Pline, H. N., XXXVIL
LES TOURANIENS. 17 théas à été lui-même à Thulé ; qu'il indique encore une autre contrée en dehors de Thulé et plus loin, où d’après lui la terre, la mer et l’air se seraient confondus ; qu’il a vu de ses propres yeux cette contrée fabuleuse et qu’un épais brouillard qui se trouve dans ce pays lui fait faire cette étrange comparaison ; qu’en revenant de ce voyage il avait fait le tour de l’Europe entière. Examinons ces quatre points principaux. |
Quant à la première supposition, Koskinen en trouve la confirmation dans Géminus de Rhodes. Cet auteur raconte qu’il y a dans le nord des pays où le plus long jour à une dürée de dix-sept à dixhuit heures. Il ajoute que Pythéas a vu ces contrées de ses yeux; car dans son ouvrage Sur la mer il dit textuellement : « Les habitants de ces pays nous ont montré l’endroit où le soleil se couchait, car là la nuit est très-courte; elle dure à peine deux à trois heures. »
Cosmas Indopleustes s'exprime dans les mêmes termes sur Pythéas : « Pythéas de Massilie nous raconte, dans son ouvrage Sur la mer, qu'arrivé dans les pays du Nord, les habitants lui auraient montré l’endroit où le soleil se couchait de façon qu'ils n’avaient que de la nuit. » Nous voyons que le premier de ces écrivains emprunte à Pythéas
ce que cet auteur a dit du plus long jour, et l’autre, ce qu’il a dit de la plus longue nuit. Ils ne désignent, ni l’un ni l’autre, le pays de Thulé.
Mais Strabon dit que Pythéas racontait que le plus éloigné des pays était celui de Thulé; il n’y a donc pas de doute, ajoute Koskinen, que Pythéas n’y soit allé lui-même et ne se soit entretenu avec les habitants de Thulé.
Mais où chercher Thulé? D’après Pline et Strabon, Pythéas dit qu’en partant de de la Grande- Bretagne il avait voyagé six jours pour arriver à Thulé et de là encore un jour pour arriver dans la mer Glaciale. D’après ces données il serait presque impossible de préciser la situation de Thulé; car on ne peut deviner la distance que Pythéas parcourait dans ses six jours de voyage, et on sait encore moins de quel point de la Grande-Bretagne il a pu partir. D’après Géminus de Rhodes, la nuit aurait une durée de deux à trois jours dans ce pays, ce qui nous donnerait aujourd’hui le 62°42’ ou 6/4°13 de latitude, les environs de Drontheim en Norvége. D’après Strabon, Pythéas serait arrivé jusqu'au 62° 30’; Cléomèdes dit que Pythéas parle d’une nuit de deux, trois et même quatre à cinq mois ; tout cela prouverait que chacun de ces écri-
MSA ©
: ù " } à Den rond Dhs dci \
uv LAC
El We ACER |
S Car OT DS Tèl ! Dai te AR TI CRIE ».
doi 2
es PRE
Ent
Ÿ 1 # 1 r s ve A \ 3 d 5 e 4 A ASE HES.D'APRES F. KRUSE.
ni
Û pe :
Ar:
D Ar \ ‘ Ps La $ À # SD ' tu
Imp. Monroeq di 4e ren RUE EURE Fees CSN CS
vains était enchanté de faire endosser à Pythéas sa propre opinion qui leur était chère.
Koskinen pense que Pythéas, parlant de la Grande-Bretagne, aurait pris une direction nordnord-est, qu'après six jours de voyage il serait arrivé dans un pays où il aurait parlé avec les habitants. Ce pays qui lui semblait être une vaste île, 1l l’appelle Thulé, et la plus courte nuit y était de deux à trois heures; ce qui indique que ce pays était situé au 65° ou 64° de latitude.
Il n'y a pas de doute que les habitants de ce pays ne fussent Finnois, ou de race finnoise ; nous n'avons qu’à lire attentivement les descriptions que Pythéas nous fait de ce peuple pour en être convaincus. Si ce peuple était de race finnoise, l'expression de Pythéas parlant du poumon de la mer pour indiquer les épais brouillards de la mer Glaciale, cette expression qui a fait sourire bien des savants, n’a rien de surprenant. La langue finnoise emploie encore de nos jours de pareilles hyperboles ; elle dit par exemple : l'oreille, le cou d’une cataracte; le nez d’une presqu'île; la gorge de la mer; le cœur de la terre; le cœur de la nuit, etc ‘.
