LES TRAITES D ALLIANCE
La rencontre des deux rois était chose importante et qui aurait de grandes conséquences. Le roi de France
François Ier et l'empereur d'Allemagne Charles- Quint, étaient en querelle. Charles-Quint avait vingt ans alors. Cet enfant, qui ne possédait que l'Allemagne, l'Espagne et les Indes, trouvait naturellement que c'était peu, et voulait y ajouter la France. Il aurait désiré que l'Angleterre l'aidât, ou du moins le laissât faire. Pour la mettre dans son parti, il faisait à Wolsey de menus cadeaux, entre autres une rente de sept mille ducats ; il lui promettait de le faire pape. François Ier, ne pouvant offrir mieux au cardinal, s'était rabattu modestement sur le roi, et lui avait demandé un rendez-vous. L'avenir de l'Europe allait se décider dans cette entrevue solennelle.
On fut bientôt à Calais; on s'y arrêta un jour, puis on chevaucha jusqu'à Guines, où l'on coucha. Le lendemain, on se remit en marche, et l'on vint à un coteau d'où descendait à pente molle une vallée qui remontait doucement à un autre coteau sur lequel on aperçut la cour de France. La vallée était un éblouissement , une ville de palais! Le palais d'Henri VIII était tout en cristal et foudroyant de soleil ; celui de François Ier, en drap d'or ; chaque seigneur avait le sien: pavillons d'étoffes rares, tentes de fines tapisseries, architecture de velours, sculpture de broderies, ciselure de dentelles. Il y avait, pour la promenade, un bois d'arbres dont les feuilles étaient en soie verte et les fruits en or.
Les deux cours s'étaient arrêtées sur les deux
coteaux. Les deux rois allèrent l'un vers l'autre, accompagnés seulement de quelques-uns. Quand ils n'eurent plus entre eux qu'une vingtaine de pas, ils descendirent de cheval, et s'embrassèrent. Alors les deux cours se rapprochèrent, et ce fut tout le jour et toute la nuit des festins et des divertissements où chaque nation eut son avantage, les Français victorieux au bal et les Anglais au souper.
Le lendemain commencèrent les vraies joutes. D'abord celle de la course. Les Français, qui sont vifs de corps et légèrement faits, eurent le prix, au grand déplaisir d'Henri, qui eût voulu le triomphe de sa nation, parce qu'on était regardé des dames les plus jolies du monde, entre autres d'une toute jeune fille élevée à la cour de France et qui était Anglaise, Anna Boleyn.
Le soir, Henri fit des objections au traité, en ratura trois articles, et prévint François Ier qu'il ne pouvait rester que peu de jours, ayant promis à Charles-Quint d'aller le visiter à Gravelines.
Le lendemain, ce fut le saut, lequel, étant encore affaire d'agilité, ne procura pas non plus beaucoup d'agrément aux Anglais. On avait tendu un cordon à terre; sautait qui voulait; le jeu devait durer deux heures, après quoi le prix serait donné au plus ample bond.
La seconde heure était déjà presque écoulée ; le meilleur saut des Anglais n'avait pas atteint dixhuit pieds, tandis que les Français étaient allés jusqu'à vingt et un.
Le roi d'Angleterre voulait sourire, mais il ne pouvait. Deux défaites de suite, c'était trop. Il lui semblait que madame Marguerite d'Alençon, qui était une moqueuse, riait de lui tout bas avec l'amiral Bonnivet , et il trouvait quelque chose d'ironique aux yeux de la petite Anna Boleyn. Le sauteur de vingt et un pieds avait découragé les concurrents ;. personne ne se présentait plus; on était à la dernière minute. Henri prit la récompense, qui était une coupe d'un orfèvre célèbre, et se leva pour la'donner au vainqueur.
Soudain , un homme sortit de derrière sir William Compton , courut légèrement jusqu'au cordon et, sans paraître s'efforcer beaucoup, sauta.
La foule poussa un cri d'enthousiasme. Le saut était de vingt-cinq pieds.
Henri était radieux. Après celui-là, nul n'aurait osé essayer; d'ailleurs, l'heure était achevée. Henri fit signe au brave sauteur, qui s'approcha.
— Votre nom ?
— Jean de Carteret.
— C'est un nom français, dit François Ier. Henri pâlit.
— D'où êtes-vous?
— De l'île de Jersey.
Henri respira.
— Prenez cette coupe, dit-il. Mais c'est peu pour vous payer. Demandez-moi quelque chose.
— Sire, dit Jean de Carteret, je vous demande de donner à mon frère Hélier une chose qui est à lui.
— Expliquez-vous.
— Mon frère Hélier est bailli de Jersey, et sir Hugh Vaughan, le gouverneur, l'a remplacé illégalement.
— Pourquoi votre frère ne s'est-il pas plaint au conseil privé?
— Il attendait que Votre Majesté l'y autorisât.
