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JACQUES II

Campbell qu'on put prendre, pendus sans jugement. En un seul jour, le bourreau d'Edimbourg coupa les oreilles à trente-cinq prisonniers. Pour les femmes, on se contenta de leur marquer les joues avec un fer rouge. La campagne fut ravagée, les maisons démolies, les meules des moulins brisées, les Glets et les bateaux de pêche détruits, les arbres fruiliers arrachés et les racines brûlées.

Mais la meilleure de toutes les occasions fut l'insurrection de Monmouth. Monmouth était neveu de Jacques ; aussi Jacques ne s'empressa pas de le condamner. Il le fit venir à Whiteball, l'écouta paternellement,' le laissa parler, demander grâce, se traîner à genoux, et ce ne fut qu'après avoir joui complètement de la terreur de son neveu qu'il le fit décapiter.

Le bourreau n'eut pas plus d'impatience que le roi. Il ne commit pas la faute de décapiter Monmouth du premier coup de hache. Il se borna d'abord à une bonne entaille, qui fit que Monmouth se releva, la tête pendante, et le regarda douloureusement; il le rejeta sur le billot, et frappa un second coup, encore insuffisant, puis un troisième, puis un quatrième, puis s'arrêta, regardant le corps se tordre. Jacques II aurait applaudi ; mais la foule prit la chose différemment, et voulut assommer le bourreau. Alors il fallut bien finir; le bourreau ne s'accorda plus que deux coups de hache, après lesquels il n'y

eut plus qu'à scier avec un couteau le reste du cou.

Ces sages lenteurs du roi et du bourreau étaient naturellement imitées. Le colonel Percy Kirke, envoyé dans le Sommerset pour rechercher les partisans de Monmouth^ logeait à Taunton, à l'auberge du Cheval blanc. Pendant son diner, il faisait accrocher les prisonniers à l'enseigne de l'auberge, venait à la fenêtre avec ses officiers, le verre en main, et portait la santé de chaque patient; quand les convulsions des jambes commençaient,. il ordonnait aux tambours de battre, disant que la danse n'allait pas sans la musique. Mais la meilleure distraction des officiers anglais, c'était de dépendre les pendus avant qu'ils fussent morts, de les laisser revenir et de les rependre. — Kirke fut révoqué comme trop mou.

Le lord chief-justice, Jeffreys, trouva qu'il perdait un temps précieux à ces minuties et à ces enjolivements du gibet, et que ce n'était pas le moment de s'amuser aux détails des exécutions. Il vint en personne, et ne s'attarda pas à perfectionner les gambades des pendus ; il ne dégusta pas les suppliciés goutte à goutte; il avala des populations d'une seule gorgée. Kirke était le gourmet du sang, Jeffreys en fut l'ivrogne. A la fin de sa vie, Jeffreys se vantait d'avoir plus pendu à lui seul que tous ses prédécesseurs depuis la conquête. Sa tournée ne fut pas insignifiante. Dans le Sommerset, il n'y eut que deux cent trente-trois condamnations à mort, mais il y en

eut deux cent quatre-vingt-douze dans le Dorsetshire. A Winchester, une femme, qui avait donné asile à deux fugitifs, fut condamnée à être brûlée vive. Quand Jeffreys revint à Windsor, Jacques II le reçut triomphalement et lui donna le grand sceau d'Angleterre.

Toutes ces justices n'empêchaient pas la joie. La cour était perpétuellement en fête. Le roi avait un troupeau de maîtresses, entre autres une Catherine Selden, laide, mais élevée par un père qui s'était fait expulser à coups de brique du balcon d'une taverne où il se montrait parfaitement nu. Jacques vivait dans un aimable désordre qu'il combinait harmonieusement avec des massacres continus et avec une dévotion profonde : il avait une discipline dont il se cinglait les épaules, et que la reine, après leur exil, légua au couvent de Chaillot. Il était catholique, puisque Louis XIV le payait pour cela : il ne le fut pas pudiquement comme Charles II, qui gardait le masque du protestantisme et qui faisait passer ses confesseurs par l'escalier de ses maîtresses ; il afficha son catholicisme, il en fit scandale, il s'agenouilla publiquement devant le nonce du pape.

Ce serait méconnaître la nature humaine que de croire que la férocité de Jacques II et de Jeffreys ne se laissait jamais attendrir. Il leur arriva plusieurs fois de faire grâce, quand on les payait. Jeffreys épargna Edmund Pridey pour quinze mille livres sterling. John Cochrane se sauva en donnant cinq

mille livres sterling aux chapelains du roi. Le pardon devint un commerce où la cour se jeta, la reine en tête. Cette bonne reine s'émut du départ de cent transportés, et les obtint du roi ; elle n'en tira que mille guinées; mais c'est que, pour les décider à se racheter, il fallut les priver d'air et de pain dans la traversée, de sorte que la plupart moururent en route. N'importe, ce modeste bénéfice fut reproché à la reine par ces vils pamphlétaires pour qui rien n'est sacré, et la reine dut renoncer à trafiquer des grâces directement; elle ne le fit plus que par l'intermédiaire de ses dames d'honneur. Ce furent les dames d'honneur de la reine qui se firent donner par le roi ces petites filles de Taunton qui, au passage de Monmouth , lui avaient présenté un drapeau. Comme c'étaient des enfants dont plusieurs n'avaient pas dix ans, on s'était contenté de les mettre en prison ; on avait seulement choisi une prison malsaine, où deux étaient déjà mortes. Les dames d'honneur écrivirent aux mères qu'elles pouvaient venir reprendre leurs filles, en apportant sept mille livres sterling. Les mères ne purent faire la somme, les dames d'honneur gardèrent les filles. Mais les mères vinrent pleurer aux pieds de la reine, qui fut émue, et dit à ses clames d'honneur de rendre les filles, pour deux mille livres seulement.

Malgré tout cela, Jacques II n'est pas populaire en Angleterre. Charles II l'est à moins. — En v

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