1, On retrouve certainement ici, comme partout ailleurs,
l'imagination vive de l’Asie que les peuples touraniens ont n
Et cette expression même que Pythéas a assurément empruntée à ce peuple du Nord ne prouvet-elle pas plus que tout le reste, que ce peuple était précisément de race finnoise?
Les savants d’aujourd’hui ne sont pas plus d’accord que ceux d'autrefois sur la situation du pays de Thulé. Les uns placent ce pays en Norvége, les autres en Islande. Koskinen est d'avis que ce pays ne pouvait être que la Norvége, et les raisons qu'il donne à l’appui de son assertion, nous paraissent excellentes.
D'abord, ïil serait difficile d'admettre que Pythéas eût pris une direction aussi prononcée vers l’ouest. Ensuite la longueur de l'Islande n’est pas assez considérable pour qu’on y trouve des endroits auxquels les différentes longueurs de jour indiquées dans l’ouvrage de Pythéas puissent s’appliquer. Enfin, ajoute Koskinen, et cette raison nous paraît
conservée surtout dans leurs poésies. Le gigantesque cheval du Nord des Finnois, qui était d’une taille si élevée qu’un écureuil mettait un mois pour sauter d’une de ses oreilles à l’autre; le mammouth souterrain des Toungouses, qui aurait formé des montagnes, comme la taupe élève ses tertres, ainsi que le monstre à mille membres du pays des Kalmuks, dont les ossements pétrifiés forment aujourd’hui la chaîne de l'Himalaya, tous ces êtres fabuleux ont été enfantés par la même imagination. Peut-on s'étonner après cela que leurs aïeux rencontrés par Pythéas dans le pays de Thulé aient parlé du poumon de la mer?
. la meilleure, nous savons positivement que l'Islande était inhabitée avant l’arrivée des Normans, et Pythéas a trouvé à Thulé des hommes avec lesquels il s’est entretenu. Il en résulte que le pays de Thulé est la Norvége d'aujourd'hui, au 64° ou 65° de latitude.
Quel malheur pour la géographie et l’histoire de ces pays que les œuvres de Pythéas soient perdues pour la plus grande partie ! En effet ses assertions tendent à se confirmer de plus en plus, comme celles d’'Hérodote, malgré les critiques malveillantes de Strabon! Que ne possédons-nous encore l’histoire des Hyperboréens d’'Hécatée; les écrits de. Xénophon de Lampsaque, qui comme Pythéas visita probablement lui-même la mer du Nord; les œuvres de Diogène, qui, peu de temps après Alexandre, composa un ouvrage sur Thulé et les pays du Nord; l’ouvrage et les cartes de Dicéarque, et d’autres écrivains de mérite comme Onesicritus, qui parlait des Melanchlænes et des Androphages, etc.? Ce sont là des pertes irréparablespour la géographie et l’histoire. Si nous possédions tous ces écrits, ainsi que l’histoire des Assyriens par Hérodote *,
A, Voici les preuves sur lesquelles nous nous appuyons pour dire qu'Hérodote a écrit un ouvrage sur les Assyriens: L. I, ch. cvi. « … Ils se rendirent bientôt maîtres de Ninive
il nous serait facile de reconstruire l'antiquité touranienne; mais, à défaut de ces documents,
nous sommes condamnés à marcher lentement et avec l’espoir que les recherches des maîtres dans la science assyriologique, tels que Oppert et son digne émule F. Lenormand, nous rendront la langue-mère des Touraniens dans toute son intégrité.
même (je rapporterai dans ur autre ouvrage comment cette ville tomba en leur pouvoir). »
L. TI, ch. czxxxiv. «Plusieurs rois, avantles Perses, ont régné sur Babylone; j’en parlerai dans mon histoire des Assyriens.… »
On trouve enfin dans Aristote un passage fort remarquable, où il reproche à Hérodote d’avoir dit « qu’au siége de Ninive, on avait vu un aigle, d’après lequel on prenait des augures, buvant, tandis que tous les oiseaux à ongles crochus ne boivent jamais. » (Histoire des Animaux, L. VIIT, ch. xvr) Or, la phrase attribuée à Hérodote, et qui est certainement de lui, ne se rencontre dans aucun des neuf livres de son histoire. (Voir traduction d'Hérodote, par A.-F. Miot.)