‹ Les miettes de l'histoireChapitre 56 sur 62 · UNE DÉCLARATION · texte numérisé non relu

UNE DÉCLARATION

tempête dans un crachat. Mais ils n'obtinrent rien cette fois. La population commençait à se demander si elle n'avait pas été un peu dupe, si elle avait eu dans sa brutalité toute l'initiative dont elle s'était flattée, si, lorsqu'elle avait cru être bien méchante, bien sourde, bien cynique, bien enragée, elle n'avait pas été plutôt bien obéissante. Il n'y eut plus de meeting. Plus même d'affiche. A peine des lettres dans les journaux, dont une signée hardiment: Peter Mourant!

Lorsque la Déclaration arriva en Angleterre, on y était déjà furieux. Depuis le meeting, les Anglais avaient rougi de s'être laissé distancer dans la susceptibilité pour leur propre reine, et celte lettre qu'ils avaient entendue et lue sans en témoigner le moindre mécontentement était devenue subitement pour eux une scélératesse qui réclamait le châtiment de ceux qui l'avaient citée. Quelques extraits de journaux donneront une idée du degré de rage idiote où en était venue l'opinion en Angleterre,. Le 17 octobre, le Times imprimait ceci : « Nous croyons savoir que le premier ministre a déjà menacé ces incendiaires de quelque chose comme la déportation. » Et pas de réflexions. La déportation ne suffisait pas; le Times du 22 annonçait l'extradition : « Le bateau à vapeur Sir Francis Drake, capitaine Libbey, qui a quitté Jersey à une heure de l'aprèsmidi de vendredi, et Guernesey à six heures du soir.

rapporte la nouvelle qu'au moment où il sortait de Saint-Hélier, un navire à vapeur du gouvernement français, peint en" blanc comme le yacht YAriel, entrait dans le port , et l'on supposait que c'était avec l'intention d'embarquer les réfugiés qui ont reçu du gouverneur l'ordre de quitter l'île. » Et pas de réflexions. Le Morning-Ikrald, le Morning-Posl, le Morning-Chronicle, etc., s'appropriaient l'entrefilet du Times, toujours sans réflexions. L'extradition ne suffisait pas : Y Illustrated-London-News disait en propres termes que les expulsés avaient « mérité la mort. » Pour simple reproduction d'une lettre déjà publique et non poursuivie, dans le pays de la liberté absolue de la presse. — La Déclaration tomba là-dessus, comme le défi du dédain.

La violence augmenta. Mais ce n'était que des paroles. Y aurait-il des actes?

Le gouvernement anglais était fort embarrassé. La Déclaration ne lui fournissait pas le même prétexte que la Lettre. On ne pouvait pas l'accuser d'insulter la pudeur de la première lady des Trois- Royaumes. La reine n'y était pas même nommée. Il ne s'agissait pas d'elle. Il ne s'agissait pas même de la Lettre. Il s'agissait uniquement de ce fait, trois réfugiés expulsés sans procès pour avoir usé de la presse dans un pays qui disait la presse libre. Quant à la Lettre, la Déclaration ne la reniait ni ne l'acceptait, elle ne la connaissait pas. Il y avait si peu

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