CHARLES II
Les théâtres furent démolis et les acteurs fouettés eu place publique. Il y avait encore une autre sorte de spectacle qui les révoltait. Les Anglais ont, de tout temps, adoré les batailles d'animaux; les bouledogues qui s'éventrent, les coqs qui s'arrachent les yeux à coups de bec, ont toujours été la principale récréation de ces insulaires ; au dix-septième siècle, c'étaient les combats d'ours. Quand les puritains surprenaient un de ces combats en flagrant -délit, ils emmenaient avec indignation les ours déchirés et saignants, et les tuaient.
La trahison de Monk restaura Charles II et les combats d'ours.
On sait ce que fut le règne de Charles II : le règne des représailles. Les républicains furent traqués, emprisonnés, déportés, exécutés. Cromwell fut déterré, pendu, coupé en morceaux et brûlé. Je ne sais comment s'y prit le régicide Lambert pour n'être qu"exilé à Jersey. Il y eut du sang, mais il y eut surtout de la boue. La débauche, qu'avait rudement comprimée l'intolérance puritaine, fit explosion. Les statues grecques, mutilées pour cause d'indécence, furent bien vengées par la nudité des femmes. Une singularité de la nation anglaise est d'avoir eu son Louis XV après sa révolution. La cour fut un lieu de prostitution. Tout y était à vendre, la pudeur, la conscience, le roi.. Charles II vendit à Louis XIV Dunkerque, le parlement, le protestantisme. Il s'engagea
H)(i LES MIETTES DE L'HISTOIRE.
à convertir l'Angleterre au catholicisme, moyennant deux millions par trimestre, et il mettait sur la quittance : Bon pour catholicité. Il avait commencé par se convertir lui-même, ce qui ne l'empêchait pas de continuer par prudence à pratiquer le protestantisme et à commettre ainsi des sacrilèges quotidiens. — Aussi il mourut populaire, et ses funérailles furent un deuil public. Londres ne voulut pas se consoler. Il n'y eut si pauvre servante qui ne trouvât six pence pour un chiffon de crêpe noir. L'avènement même du nouveau roi n'égaya pas Ta ville. On eut beau percer des tonneaux de vin dans les rues et inviter les passants à boire : tous pleuraient en buvant.
A Jersey, la popularité de Charles II est entière encore aujourd'hui. Il est vrai que, remonté sur le trône dont il était si digne, il daigna penser qu'il n'avait peut-être pas remercié suffisamment les Jersiais de leur hospitalité en les offrant pour de l'argent : il leur fit présent d'une masse d'armes en vermeil. Cette masse suffit à sa mémoire. Encore maintenant, dans toutes les cérémonies, le bailli est précédé de la masse de Charles II, et les Jersiais s'attendrissent.