‹ Les migrations aqueuses dans l'organisme humainChapitre 69 sur 110 · B) INTERPRETATION · texte numérisé non relu

B) INTERPRETATION

Divers travaux ont tenté d’analyser le mécanisme de la rétention aqueuse. Deux groupes de recherches ont été faîtes dans ce sens; les unes ont trait à la physiopathologie du processus, les autres concernent son étiologie.

a) Du point de vue physiopathologique les études ont surtout porté sur les métabolismes chloruré et protidique au cours des obésités.

— Le rôle de la rétention saline invoqué par ZONDECK, ne paraît pas important. Les épreuves d'élimination en échelons de PAsTEUR-VALLERY-RADOT sont normales chez les obèses et la rétention saline ne paraît pas primitive.

En 1943, KouriLsKY et HINGLAIS ont repris cette question à la lumière de l’observation d’un syndrome hypophysaire avec obésité, oligurie permanente et oligodipsie, qui fit de leur part l’objet d’une étude approfondie, Chez ce malade, ils notent une élimination chlorée très réduite; l'épreuve d’élimination en échelons traduit une rétention saline importante, mal tolérée puisqu’au 3 jour apparaissent une turgescence des tissus sans œdèmes et des suintements salés percutanés,

Au contraire, l’eau absorbée seule, en régime déchloruré strict, s’élimine normalement. Les auteurs concluent à un blocage rénal de l’élimination saline mais reconnaissent l’existence d’une rétention aqueuse indépendante de toute rétention saline.

—— Le rôle des perturbations protidiques n’est pas plus

assuré. Les résultats publiés à ce sujet sont peu concor-

dants: certains (DE GENNES) trouvent des taux sensiblement normaux de concentration plasmatique des protides.

En 1932, LaBge et Bouzin (Cf. Soc. Biol. 13-2-1932, 109.

432) avaient donné une indication différente: l’étude du bilan humoral de 23 obèses les avaient conduit à noter d’une façon habituelle une hyperprotidémie avec hypersérinémie et élévation du rapport S/G. Toutefois, comme le remarque May, les chiffres rapportés dans cette étude présentent d’assez grandes variations; les chiffres de protidémie totale indiqués par LABBE, parfois très élevés, sont parfois voisins des taux normaux.

Plus récemment E. MAY a repris cette étude en calculant en outre la pression osmotique des protides (POP) chez 30 chèses, de façon à rendre plus apparentes des modifications légères de la protidémie ou de la sérinémie. De ce travail, il résulte une habituelle élévation de la POP chez les obèses à des taux nettement supérieurs aux chiffres normaux. Rapprochant ces résultats des récentes recherches de VERNEY, l’auteur conclut à l'intervention d’une régulation osmotique de l’activité anti-diurétique de la post-hypophyse, l’augmentation de la POP entraînant automatiquement une diminution de la diurèse. Le mécanisme régulateur joue ainsi à faux chez les obèses, exagérant la surcharge pondérale de l’organisme.

Ces diverses analyses métaboliques, les travaux de Gozn- ZICHER et REINER montrent qu’en dehors de toute pertur-

bation humorale il est possible d'observer une rétention hydrique chez les obèses,

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b) Sur le plan étiologique, il convient de souligner le rôle de divers facteurs: neuro-endocrinien et alimentaire en particulier.

1° Facteur neuro-endocrinien.

— l’hyperfolliculinie est mise au premier plan par ALBEAUX-FERNET, G. DREYFUS. Les malades atteintes d’obésité spongieuse, présentent en effet des troubles menstruels habituellement rapportés à une hypersécrétion (impression de gonflement abdominal, tension douloureuse des seins...). Rapprochant ces faits de notions expérimentales, sur lesquelles nous reviendrons, qui soulignent l’action hydratante de la folliculine, l’on est tenté de lui attribuer une part importante dans le déterminisme de la rétention aqueuse.

— dans un autre ordre d’idées, un mécanisme hypophysosurrénal est invoqué par E. May. Son étude de la pression osmotique des protides chez les obèses conduit cet auteur à une analyse du système régulateur de la protidémie. L’hypophyse et la cortico-surrénale paraissent ÿ jouer un rôle prépondérant. L’hypophysectomie entraîne chez lanimal une chute de la sérine et une augmentation des globulines (GOLDBERG, C. R. Soc. Biol. 1938. 1136. 1135, Smrru et LENIN). LENIN et LEATHEM (Amér. J. of Physiol. 1942. 136. 306) pensent que l’hypophyse agit par ltonmedaire de la surrénale car un traitement par l'extrait cortical empêche la baisse de la sérine sans modifier les variations des globulines. Ces faits rapprochés des obésités observées au cours de la maladie de Cushing ou de certains corticosurrénalomes amènent MAY à conclure à un facteur hypophysosurrénal.

— [e rôle de la neurohypophyse ne paraît pas négligeable. A la suite des observations de PARHON, de ROWNTREE et BRUNSTING (Endocrinolog. 17. 1933, p. 376), de DEBRE et J. MARIE, de KouriLsKY et HINGLAIS, un excès de sécré- - tion posthypophysaire a été invoqué dans certaines observations où se trouve réalisé un syndrome inverse de celui du diabète insipide. D’ailleurs une observation de LESNE,

LIEVRE et BOQUIEN a une valeur quasi expérimentale puisqu'au cours d’un traitement de diabète insipide ces auteurs

ont vu apparaître un syndrome œdémateux avec oligurie. 4

Expérimentalement KoURILSKY, REMOND et MoRaAT ont

montré que les effets d’un excès de pituitrine ne sont pas

durables; il faut donc invoquer outre lhypersécrétion post-

hypophysaire un dérèglement de la régulation antagoniste et ces auteurs envisagent la possibilité d’un HIpuIoueusS

nement associé de l’antéhypophyse.

2° Facteur alimentaire.

À côté des interventions hormonales, un facteur alimentaire peut favoriser la rétention aqueuse en cours des obésités. |

NEWBURGH et JOHNSON soumettant des obèses à un régi-

me de restriction alimentaire ont constaté qu’ils retiennent un excès d’eau qui ne commence à être éliminé que si lPalimentation redevient normale.

L. DE GENNES a également dénoncé le déséquilibre alimentaire: la richesse en eau de certains régimes, associée à une insuffisance d’apport protidique sont susceptibles d'intervenir.

3° Facteur psychique :

Dans un récent article FREED (J. A. M. A. 1947, 133, n° 6) insiste sur le rôle de l’émotion, de l’anxiété au cours du développement des obésités. Selon lui, ces facteurs psychiques agissent en augmentant l’appétit et en conduisant à la suralimentation. Mais le stimulus affectif peut engendrer l'obésité par un mécanisme strictement psychosomatique expliquant ces obésités paradoxales observées en pleine

période de guerre chez des personnes sous-alimentées (GILBERT-DREYFUS).

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