— Je l'y autorise donc, et je promets que sa plainte sera entendue. Compton, vous êtes chargé de l'affaire.
Le soir, Henri regretta d'avoir raturé le traité ; il dit qu'on le recopiât pour le lendemain, et qu'il en signerait tous les articles.
Après le saut, on eut le tournoi : le roi de France étonna les dames par la célérité de sa lance et par le feu de son cheval. Le roi d'Angleterre, qui était gros et sanguin, compensa l'élégance qui lui manquait en assommant, d'un coup de lance sur la tête, le gentilhomme qui lui faisait face. Ce
gentilhomme avait un frère qui réclama, disant qu'un tournoi était un jeu et non une guerre, et qu'il n'était pas permis, même aux rois, d'y assommer les gens ; un de ceux qui joutaient du côté d'Henri ferma la bouche à ce frère insolent avec la pointe de son épée qu'il lui planta dans les dents. Le roi de France se hâta de déclarer le tournoi fini, et aima mieux donner la journée aux Anglais que de les voir continuer à réparer les meurtres par des assassinats.
Henri n'osa pas remercier devant les Français l'auteur de cette belle tuerie, mais il le fit venir dans son palais.
— Qui êtes- vous?
— Sir Hugh Vaughan.
— N'ai-je pas déjà entendu votre nom ? Wolsey intervint.
— Sire, c'est ce gouverneur de Jersey que vous voulez qu'on accuse devant le conseil privé.
— Oh ! dit le roi, je ne le connaissais pas. Je serais fâché qu'on tourmentât un homme de telle épée. Gompton, vous ne ferez rien sans que je vous en reparle.
Sir William Compton regarda Hélier, qui était présent, et qui se mit à sourire.
Le soir, le traité était recopié, mais les conseillers du roi de France furent d'avis de n'en pas parler ce soir-là au roi d'Angleterre, tout victorieux qu'il
était, sachant qu'il y a des victoires moins fières que des défaites.
Le jour qui suivit le tournoi, la joute fut l'arbalète. Chaque peuple fournit cent tireurs. On plaça deux cibles, toutes deux à la même distance ; les Anglais tiraient dans l'une et les Français dans l'autre. Henri ne se dissimulait pas que sa conduite au tournoi et celle de son défenseur n'avaient pas été très-conformes aux lois de la chevalerie ; il fallait aux Anglais une revanche de leur victoire.
D'abord, Henri était bien tranquille ; l'arbalète était l'arme anglaise. Mais, à mesure que la partie avança, l'inquiétude lui vint. L'adresse même a ses chances; les flèches françaises ne se laissaient pas humilier, et touchaient le but aussi souvent que celles d'Angleterre. Il y eut un moment d'anxiété générale; la partie se décidait; il ne restait plus que trois tireurs de chaque côté; les Français et les Anglais avaient piqué le même nombre de flèches, soixante-treize.
Un Français tira. La flèche toucha la cible. Soixante-quatorze.
Un Anglais tira, et toucha. Soixante-quatorze.
Puis un Français. Soixante-quinze.
Puis un Anglais. Soixante-quinze.
Il ne restait plus qu'un Français. Il tira. Soixanteseize.
Il ne restait plus qu'un Anglais. C'était notre ami Hélier.
Henri était rouge de colère. Quand même la dernière flèche irait au but, ce ne serait que l'égalité ; et si ejle n'y allait pas? L'Angleterre vaincue dans son arme, dans sa chose, chez elle ! Le roi serrait les poings ; si ce tireur manquait son coup, il le ferait pendre.
Henri était si visiblement ému que François lui dit:
— Vous n'avez pas encore perdu.
— Nous ne pouvons plus gagner.
Hélier, qui avait entendu, se retourna et dit :
— Pourquoi donc?
Les deux rois se regardèrent, pensant que cet homme était fou.
Hélier, sans s'émouvoir de la France et de l'Angleterre qui avaient les yeux sur lui, leva son arbalète, la banda, et, visant à peine, lâcha la corde. Alors, on vit un miracle.
La flèche d'Hélier avait touché les deux cibles!
Elle était piquée à la cible des Anglais, frémissante, sonore, joyeuse, et en même temps on la voyait fixée dans la cible française, droit au milieu.
— Soixante-dix-sept ! cria Hélier. Un de plus que les Français !
Mais les Français réclamèrent :
— Il a tiré deux flèches !
— Je n'ai tiré qu'un coup.
Les Français chicanèrent, disant qu'il y avait fraude ; niais Hélier les défia de faire ce qu'il avait fait, et d'atteindre les deux buts d'un seul coup en prenant autant de flèches qu'ils voudraient. Les juges du camp décidèrent qu'il avait raison, que la convention était qu'on tirerait un seul coup, non une seule flèche, et que l'Angleterre avait gagné.
Le roi d'Angleterre ne fut pas maître de sa joie; il enjamba la balustrade de l'échafaudage où il était avec le roi de France, courut à Hélier, et l'embrassa devant les deux nations.
