ANCIENS ET MODERNES
à proprement parler, des molécules d’ organisation. C’est ce que je veux faire comprendre en résumant quelques passages de ses œuvres. Sans doute , il n’avait aucune idée de nos cellules et des notions d’histologie que nous avons , loin de là; mais en observateur plein de sagacité, il a certainement vu plus clair que ses contemporains et que plusieurs savants d’aujourd’hui.
Buffon tenta de reconnaître les parties organiques vivantes dont il pensait que tous les animaux et les végétaux tiraient leur origine. « Si, dit-il, tous les animaux et tous les végétaux contiennent une infinité de parties organiques vivantes , on doit trouver ces mêmes parties organiques dans leur semence , et on doit les y trouver en bien plus grande quantité que dans aucune autre substance , soit animale , soit végétale , parce que la semence n’étant que l’extrait de tout ce qu’il y a de plus analogue à l’individu et de plus organique, elle doit contenir un très grand nombre de molécules organiques ; et les animalcules qu’on voit dans la semence des males , ne sont 'peut-être que ces mêmes molécules organiques vivantes, ou du moins ils ne sont que la première réunion ou le premier assemblage de ces molécules... et puisque les parties organiques vivantes sont communes aux animaux et aux végétaux, on doit aussi les trouver dans les semences des plantes... qui contiennent les molécules organiques nécessaires à la reproduction. »
C’est dans le temps que ces questions le préoccupaient, que Buffon fit la connaissance de Needham et qu’il se servit de son excellent microscope afin de faire une suite de recherches, pour trouver « des corps en mouvement dans les parties les plus substantielles des végétaux , comme dans tous les germes des amandes des fruits (1).... »
Les molécules organiques sont donc bien des molécules d organisation (2). Sans doute, il y a beaucoup d’erreurs
(1) Matières générales, t. XVIII. p. 242.
(2) Buffon croyait si bien à ses molécules organiques et A son système qu’il a écrit ceci, qui nous paraît aujourd’hui si étrange : « La qualité de la chair, dit-il, varie suivant les différentes nourritures. Cette matière organique que l’animal assimile à son corps par la nutrition, n’est pas absolument indifférente à recevoir telle ou telle modification; elle retient quelques caractères de l’empreinte de son
LES SYSTÈMES HÉTÉROGÉNISTES
dans cette partie de l’œuvre de Buffon , et des interprétations sans fondement. Mais il faut se reporter à l’époque où il écrivait; alors on sera forcé d’avouer que’ce fut un très grand mérite chez lui d’avoir conçu que la vie ne pouvait résider que dans -quelque chose de concret, de figuré, et que l’ensemble de l’être , animal ou végétal , recelait la vie dans une infinité de molécules figurées.
Buffon, certainement, n’a pas vu les granulations moléculaires et n’a pas connu les microzymas; mais je m’assure qu’il en tirerait parti aujourd’hui, en rectifiant ses idées d’autrefois , dont voici la plus singulière :
Après avoir expliqué qu’après la mort, la putréfaction met les molécules organiques en liberté et comment celles-ci, travaillant ù remuer la matière putréfiée, s’en approprient quelques particules brutes pour former, parleur réunion , une multitude de petits corps organisés et ensuite toute cette chaîne d’êtres qui descend de l’animal le mieux organisé à la molécule simplement organique , Buffon nous dit que, prise seule, cette molécule organique est fort éloignée de la nature de l’animal ; plusieurs ensemble aussi en sont bien éloignées ; mais elles s’approprient de la matière brute , la disposent dans une certaine forme plus ou moins semblable ù un moule intérieur de végétal ou d’animal; « et comme cette disposition de forme doit varier à l’infini, tant pour le nombre que par la différente action des molécules vivantes contre la matière brute , il en résulte des êtres de tous les degrés d’animalité. » Et cette manière de génération, la plus fréquente , la plus générale, la plus ancienne , la plus universelle est aussi la première , si bien que s’il plaisait « au souverain Etre de supprimer la vie de tous les individus actuellement existants, que tous fussent frappés de mort au même instant , les molécules organiques
premier état, et agit par sa propre forme sur celle du corps organisé '
qu’elle nourrit L’on peut donc présumer que des animaux auxquels
on ne donnerait jamais que la même espèce de nourriture, prendraient, en assez peu de temps une teinture des qualités de cette nourriture....
Ce ne serait plus la nourriture qui s’assimilerait en entier à la forme de l’animal, mais l’animal qui s’assimilerait en partie à la forme de la nourriture.» [Hist. nat. du Cerf; in Matières générales, t. XIX,