JACQUES IL
Je nie demande pourquoi Jacques II n'est pas resté aussi populaire que Charles II. Il a fait cependant tout autant que son frère. Et même davantage.
Charles II s'est vendu à Louis XIV; Jacques II aussi. Il n'avait pas la faiblesse d'en rougir ni de s'en cacher. Quand l'ambassadeur français, Barrillon, lui remit les premières cinq cent mille livres, il pleura de joie, et voulut que ses ministres vinssent embrasser l'ambassadeur. Il promit à Louis XIV de lui obéir en tout, de lui laisser prendre les provinces belges malgré les traités, s'il en avait envie, de dissoudre les Communes en cas d'opposition, de mitrailler le peuple en cas de soulèvement, et d'être bon catholique.
Jacques II est donc égal à son» frère comme cor-
ruption, et comme eruaulé il lui est bien supérieur.
Charles II n'avait pas le goût des supplices; il consentait aux exécutions pour ne pas mécontenter les royalistes, pour ne pas refuser quelque chose à ses amis, par bonté; au fond, le meurtre de ses sujets lui était indifférent. Au lieu que Jacques aimait tuer. Lorsqu'il n'était encore que duc d'York, son frère lui donna l'Ecosse à gouverner. Il y fut d'une férocité parfaite. La torture était un rude spectacle que les plus robustes supportaient malaisément; les plus forts juges sortaient dès qu'on apportait les brodequins ; Jacques, au contraire, entrait à ce moment, restait jusqu'à la fin, ne perdait pas un cri ni une convulsion, et ne vivait qu'aux agonies. L'Ecosse n'aurait pas suffi longtemps à l'appétit de ce royal bourreau : la providence lui donna trois royaumes et des occasions.
La première occasion fut une dissidence de quelques calvinistes. Les fusillades et les pendaisons la réfutèrent. Deux femmes, dont une âgée de dixhuit ans, qui ne voulurent pas abjurer leur opinion, furent attachées à mer basse à des poteaux fixés dans le sable; la marée vint et les submergea lentement. On fusilla un enfant parce qu'un dissident s'était réfugié chez sa mère.
La seconde occasion fut la révolte d'Archibald, neuvième comte d'Argyle, chef de la grande tribu des Campbell. Argyle, vaincu, fut décapité ; tous les