— Comment as-tu fait?
— Sire, répondit modestement Hélier, j'ai inventé une nouvelle espèce d'arbalète qui lance deux flèches à la fois.
— Tu m'apporteras ton arbalète. Tu as droit de chasser dans tous mes parcs, et tout gibier que bon te semblera. Mais comment t'appelles-tu?
— Hélier de Carteret.
— Le frère du bon sauteur?
— Oui, sire.
— Quelle famille! dit Henri VIII à ceux qui l'entouraient. Et , apercevant Compton : — Vous savez que je vous ai recommandé son procès.
Henri revint au roi de France, et lui dit : — Allons signer.
Iiii LES MIETTES DE L'HISTUJKE.
Il lut charmant. 11 affecta de ne pas même écouter la lecture des articles; seulement, quand on énuméra ses titres, et que, selon l'habitude des rois anglais d'alors, on le nomma roi de France, il dit : — Passez ; ceci est un mensonge. Le traité lu, il signa, et, en réjouissance, invita les deux cours pour le lendemain à une fête dans son palais.
Malheureusement, la nuit, il souffla un épouvantable orage qui creva le château de cristal d'Henri VIII et en fit un tesson.
Le roi de France, dont le drap d'or était mieux abrité par la colline , ne voulut pas que les dames eussent espéré vainement des danses, et prit la fête chez lui. Henri VIII fut jaloux du respect que l'orage avait eu pour la tente de son allié, et ne dansa point. François Ier , heureux d'avoir son traité , dansa toute la nuit et s'acquit toutes les dames en étant fort licencieux avec elles. Henri avait déjà remarqué plusieurs fois que celles qu'il regardait tendrement regardaient tendrement François, comme étant plus plaisant et plus joli.
Choqué de celte préférence, il voulut que François eût aussi son désavantage physique, et l'humilier dans ce corps même qui agréait trop aux femmes. Donc, il se mit à faire l'apologie de la lutte, et, devant toutes les beautés des deux cours , brusquement , il
prit le roi de France au collet, et lui dit de lutter à qui jetterait l'autre par terre.
Henri était, évidemment, le plus fort; mais le corps a son esprit, qui est l'adresse- François fut le plus spirituel. Serré à étouffer dans les bras robustes d'Henri, il lui passa vivement son pied droit au jarret gauche, et, d'un leste croc-en-jambe, étala le roi d'Angleterre.
Spirituel de corps, non d'esprit. Lorsque Henri se releva, les spectateurs virent bien à sa figure que ce ne serait pas une signature royale qui arrêterait la rancune de cette chute. Aussi les sages de France conseillèrent-ils qu'il y eût une revanche, espérant que, cetle fois, leur roi serait étalé ; mais Wolsey, qui était contre la France à cause des ducats de l'empereur, empêcha qu'on ne recommençât, sous le prétexte que ces colletages de princes n'étaient pas propres à entretenir dans les peuples la vénération qu'ils doivent aux personnes royales.
— Adieu, dit Henri. L'empereur m'attend.
Le matin, il rompit cette entrevue où les destinées des hommes avaient été si sérieusement débattues, et alla rejoindre à Gra vélines cet enfant de vingt ans qui n'avait pas assez de l'Allemagne , de l'Espagne et des Indes.
Charles-Quint, lui, n'eut pas la maladresse d'être plus adroit qu'Henri ; de plus, il avait la bonne grâce d'être disgracieux, petit, morose, de s'habiller en
noir, d'ennuyer les dames. Henri lui sut gré de tous ces mérites, et l'admira de lui être inférieur.
De là, une amitié qui coûta cher à la France ; de là, quand la guerre s'engagea , la France trahie par l'Angleterre, Henri VIII traitant avec le connétable de Bourbon, le désastre de Pavie, le roi prisonnier, tout perdu. Mais la France, épuisée de finances et de sang, démembrée, humiliée, avait cette consolation de se dire que son roi donnait bien le croc-enjambe.
En quittant l'empereur, Henri était donc un peu consolé du roi.
Pendant qu'il retraversait la mer, deux hommes causaient, accoudés au rebord du navire et penchés sur l'eau. Henri, passant derrière eux sans qu'ils le vissent, entendit que l'un parlait à l'autre, en riant beaucoup, de l'étrange mine qu'avait faite le roi culbuté dans la poussière. Aussitôt le roi commanda qu'on empoignât cet homme, qu'on lui liât les pieds et les mains, et qu'on le jetât à la mer.
Ces manières de justice étaient parfaitement monarchiques. Le connétable de Castille ayant l'audace
de demandera Charles-Quint une somme que celuici lui devait, l'empereur répondit. : — Mais si je te jetais du balcon? — Je suis trop lourd, objecta le connétable, qui n'y vit que cet empêchement.
