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LE DUC DE BERRY

Pendant la révolution et l'empire, le duc de Berry avait vécu en Angleterre avec son père, le comte d'Artois (Charles X). entretenant de loin l'agitation en Vendée, y lançant les émigrés, mais ne les y conduisant pas. Quand, en 1795, le comte d'Artois, amené en vue de la côte bretonne, avait énergiquement refusé de débarquer, et avait mérité que Charette écrivît à Louis XVIII : « Sire, la lâcheté de votre frère a tout perdu, » le duc de Berry. bon fils, n'avait pas quitté son père. En 1804. il avait envoyé Cadoudal à Paris tuer Bonaparte, et lui avait promis d'y être le premier; mais il avait négligé de tenir sa promesse. Depuis, son action avait été de diriger, par lettres, le royalisme vendéen, malheu-

reusement amoindri par toute cette prudence des princes, mais dont on pouvait encore tirer quelques brigandages çà et là et de menus assassinats au coin des haies.

L'empire chancela. Le prince attendit. Le 7 octobre 1813, Wellington franchit la Bidassoa avec cent quarante mille Anglais, Espagnols et Portugais. Le prince attendit. Trois mois après, le 21 décembre. la Suisse fut envahie. Le prince attendit. Le 1er janvier 1814, Blùcher passa le Rhin, Schwartzenberg entra en Alsace et en Franche-Comté. Le prince attendit. Mais, cinq semaines après, lorsque les alliés ne furent plus qu'à quelques lieues de Paris, il se jeta dans le premier bâtiment qui voulut de lui, et vint débarquera Jersey. Là, il attendit.

Les Jersiais attendirent aussi. L'empire agonisait, mais il n'était pas mort. S'il ne mourait pas ? Justement, Napoléon venait de battre les Prussiens à Champaubert. Le jour même où le duc de Berry arrivait à Jersey, le 11 février, l'armée impériale était victorieuse à Montmirail. Le 17, c'était la victoire de Vauchamps. Le duc de Berry fut donc reçu froidement; on le toléra ; on l'ignora. La reddition de Paris ne suffit pas aux Jersiais, il leur fallut l'abdication de Napoléon. Alors, quand il n'y eut plus le moindre péril, ils se montrèrent !

Ce fut une frénésie ! Les États en corps allèrent féliciter le duc de Berry. Ils étaient précédés de la

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