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ET LA LIMITE DES OBSERVATIONS MICROSCOPIQUES

celle d’un jeune et brillant professeur, qui porte dignement un nom deux fois illustre :

« Selon mon opinion, nous écrivait M. Emile Burnouf, » cette objection est plus spécieuse que solide , et s’il est » évident que, réduite à une abstraction géométrique, la » matière , comme l’espace , est divisible à l’infini , il y a » tout lieu de croire qu’il n’en est pas ainsi des formes » vivantes, lesquelles ne peuvent pas être des atomes.

» De plus, je suis très porté à admettre que l’homme n’est » pas dans un milieu vague entre deux infinis , mais que » les formes vivantes sont , par rapport à lui , dans des » proportions déterminées et mesurables; de sorte qu’il y » en a qui sont plus petites que toutes les autres , et d’autres » qui sont les plus grandes de toutes, mais ne sont point » infinies. N’êtes-vous pas frappé de cette vérité, que tout » ce qui se dit de l’infini en petitesse se peut dire de l’infini » en grandeur ? Pourquoi donc ne s’avise-t-on pas de rai- » sonner sérieusement sur des êtres vivants , dont l’homme » ne serait qu’un petit élément , tandis qu’on ne se fait » aucun scrupule de supposer des êtres infiniment petits? » Cette dernière supposition ne me paraît pas plus soute- » nable que l’autre, et il y a là une illusion.

» Je suis donc porté à croire que nos instruments per- » fectionnés atteignent les dernières formes de la vie ici-bas, » et qu’au delà de ces animaux très petits et très simples » dont vous recherchez l’origine, il n’y en a pas d’autres » plus petits encore. Entre autres raisons qui me portent .. » vers cette opinion, c’est que le microscope peut atteindre » bien au delà de ces formes encore passablement grandes , » et que cependant il ne voit pas qu’elles se perdent dans » cet infini en petitesse , comme les étoiles dans la pro- » fondeur des cieux. Je n’aperçois donc pas de raison mé- » taphysique solide qui doive vous arrêter dans votre » voie (1). »

On peut trouver qu’il y a là une réfutation du système de Bonnet; c’est donc bien d’une substance absolument

(1) N. Joly : Examen critique du Mémoire de M. Pasteur relatif aux générations spontanées. Extrait du Moniteur scientifique. — Quesneville (1er juillet 1800), p. 0.

LES SYSTÈMES IIÉTÉROGÉNISTES

dénuée de formes vivantes que les auteurs entendaient parler : ainsi, une solution, une infusion , une matière absolument dépourvue de formes vivantes était considérée comme étant le siège d’une force végétative et capable de passer spontanément à la vie résidant en quelque chose de figuré et d’observable au microscope.

Cela posé , nous allons examiner la proposition ainsi formulée et essayer de montrer en quoi la théorie du microzyma peut rendre compte des résultats, en tant qu’il s’agit de la naissance des moisissures et des vibrioniens. En même temps, comme il peut être intéressant de reconnaître dans le présent des idées anciennes, je vais en peu de mots vous rappeler que, dans la première Conférence, j’ai essayé de vous donner une esquisse des systèmes de Needham et de Buffon. Le premier, comme les modernes spontéparistes, admettait une force productrice ou végétative i dans les matières des infusions. Le système de Buffon est évidemment bien différent, puisque , tout en parlant , comme Needham, de matière productive, il la voyait sous la forme de molécules qu’il supposait vivantes , universellement répandues et indestructibles , lesquelles, dans une matrice convenable , un moule intérieur préexistant , étaient supposées s’y assimiler, produisant là un animal, ici un végétal ; mais qui , livrées à elles-mêmes , sans direction, produisaient des êtres nouveaux, dénués de parents, pouvant se nourrir et se reproduire , ou se nourrir sans pouvoir se reproduire ! J’ai fait observer aussi qu’il y avait quelque chose de moins vague , de plus concret dans le système de Buffon , sur quoi il convient d’insister pour mieux comprendre celui de M. Pouchet.

Pénétrons-nous bien, avant tout, de cette pensée, que Buffon n’avait aucune idée de ce que nous appelons aujourd’hui matière organique , au sens chimique; sans doute, on distinguait la matière organique de la matière minérale , mais on la croyait d’essence spéciale et particulière aux végétaux et aux animaux. De plus , et nous l’avons déjà indiqué dans la première Conférence, l’illustre naturaliste voyait dans les aliments la matière brute associée à ses molécules organiques. Ces molécules organiques sont,

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