On attacha donc le rieur, et on le précipita, et tout le monde trouva la chose fort simple, excepté l'interlocuteur du rieur. Celui-ci s'élança par-dessus bord, tout habillé de fer, plongea, et reparut, tenant son camarade repêché.
Les arquebusiers du roi voulurent tuer ce misérable qui contrariait la justice royale.
— Quel insoient! dit leur capitaine.
— Oui, dit le roi, mais quel plongeur !
Et il défendit bien de lui faire aucun mal. Le téméraire nageur rejoignit le navire, s'accrocha à une corde qui pendait, et remonta , hissant avec lui son compagnon ficelé. Quand il fut sur le pont, Henri reconnut Hugh Vaughan.
— Encore vous ! dit-il. Vous sauvez aussi hardiment que vous frappez. Vous êtes universel. Vous pouvez délier votre camarade, vous avez bien gagné sa vie, je vous la donne. Je veux que vous mettiez dans vos armes trois poissons et que vous soyez mon ami. Vous plongez vraiment !
Le pauvre Hélier apprit le beau fait de sir Hugh ; il sentit le tort que ce plongeon allait faire à son arbalète. Lorsqu'on fut de retour à Greenwich, il laissa passer quelque temps avant de reparler de son
procès. En attendant, comme il était de toutes les chasses et de tous les tirs du roi, il lui enseigna le coup des deux flèches, dont le roi fut largement heureux. Alors, il se hasarda à entamer sa revendication, et il en fit saisir le conseil privé par monsieur Sillard, maître des requêtes. 11 y eut une séance où sir William Compton soutint le dire d'Hélier, et persuada le conseil; mais, le cardinal Wolsey ayant pris parti pour sir H ugh, le conseil, qui ne voulut pas juger contre le ministre et qui n'osa pas juger contre le droit, ajourna.
L'ajournement faisait les affaires de sir Hugh. Pendant que les choses restaient dans l'état actuel, Jaspar Pen était bailli, administrait l'île, levait l'impôt, le dépensait, confisquait, pillait ; sir Hugh avait part dans ses bénéfices, et recevait, à époque fixe, des sommes qui lui permettaient de maintenir les bonnes dispositions du cardinal. Le cardinal lui fut reconnaissant jusqu'à ordonner, comme chancelier d'Angleterre, que le séquestre fût mis sur les biens d'Hélier, ce qui réduisit Hélier à l'impossibilité de nourrir ses enfants à Jersey et son procès à Londres.
Si je disais que l'ajournement dura six ans, les gens naïfs diraient que je me trompe et ne me croiraient pas, les gens habiles diraient que je mens et me croiraient; il dura douze ans.
Hélier, haï du cardinal, moqué de sir Hugh. ruiné, désespéré, eût renoncé plus d'une fois, sans
son arbalète. Mais, quand il était au plus bas, le roi survenait, l'emmenait à la chasse, s'extasiait sur les deux flèches. Et alors sir William Compton avait le courage de repenser à son protégé. 11 lui prêtait même quelque argent pour envoyer à sa famille et pour payer maître Sillard, et lui promettait son procès pour -la prochaine séance du conseil. Mais, au moment où sir William était résolu à l'appuyer, Wolsey se rappelait tout à coup devant le roi les prouesses de sir Hugh, aujourd'hui son plongeon, demain son meurtre.
Cependant, ce plongeon et ce meurtre, à force d'avoir servi, commençaient à être usés. Sir Hugh aurait eu besoin de les renouveler; mais il n'avait pas tous les jours des tournois pour tuer; quant aux condamnés du roi, ils ne manquaient pas, mais ce n'eût pas été un commerce infaillible que d'arracher souvent ses patients à Henri VIII. Sir Hugh faisait bien encore çà et là de belles actions : il portait un cheval sur ses épaules ; il éventrait un paysan d'un coup de pied. Henri approuvait, mais sans enthousiasme.
Hélier, par son arbalète, était à l'affût de toute? les clémences du roi, mais il en pouvait peu proûter, parce que, presque toujours, le cardinal était présent. Il attendait depuis sept ans, quand le cardinal du aller en France pour une négociation délicate. En l'absence de son ennemi, Hélier essaya de se faire
juger, mais il n'y réussit pas : Wolsey avait laissé des ordres à ce sujet; seulement, un jour que l'humeur royale soufflait du bon côté, il surprit à Henri un permis de toucher ses revenus séquestrés depuis près de sept ans.
Il courut donc à Jersey avec son frère Jean et bien vite s'empara de ses rentes.
Il avait maintenant de quoi entretenir le zèle de monsieur Sillard ; mais il regretta presque d'être allé à Jersey, lorsque le cardinal revint de France. Sir Hugh et la cargaison d'un navire piraté par Jaspa r Pen démontrèrent aisément au cardinal l'injure que lui avait faite Hélier en abusant ainsi de son départ. De sorte que monsieur Sillard, quand il vint au conseil parler du procès jersiais, aurait mieux aimé n'avoir jamais ouvert la bouche, tant le cardinal lui répondit sévèrement. 11 se tut, et, désormais, chaque fois qu Hélier lui apporta de l'argent pour parler, il prit l'argent, mais ne parla point.
