L'AVENIR CHEZ LE PASSÉ
anglaise. Les Chinois ont quelquefois un bras libre de cette manière -là. Ils le replient la main sur l'épaule, l'attachent solidement et le laissent ainsi pendant des années, jusqu'à ce qu'il ait pris à jamais cette position et qu'il soit devenu incapable de se mouvoir; alors ils le délient et lui disent: Fais tous les gestes' que tu voudras.
A Jersey, la liberté est encore plus absolue qu'en Angleterre. Suffrage universel, magistrature élue, pas de rois, puisque la reine n'est que leur duchesse, le plein avenir. Et, au milieu, le moyen âge.
Le droit du seigneur en toute sécurité. Un Jersiais quelconque, notaire ou banquier, achète, par exemple, la seigneurie de Collette des Augrès ou le fief des Mélèches ; sans autre chose que le titre et sans posséder ce qu'il faudrait de terre pour un pot à fleurs, il est suzerain de toutes les propriétés du fief ou de la seigneurie ; une fois par an, il fait sommalion à tous les propriétaires de se présenter chez lui ou, s'il n'a pas de maison, dans une auberge qu'il désigne ; il est là avec son prévôt et son sénéchal ; on commence par une prière en commun ; et puis, les propriétaires sont tenus de déclarer leurs biens et leurs dettes ; si l'on manque une fois à la cour du seigneur, . amende d'un sou tournois; trois fois de suite, le seigneur s'empare du champ et l'exploite à son profit pendant un an. — A chaque succession collatérale, le seigneur a un an du revenu
m LES MIETTES DE L'HISTOIKE.
ou du loyer. Un capitaine Fauvel mourut sans enfants : son seigneur, l'avocat Godfray, une sorte de marquis de Carabas jersiais, prit naturellement un an du loyer de tous les locataires ; mais parmi ces locataires il se trouvait une vieille femme sans ressources que le capitaine Fauvel logeait par charité : les héritiers durent payer pour elle, et la bonne action fut mise à l'amende. — Les étrangers ne peuvent « pas posséder; il faut être Jersiais ou né à Jersey. Un Français, nommé Pol, a un enfant : cet enfant, né à Jersey, peut être propriétaire, le père lui achète une maison ; l'enfant meurt : le père, étranger, ne peut pas avoir de maison, le seigneur la prend. Onze mois après, le père a un nouvel enfant, qui peut posséder, mais le seigneur a la maison et la garde. — Un propriétaire est condamné à mort ou à la déportation : le seigneur confisque les biens, et punit les enfants de la faute du père. — Le droit de jambage existe, mais modifié par la civilisation : une fille se rachète en payant trois sous.
C'est au travers de ces coutumes antédiluviennes que firent irruption les réfugiés du Deux-décembre. On devine l'impression que dut éprouver cette île vieillotte au contact de ces tumultueux amants des idées nouvelles.