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LE DUC DE BERRY

masse en vermeil qui leur avait été donnée par Charles II, autre prince restauré. Le lieutenant-gouverneur, le général Don, prononça un discours. Toute l'île était dans les rues de Saint-Hélier, criant : Vive Louis XVIII ! Le prince dut se mettre à sa fenêtre; il fut salué de neuf hourras, et répondit, en anglais : Prosperily to the island of Jersey ! Alors l'enthousiasme devint du délire; on pleura ; tous les chapeaux eurent la cocarde blanche ; on remerciait le duc d'avoir daigné passer par Jersey. Que l'usurpateur vînt! il trouverait à qui parler. Tous juraient de défendre le duc jusqu'à leur mort, peu probable.

Il fallut que le duc de Berry restât à Jersey quelques jours encore. Il passa une revue générale des troupes et de la milice. On tira trois feux de file, auxquels répondirent les batteries du fort Régent, du fort Elisabeth et de trois frégates. Le soir, le canon annonça l'arrivée du gouverneur de Guernesey. Le lendemain, on se résigna au départ du prince ; les deux gouverneurs l'accompagnèrent jusque sur Y Enrôlas, et il fit voile vers Cherbourg.

Les royalistes de la côte française, qui avaient eu la patience des Jersiais pendant la lutte, eurent leur enthousiasme après la victoire. Ils avaient laissé leur prince à Jersey pendant sept semaines, sans lui donner signe de vie ; mais vingt-trois députés de Saint-Malo et de Sainl-Servan, chargés d'obtenir du prince qu'il débarquât chez eux, arrivèrent à Jersey

le lendemain de son départ. Douze jeunes gens de familles nobles avaient réclamé l'honneur d'être les rameurs du canot qui le mettrait à terre. Une députation pareille vint de Valognes, et en fut aussi pour son ambition de domesticité.

Le duc de Berry débarqua à Cherbourg, et, par un hasard singulier, le premier lit où il coucha en France fut le dernier lit où il coucha sur terre. Ce lit avait été prêté par M. Grandsire, qui habitait alors Cherbourg, et qui, devenu secrétaire de l'administration de l'Opéra, y transporta, naturellement, ce lit sanctifié par une nuit princière. Lorsque le duc de Berry fut poignardé et mourut à l'Opéra, ce lit, qui l'avait reçu à sa rentrée de l'exil , le reçut encore à sa sortie de la vie.

SCEiNE DIXIEME.

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