Hélier ne tarda pas à soupçonner qu'il pouvait faire un meilleur usage de son argent que de le don- . ner à un avocat muet. D'autant que le premier soin du cardinal fut de remettre le séquestre sur tous ses revenus. De plus, il fut interdit à Hélier de s'embarquer en mer jusqu'au jugement prononcé. Hélier se sentit perdu s'il ne frappait un grand coup.
A partir de ce moment , il ne s'occupa plus de son procès ; il n'y pensa plus ; il ne donna plus un
sou à monsieur Sillard. Il s'enfermait des journées entières, ou bien il s'en allait dans le bois de Windsor, dans l'épaisseur des arbres, tout au fond, tout seul, sans souffrir que son frère l'accompagnât. Quelquefois il revenait rayonnant, et disait à Jean d'espérer, que tout irait bien. Mais le plus souvent il revenait- triste, ne répondait pas à Jean, refusait de souper, et ne se couchait pas de la nuit. Ces variations durèrent quatre ans.
On était en juillet 1531. Depuis quelques jours, Hélier vivait absolument dans la forêt. Il se levait avant l'aube, et ne rentrait qu'à la nuit close. Jean fut donc étonné d'entendre, à midi, son pas qui montait l'escalier. Hélier entra ; ce n'était plus un bailli, c'était un soleil.
— Frère, dit-il à Jean, il est inutile de te cacher plus longtemps que tu as un frère prodigieux.
— Pourquoi? demanda Jean.
— Tu le sauras.
Le lendemain, Hélier alla au tir du roi. Le roi était maussade; il était alors passionné de cette Anna Boleyn qu'il avait vue enfant au camp du Drap d'or. Le père d'Anna, ayant remarqué que le roi regardait sa fille, l'avait bientôt ramenée en Angleterre et placée à la cour. Le roi voulait l'épouser; mais, pour se marier avec Anna Boleyn, il fallait
divorcer avec Catherine d'Aragon, et le pape refusait d'autoriser le divorce, craignant de se brouiller avec Charles-Quint, dont Catherine était la tante. Le roi rudoyait tous ses gentilshommes. Hélier se tint à l'écart, et ne dit mot.
Au tir suivant, le roi avait la même aigreur. Le pape étant contre lui, il avait compté au moins sur 1 ennemi du pape, Luther; mais Luther avait répondu austèrement que le divorce serait pire que l'adultère. Henri' avait alors consulté l'Université de Paris ; mais l'ambassadeur français venait de lui insinuer que l'Université n'approuverait son divorce que s'il donnait au roi de France neuf cent mille couronnes, et s'il rendait un lys de diamant engagé par François Ier. Hélier ne se montra pas encore.
Mais enfin le roi vint, un jour, triomphant et épanoui. Il s'était décidé aux neuf cent mille couronnes et au lys de diamant, et l'Université de Paris avait déclaré devant le monde qu'il ne pouvait pas seulement, mais qu'il devait divorcer. Henri parlait amicalement à tous, et nommait chacun par son nom. On tirait à l'arquebuse, et quiconque réussissait avait un don. Hélier s'avança.
— Sire, dit-il, voulez-vous que je vous apprenne un coup nouveau?
— Je le sais, dit Henri en souriant ; c'est le coup des deux flèches.
— Oh ! fit Hélier, pour qui Votre Majesté me
prend-elle, de croire que je viendrais lui enseigner ce qu'elle sait mieux que moi? D'ailleurs, ce que j'ai dans les mains n'est pas une arbalète, c'est une arquebuse.
— Aurais-tu donc encore inventé? dit le roi, dont les yeux s'allumèrent.
— Que Votre Majesté daigne me désigner six buts.
Le roi désigna six pieux où il y avait des cibles. Hélier visa la première cible et il toucha ; puis il visa la seconde.
— Tune recharges pas ton arquebuse? dit le roi. Hélier, sans répondre, tira. Chose étrange! on
entendit une seconde détonation, et une autre balle alla s'aplatir sur la seconde cible.
— Voilà qui est inouï ! exclama le roi.
Mais il n'était pas au bout de sa stupéfaction. Sans recharger son arquebuse, Hélier envoya quatre autres balles dans les quatre autres cibles.
Hélier avait inventé le revolver 1
Si l'on en doute, on n'a qu'à lire la chronique écrite en 1585 par Samuel de Carteret, et éditée par George Syvret en 1832; p. Ixl : « Ledit bailly avait trouvé une invention de tirer de sa harquebuse cinq ou six traits de boulez l'un après l'autre, et à plusieurs marques, toutes d'une même charge, et d'un même feu. »
Henri VIII fut ébloui. Ceci dépassait l'arbalète.
