LES BANDINELLI
Le catholicisme aurait pu recommencer sous Jacques Ier, qui était fils de Marie Stuart ; mais les îles en furent quittes pour la peur. Jacques n'était pas un roi tourmentant. Il était d'une telle égalité d'humeur que, quand son fils Henri mourut, il n'en souffrit point. Il avait si peu de rancune qu'il prit pour ministres les meurtriers de sa mère. Il finit par les renvoyer, mais il faut dire qu'ils étaient tous vieux et laids, et que Jacques était un roi artiste et grand appréciateur de la beauté, surtout dans les hommes.
Un jeune Écossais, Robert Carre, étant tombé de cheval devant lui, Jacques le regarda, le trouva beau, le fit chevalier, vicomte de Rochester, con-
seiller privé, comte de Sommersel, lui donna la jarretière et n'eut plus d'autre ministre.
Robert Carre commit la faute d'aimer la comtesse d'Essex : dès lors, le roi ne tint plus beaucoup à cet amoureux d'une femme. De plus, on présenta à Jacques un jeune cadet de vingt-deux ans, George Villiers, ravissant. Il ne manquait plus qu'un prétexte : Carre le donna en empoisonnant son meilleur ami. Donc, un jour, Carre, étant avec Jacques, vit entrer un officier de justice qui le pria de le suivre. Carre lui demanda s'il était fou d'arrêter un pair du royaume en présence du roi, et regarda Jacques. Jacques dit qu'il ne savait ce que cela signifiait, et engagea Carre à aller voir; il l'embrassa, et lui recommanda de revenir promptement, car il ne pouvait vivre un instant sans lui; lorsque Carre fut sorti, le roi éclata de rire et s'écria : « Va, que le diable t'emporte, tu ne me reverras jamais ! »
Mœurs royales. Louis XV partait de Versailles pour aller à Rambouillet; il causait gaiement avec le duc de Bourbon, son premier ministre; en montant en voiture, il lui dit : « Monsieur le duc, venez de bonne beure à Rambouillet, je vous attendrai pour jouer, et ne commencerai pas sans vous. » Le duc s'apprêta bien vite, et allait partir à son tour, quand le duc de Charost, capitaine des gardes du corps, entra dans son cabinet, et lui remit une lettre de cachet laissée par le roî qui le destituait et l'exi-
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lait immédiatement. Louis XV avait alors seize ans.
George Yilliers fut fait vicomte de Villiers, comte, marquis, duc de Buckingham, chevalier de l'ordre de la Jarretière, grand écuyer, maître des eaux et forêts, gouverneur des Cinq-Ports, président de la cour du Banc du roi, grand maître de Westminster, connétable de Windsor et grand amiral d'Angleterre. Sa mère devint comtesse de Buckingham et son père vicomte de Durbeck. Il avait une parenté aussi nombreuse qu'indigente; Jacques la fit aussi riche que nombreuse. Dans les lettres qu'il écrivait au roi, Villiers remplaçait Votre Majesté par Votre Cochonnerie.
Ça coûte cher à un roi d'être appelé Votre Cochonnerie. Jacques n'avait jamais assez d'argent; il en demandait au parlement, qui n'éprouvait pas le même besoin de tant pensionner le favori et sa famille. De là, des disputes et une hostilité réciproque.
Sous Jacques Ie'. ce fut la querelle; sous Charles Ier, ce fut le duel.
Il faut dire que les royalistes avaient de légitimes griefs contre le parlement, et qu'il leur donnait trop d'occasions de le mépriser. Ainsi l'un d'eux raconte qu'un jour il vit, « en entrant dans la salle, un orateur qui parlait en habit de drap sans broderie et sans ganse à son chapeau; » de plus. « sa cause ne
permettait guère le bon sens : il parlait pour un libelliste supplicié par le bourreau; » eh bien, le parlement eut la bassesse de lui laisser défendre la liberté de la presse, sans broderie, et même de trouver qu'il avait raison, sans ganse. « Je déclare que l'attention prêtée par l'Assemblée à' ce gentleman diminua de beaucoup ma considération pour les Communes. »
Ce gentleman s'appelait Olivier Cromwell. Cromwell n'était guère endurant, de prendre si mal les justices du roi contre les pamphlétaires. Quand Bastwich, Burton et Pryne furent jugés pour publications anarchiques, la cour étoilée les condamna seulement à être dégradés, exposés deux fois au pilori, à cinq mille livres d'amende chacun, à avoir les deux oreilles coupées, une à Westminster et l'autre à Cheapside, et à l'emprisonnement perpétuel. Il n'y eut que Pryne pour qui cela fut jugé insuffisant, et à qui un second arrêt ajouta une nouvelle amende de cinq mille livres sterling et recoupa les tronçons de ses oreilles.
Bastwich fut enfermé à Scilly, Burton à Guernesey et Pryne à Jersey.
Jersey eut sa guerre civile. La révolution y eut pour auxiliaires les réfugiés, trois surtout, d'Assigny, recteur de Saint-Hélier, David Bandinelli, doyen, et le fils de David, Jacques Bandinelli, recteur de Sainte-Maire. L'île eut alors deux gouverneurs : le