VINGT ANS
Le regard inspiré, le cœur encor séduit Par les enchantements de l'enfance qui fuit,
Marcher, en folâtrant, dans un sentier de roses
En effleurant des mains et du ceur toutes choses.
Comme le papillon qui va de fleur en fleur :—
D'an front brûlant d'amour frappant la sainte dalle,
Verser le nard exquis d'une âme virginale
Sur le: pieds du Seigneur. R'ver avec l'oiseau de la mélancolie ; Dire adieu sans remords au pass® qu’on oublie ; Se bercer, insoucieux, au roulis du present ; Imaginer e’ voir un Eden enivrant Dan: l'avenir; prêter une oreille attentive, Et donner une larme à toute âme plaintive ; Frémir au souffle ardent de l'inspiration ; Sous un regard aimé trembler d'émotion ; faire de tout son étre une harpe éolienne Qui vibre à tout soupir de la brise aérienne; Se pencher sur l’abime et braver en riant Les vagues en furie et le gouttre béant :
Savourer des plaisirs la conpe d'ambroisie, Et rêver danses, bals, musique et poesie ; Aspirer dans les bois les senteurs du printemps, Et mordre à belles dents au fruit mûr de l'automne En écoutant des flots la plainte monotone:
C'est la vie à vingt ans.