— Ahçà! dit-il, je te veux récompenser. Il y a dans ton île une seigneurie vacante, celle de Saint- Germain ; je te la donne.
— Hélas! sire, dit mélancoliquement Hélier, à quoi bon une seigneurie, si l'on m'en séquestre les revenus?
— Pourquoi veux-tu qu'on te les séquestre ?
— Sire, tous mes biens sont retenus à cause de mon procès.
— Tu as donc un procès ?
— Oui, sire, depuis onze ans.
— Depuis onze ans! s'écria le roi. Comment n'est-il pas encore fini ?
— Pour être fini, il lui manque d'abord d'être commencé.
— Et pourquoi n'est-il pas commencé ?
— Parce que, toutes les fois que mon avocat ouvre la bouche, il y a quelqu'un qui la lui ferme.
— Et qui est ce quelqu'un? demanda le roi. Hélier hésita à prononcer le nom terrible. Mais
il sentit qu'un tel jour ne reviendrait pas. Il invoqua mentalement le saint des arquebuses et répondit :
— Sire, c'est le cardinal Wolsey.
Henri réfléchit un instant. Hélier trembla. Le roi, ayant pensé, le regarda dans les yeux:
— Es-tu un homme ?
Hélier ne sut que répondre.
— Si j'étais à ta place, poursuivit Henri, et si
je croyais que le cardinal m'eût fait tort , tout cardinal qu'il est, j'irais le trouver en plein conseil, et je lui dirais hautement ce que j'aurais sur le cœur, et il faudrait qu'il me fît justice ou qu'il dît pourquoi, et, s'il me menaçait du bourreau, je le menacerais du roi.
Et Henri, laissant Hélier, retourna vers son palais.
Hélier n'ignorait pas qu'il jouerait gros jeu en écoutant l'avis du roi. Pour le pousser ainsi contre le cardinal, le roi avait sans doute dans ce moment quelque motif d'en vouloir à son ministre ; mais les brouilles des ministres et des rois sont souvent des brouilles d'amants : on se réconcilie le soir, et les raccommodements de puissants cassent toujours quelqu'un.
Ce qui rassurait Hélier, c'était son arquebuse. Le roi était parti sans se la faire enseigner; Henri, si avide de ces nouveautés, et si protecteur des gens d'invention, ne laisserait certainement pas périr l'auteur des six coups, avant d'avoir son secret. Hélier, d'ailleurs, était tellement las d'attendre depuis tant d'années qu'il était disposé à risquer tout plutôt que d'attendre encore. Il prit une résolution formidable, et il se dit que le soir il serait mort ou bailli.
C'était le dernier jour de la session du conseil. En se hâtant, Hélier pouvait encore arriver avant la clôture de la séance. Il conlia son arquebuse à Jean, lui dit que c'était sa vie, et lui recommanda de la mettre en un lieu assez caché pour que le roi même ne la pût découvrir. Puis il s'en alla bravement vers la chambre étoilée, laquelle ne s'appelait pas ainsi à cause du firmament et du tribunal céleste, et prenait son nom de sa tenture, non de ses arrêts, contrairement à cette chambre de France qui fut dite chambre ardente pour la quantité de gens qu'elle envoyait au bûcher.
Hélier entra dans la chambre étoilée comme le cardinal levait la cour. Le cardinal disait précisément :
— Il ne reste plus d'autre cause?
— Si fait ! cria Hélier essoufflé et perçant la foule. Il reste la mienne !
Le cardinal regarda du côté de cette voix, et demanda : — Qui donc a parlé?
Hélier répondit : — Celui dont vous retenez la propriété depuis onze ans! et vint se camper fièrement en face de son ennemi.
Le cardinal fut outré de cette parole ; mais, reconnaissant Hélier, qu'il avait tant persécuté, il craignit que l'infortuné bailli, contraint au désespoir, n'eût perdu le respect et ne dît toute la vérité devant les seigneurs, qui la rediraient au roi ; il aima mieux.
se taire en public et se venger en secret, et il dit à Hélier doucement :
— Soyez tranquille, ami, le temps de votre procès viendra.
Mais Hélier ne s'apaisa pas : — Le temps est venu, dit-il, il y a onze ans.
Et, comme le cardinal, désireux de congédier le conseil, commençait une courte allocution d'adieu, Hélier ne lui permit pas de parler, et, l'interrompant à chaque mot, criait : — Justice ! justice ! justice !
— Si je te fais justice, dit Wolsey furieux, tu n'iras pas où tu crois.
— Si vous me faites justice, répliqua Hélier, j'irai à Jersey pour y reprendre la charge et les revenus dont vous me dépossédez sans droit.
— Tu as mérité de les perdre.
— Ce n'est pas vrai !
— Nous avons une plainte contre toi.
— Oui, du gouverneur qui m'a fait tort. Il se plaint de moi, et l'île de lui.
