UNE DÉCLARATION. 4SI
solidarité entre la Déclaration et la Lettre, que Victor Schœlcher, qui adhéra de Londres, ainsi que Louis Blanc, Greppo, Deville, etc., commençait son adhésion par cette phrase : « Sans vouloir être d'aucune façon solidaire de l'écrit qui a donné lieu à l'acte de violence commis contre le rédacteur en chef, l'administrateur et le porteur du journal l'Homme, j'adhère complètement à la présente Déclaration. » La meilleure volonté du monde ne pouvait guère s'y tromper.
Sans prétexte et sans meeting, le ministère hésitait. Le gouverneur ne bougeait pas. Il avait été plus prompt avec les trois du journal, qu'il avait frappés à la sortie même du meeting, car le meeting avait fini le samedi à dix heures du soir et ils avaient reçu l'ordre de quitter l'île le lundi à dix heures du matin, et en Angleterre le dimanche ne compte pas. Au lieu que la Déclaration avait été affichée le jeudi 18 octobre, et le jeudi 25 le gouverneur se taisait encore. Il avait pourtant eu le temps d'envoyer demander des ordres à Londres, et même plus loin.
Ce ne fut que le vendredi que les signataires commencèrent à voir arriver chez eux les connétables de leurs paroisses. Les ministres s'étaient enfin décidés à déclarer la liberté de la presse anglaise un mensonge. Les signataires étaient expulsés.
Les rares Jersiais dont le « meeting d'indignation » n'avait pas décontenancé l'amitié vinrent conjurer les exilés de ne pas céder à cette injonction dictatoriale, de ne pas déshonorer à jamais leur île par un tel départ et d'aller aux juges, qui casseraient certainement l'ordre des connétables. L'avocat qui avait osé prononcer dans le meeting le mot légalité s'offrit à l'affaire. Les expulsés le remercièrent, mais répondirent qu'ils ne tenaient pas tant que cela au sol ni à l'honneur de Jersey, et firent leurs malles.
Il y eut un incident comique. Un des expulsés était un médecin, le docteur Barbier. C'est une noble et touchante figure que celle des médecins dans l'exil. Leur profession en fait les serviteurs incessants de leurs camarades. Ils appartiennent jour et nuit à toutes les maladies, si fréquentes chez ceux que rongent la nostalgie, J'éloignement des êtres chers, la rupture des habitudes, la défaite, la misère. Us se donnent sans salaire, car personne n'a plus rien, et puis ils n'accepteraient rien. Mais, lorsque ce sont des médecins français, ils ont une