‹ Les miettes de l'histoireChapitre 23 sur 62 · JACQUES II · texte numérisé non relu

JACQUES II

réfléchissant, je conçois que les Jersiais l'aiment peu. Sans doute, il avait débuté comme son frère. Lui aussi, il devait de la reconnaissance aux Jersiais, qui l'avaient accueilli pendant la guerre civile : à peine roi, il avait commencé par le premier remerciement de son frère : il les avait vendus à la France. La vente n'avait pas réussi encore cette fois , parce que les Jersiais en avaient eu vent trop tôt et avaient exigé que la milice fût de moitié dans la garde du château Elisabeth , au moment où la garnison , bonne royaliste, allait le livrer à l'étranger. Jusque-là, Jacques II valait Charles II; mais il donna aux Jersiais le droit de le mépriser cordialement : il ne leur fit point cadeau d'une masse d'armes en vermeil .

Il est vrai qu'il n'en eut pas le temps. Sa fille Marie avait épousé un protestant, Guillaume d'Orange, stathouder de Hollande. Ce gendre eut l'idée pieuse de détrôner son beau-père et de régner à sa place. Il sut exploiter et envenimer l'irritation produite en Angleterre par le catholicisme de Jacques. Quand l'irritation lui parut à point, il vint, chassa son beaupère, et fut Guillaume III. Jacques s'enfuit en France. Louis XIV fut généreux : il le reçut affectueusement, lui donna Saint-Germain et lui continua ses gages. Mais le pauvre roi de Saint-Germain n'avait plus de bourreaux à lui, ni de populations à égorger, et la malheureuse reine n'avait plus de petites filles à

vendre. Ces royales infortunes s'accrurent de la paix de Ryswick, où Louis XIV dut reconnaître Guillaume III. Jacques devenait gênant, il le sentit, et eut le bon goût de mourir vite.

On comprend que les Jersiais n'avaient éprouvé nul besoin de se faire bombarder pour un roi qui ne pouvait plus leur donner de masse d'armes, et qu'ils avaient acclamé la substitution de la maison d'Orange à la maison de Stuart.

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