— Il t'a remplacé parce que tu étais rebelle au roi.
— Ce n'est pas vrai !
— La preuve que tu es rebelle au roi, c'est que, dans ce moment même, tu offenses son conseil.
— Celui qui offense le conseil, réponafurTîéh:er, ce n'est pas celui qui demande sa justice, c'est celui qui dérobe ses causes.
Plusieurs semblaient acquiescer. Wolsey éclata.
— Ah ! c'est ainsi ! ah! tu veux justice?
— Oui ! dit fermement Hélier.
— Eh bien ! tu vas l'avoir.
Et aux hallebardiers : — Cet homme, en prison, tout de suite !
— Soit, dit Hélier; vous n'avez pas voulu me faire raison de sir Hugh, le roi me la fera de vous.
Le cardinal prononça aussitôt que la cour était levée, et sortit précipitamment, suivi de ceux qui lui étaient dévoués. Le duc de Norfolk, sir William Compton, et plusieurs autres, qui le détestaient merveilleusement, entourèrent Hélier avant qu'on l'emmenât, et le complimentèrent de son audace. Sir William lui dit que, s'il se tirait de là, l'argent ne lui ferait pas défaut pour pousser son procès; il lui offrit deux cents livres sterling; le duc de Norfolk lui en promit cinq cents; les autres de pareilles sommes Mais il n'en alla pas moins en prison, et, tout en étant très-fier de ce qu'il avait fait, il s'en repentit un peu.
Il était enfermé depuis quatre heures, et il entendait encore grincer à son oreille le verrou démesuré qu'on avait tiré sur sa porte; le verrou regrinça, la porte s'ouvrit, et il vit entrer le cardinal.
Wolsey n'était nullement courroucé et hautain; il avait plutôt l'air préoccupé et triste; il dit à Hélier qu'il était fâché de s'être emporté à cette colère, qu'au
reste il venait d'étudier les pièces, et que sir Hugh avait agi sans droit ; il le conjura d'oublier le passé et d'être désormais son ami. lui promettant de commencer la prochaine session du conseil par son affaire et, en attendant, de faire immédiatement lever le séquestre de ses biens. Hélier pensa judicieusement que le cardinal avait vu le roi, et remercia tout haut le cardinal et tout bas son arquebuse.
Hélier ne manqua pas le tir du lendemain. Le roi, le voyant, vint à lui joyeusement :
— Tu as bien parlé! lui dit-il. Tu vois que mon avis était bon. Maintenant, montre-moi ton arquebuse.
Hélier la lui montra. Le roi passa toute la journée à en tirer. Et il en tira encore les jours suivants, et il assembla toute la cour pour jouir de ce miraculeux spectacle, et il fallut qu'Anna Boleyn essayât elle-même la nouvelle invention ; ses petites mains étant trop faibles pour porter une arme si pesante, le roi, pendant qu'elle tirait, soutenait l'arquebuse, et, une balle ayant frappé le but, il fut si ravi qu'il ôta la chaîne d'or qu'il avait au cou et la passa au qoud' Hélier.
Hélier vivait ainsi, fêté de tous, réconcilié avec Wolsey, avoué de Norfolk, impatient pourtant de l'ouverture de la session, car il n'était pas sans se dire que le cardinal, qui le haïssait avant sa hardiesse de la chambre étoilée. n'avait pas du se mettre
à l'aimer subitement par reconnaissance d'un outrage public. Il se défiait de la brusque conversion du ministre, et n'y voyait qu'un masque dont il redoutait le visage.
Mais bientôt Wolsey ne lui fit plus peur, ni à personne.
Ce n'était pas seulement l'arquebuse d'Hélier qui avait si bien disposé le roi pour lui. Hélier avait été surtout bien servi contre le cardinal par le cardinal. Wolsey avait commis l'imprudence d'être défavorable à l'amour d'Henri' pour Anna Boleyn. Il faut dire qu'Anna Boleyn, élevée à la cour de France, y avait vécu familièrement avec madame Marguerite d'Alençon, protectrice des nouveautés religieuses; il était à craindre qu'elle n'apportât avec elle les doctrines luthériennes, et qu'elle ne séparât l'Angleterre de l'Église. Or, Wolsey, qui voulait être pape, ne se souciait pas d'enlever un si beau royaume à la papauté. Il s'opposait donc à la passion du roi, oubliant que le plus vieil ami est peu de chose devant la plus jeune femme.
C'était dans un de ces moments d'opposition du cardinal qu'Henri avait lâché Hélier contre lui. Mais cela devait coûter à Wolsey plus cher que quelques paroles malsonnantes.
Wolsey n'osait pas résister ouvertement au roi ; il écrivait au pape des lettres pressantes pour obtenir
le divorce, mais il y joignait des lettres secrètes où il disait au pape de ne pas céder, qu'Anna Boleyn était imbue de Luther, et que le divorce d'Henri avec Catherine, c'était le divorce de l'Angleterre avec Rome.
