue avec l’âge du fœtus, si bien que la matière cérébrale, à l’àge de six fhois , ne produit que des microzymas associés légèrement allongés, sans vraies bactéries, et que celle d’adulte ne produit que des microzymas associés.
Relativement à l’évolution bactérienne des microzymas, M. J. Béchamp a remarqué, ainsi que M. Estor et moi, qu’elle est incomparablement plus facile dans l’empois que dans tout autre milieu. Il a noté, en outre, comme vous le voyez par les tableaux, que la transformation des^ microzymas en bactéries se faisait plus facilement dans les tissus d’adultes, et, à ce propos, il rappelle que ce sont les microzymas du jaune d’œuf qui subissent le plus difficilement cette évolution. Mais ce qui a paru à l’auteur profondément digne d attention, « c’est que les bactéries sont ordinairement grêles quand le développement des microzymas s’accomplit dans le sucre de canne. Elles sont ordinairement plus volumineuses et plus longues ou articulées dans l’empois de fécule. À cet égard, il n’v a guère de différence
entre les divers tissus. Une particularité s’est manifestéeclans les expériences faites avec les glandes salivaires d’a- • dultes et l’empois de fécule. Les bactéries y deviennent à. la fois plus nombreuses, plus volumineuses et plus longues. U y en a de si grandes, s qu’elles méritent le nom de Lcptotlirix, que M. Robin donne aux bactéries analogues que l’on trouve dans le tartre des dents de certaines personnes comme celles que M. Robin a appelées Leptothrix buccalis, elles sont immobiles. » Et M. J. Béchamp ne pense pas qu’il faille s’arrêter à la grandeur particulière des bactéries buccales pour en faire une espèce distincte ; car, en histoire naturelle, généralement, la dimension n’est pas un caractère suffisant pour fonder la spécificité.
Je ne veux pas laisser passer l’occasion qui m’est offerte de vous faire remarquer une vérification importante. Nous, avons vu que M. Estor avait trouvé des bactéries et les phases diverses de l’évolution des microzymas dans la matière d’un kyste, examinée ‘au moment de son ouverture.
Il s’agit, en premier lieu, du placenta d’un avortement arrivé au cinquième mois de la grossesse. M. J. Béchamp a étudié les divers tissus du fœtus, et, ayant pu se procurer le placenta, il a pu l’étudier comparativement. Or, le placenta a opéré la liquéfaction presque complète de l’empois, et on a trouvé dans la préparation des microzymas associés, de petites bactéries et des bactéries chaînette ; puis des bactéridies, longues et immobiles. Bref, le tissu du placenta s’est comporté comme un tissu d’adulte, se rapprochant beaucoup de la manière d’être du foie, ce qui est d’accord avec certaines observations de Cl. Bernard, qui, ayant trouvé du glucose dans le placenta, l’a rapproché, quanta cette fonction, du foie lui-même.
En second lieu , il s’agit du fœtus d’un avortement à six mois. Il avait séjourné, douze jours après sa mort, dans l’utérus. Il était dans l’état que l’on appelle macéré ; il n’offrait aucune trace de putréfaction, n’exhalant qu’une odeur fade ; tous ses tissus sont considérablement congestionnés et flasques. Au moment de commencer les expériences, on examine au microscope l’état histologique
d’un même être
des tissus, au point de vue de la conservation des cellules et de l’état des microzymas.
Muscle (grand pectoral). — Dans le tissu, microzymas associés et rares petites bactéries.
Foie. — Toutes les cellules propres ont disparu ; on ne retrouve que les noyaux, beaucoup de microzymas libres et quelques rares petites bactéries, parmi lesquelles le bacterium termo.
Poumon et cœur. — Rien à noter.
Pancréas. — Microzymas associés et bacterium termo.
Thymus. — Rares microzymas associés.
Rate. — Rien à noter.
Les tissus de ce fœtus contenaient donc des bactéries bien que n’ayant pas eu le contact de l’air.
Nous reviendrons, dans une autre Conférence, sur une autre face des études de M. J. Réchamp, ayant spécialement trait à la fonction purement chimique des granulations moléculaires des tissus adultes ou de fœtus qu’il a examinés. Pour une infinité de détails secondaires, la thèse est à consulter (I). L’auteur insiste à chaque instant sur les preuves établissant que les résultats qu’il y a consignés sont absolument indépendants des germes atmosphériques. Il en est vraiment ainsi, et vous voyez, par tous ces faits accumulés, que lorsque l’animal meurt, quelque chose de vivant, au sens chimique, persiste dans le cadavre : le microzyma.
Je suis bien loin d’avoir achevé cette étude, mais nous sommes pourtant arrivés h pouvoir formuler une conclusion que rien ne faisait prévoir il y a près de vingt ans, lorsque M. Ch. Rohm, un physiologiste et histologiste éminent, et M. Rerthelot, un chimiste non moins éminent, ne voyaient, l’un, dans un tissu enlevé au cadavre, que de la matière amorphe, sans autre structure que celle de Eichat; l’autre, de la matière albuminoïde en décomposition. Aujourd’hui môme, après de si considérables vérifications, et des faits d’une toute autre valeur dont je vous entretiendrai, c’est presque un scandale, aux yeux de plusieurs, notamment de M. Pas-
(l) Des microzymas et de leurs fonctions aux différents ' âges d’un même être, par Joseph Béchamp. Thèse de la Faculté de médecine de Montpellier (1875). Paris, Adrien Delahaye.