Donc, trois mois après le fier discours d'Hélier dans la chambre étoilée, le lx novembre 1531, le soir, Wolsey était à table dans son château de Cawood, près d'York, lorsqu'on l'avertit que le comte de Northumberland venait d'arriver avec une suite nombreuse. Wolsey, moins superbe qu'autrefois, se leva précipitamment pour aller recevoir une telle visite, salua le comte, et lui demanda s'il voulait souper, mais Northumberland répondit qu'il n'avait pas faim. Alors, le cardinal dit qu'on allât préparer la chambre du comte, et, en attendant qu'elle fût prête, il le mena dans la sienne, où il y avait un bon feu. Us y montèrent, et avec le comte vingt de ses gentilshommes qui n'entrèrent pas dans la chambre, mais occupèrent la porte.
Les lumières de la chambre éclairant le comte, le cardinal vit qu'il était pâle et qu'il tremblait.
— Vous avez froid ? dit-il.
— Non, dit le comte.
Et, mettant sa main sur le bras de Wolsey, il lui dit d'une voix douce et faible :
— Monseigneur, je vous arrête pour crime de haute trahison.
Ce traître avait été trahi. Une de ses lettres au pape était arrivée au roi.
Le comte de Northumberland remit le cardinal à un de ses gentilhommes appelé Cavendish, qui devait le ramener à Londres. Cavendish laissa la nuit à Wolsey, non point par déférence, mais pour avoir le temps de visiter le château et de fouiller dans les cachettes. Dès que ce fut fait, on partit. Toute la maison du cardinal pleurait. Plus de trois mille personnes du dehors, ayant appris le malheur de ce bon cardinal, qui dépensait libéralement l'argent du pays, criaient :
— Dieu sauve Votre Grâce! Dieu sauve Votre Grâce! que le mauvais esprit prenne ceux qui vous ont pris !
Wolsey se savait perdu. De désespoir il tomba malade. Cavendish dut s'arrêter quinze jours à Sheffield-Park. Wolsey, étant au lit, vit entrer le constable de la Tour de Londres, qui, étonné de son retard, venait le chercher. Le cardinal le connaissait, pour l'avoir trop employé. Maître Kingston avait ordre de dépêcher la marche; on n'attendit pas que Wolsey fût rétabli; une apparence de mieux suffit pour qu'on le fichât sur un cheval ; mais il était si mal qu'après trois jours on fut forcé encore de rester en route. C'était le soir; on alla jusqu'à Leicester-Abbey ; l'entrée fut sinistre ; le vent secouait la flamme des torches; le cardinal se sentait mourir; et, entendant
le père abbé demander à Cavendish quelle chambre il fallait, il répondit :
— Un trou dans la terre.
En effet, le mercredi suivant, il expira.
Le surlendemain, Henri VIII chassait à Hampton-Court. Il avait près de lui Hélier, et dans ses mains la fameuse arquebuse. Il allait tirer ; il aperçut Cavendish qui, adossé à un arbre, attendait. Il n'en tira pas moins le coup, abattit la pièce, donna l'arquebuse à Hélier, et vint à Cavendish.
— Eh bien?
— Sire, le cardinal est mort.
Henri VIII ne manifesta aucune émotion.
— Je vous avais dit que Wolsey avait quelque part un trésor.
— Je l'ai trouvé.
— Vive Dieu! s'écria Henri en se frottant les mains ; je t'y ferai part.
Et, revenant vers Hélier, il lui dit allègrement :
— Çà ! maître arquebusier, nous voilà tous deux défaits de notre ennemi. Et il ajouta pour tous: — Messieurs, bonne nouvelle : Wolsey est mort.
L'argent de Wolsey aida Henri VIII à donner de royales fêtes à madame Anna Boleyn, et à payer les cérémonies du mariage, car il divorça malgré le pape. Rome le renia, mais il renia Rome, et, comme un peuple ne saurait se passer de pape, il se fit pape pour le sien.
Hélier fut réintégré dans sa charge. Le conseil condamna sir Hugh à lui rembourser toutes ses dépenses, ce qui fit qu' Hélier trouva, pour la première fois, que monsieur Sillard était bien modéré dans ses prix. Il revint triomphalement à Jersey, d'où Jaspar Pen partit bientôt, avec sir Hugh, qui fut bien aise qu'on lui permît de vendre sa capitainerie moyennant deux cents livres sterling par an à sir Antoine Ughtred, chevalier.
Sir Hugh ne fut pas fier dans la défaite. La veille de son départ, il apporta lui-même la grosse somme au bailli, et lui demanda pardon en pleurant bien fort, et en rejetant tout sur les mauvais conseils. Il pria même Hélier de lui garder une fille qu'il avait, et qui ne pouvait se passer de l'air de Grouville, salubre aux faibles poitrines. Hélier, attendri, lui pardonna, et garda sa fille — et son argent.