HONIENS,, LIVONIENS ,ETC.(TOURANIENS
Ujfalvy L A 2 . pe | | lp. Mourocq
de Derbend, mais cette conquête ne fut définitive que de nos jours. |
Depuis, les rôles ont changé.
L'empire russe a refoulé les Chinois au delà de l'Amour; et l’armée russe, qui se trouve en ce moment sur la route de Chiwa, fait trembler la vieille Angleterre pour son empire des Indes.
Nous espérons beaucoup de la conquête de tous ces pays, car, avant peu, il sera peut-être possible d'étudier en toute sécurité les contrées, presque inconnues, qui environnent le berceau de la race touranienne-altaïque.
Il est certes difficile de préciser d’une manière exacte l'endroit d'où cette nombreuse race est pardes
Nous pensons cependant qu'elle a dû habiter d’abord les monts Sayans et la chaîne de l’Altaï, dont le grand Altaï forme le vrai noyau. Ce plateau élevé, qui s'étend entre les sources de l’Obi et celles de l’Irtiche, fut donc le berceau de notre peuple.
Sous ce rapport, nous partageons entièrement la manière de voir du plus célèbre philologue des langues touraniennes, Castrén. Il prouve que les Samoïèdes ont dû pendant le déluge (dont la tradition existe aussi chez eux) se réfugier sur les immenses hauteurs des monts Sayans, ainsi que les
races turques, qui, d’après les sources chinoises, habitaient à la même époque le Tagnu-ola et le grand Altaï. Klaproth et Ritter disent, également que les Turcs ont dû s’y réfugier pendant le déluge, Un historien turc, Abulghasi-Bahadur-Chan, nous raconte que le père du peuple turc s'était établi dans les environs de l’Altaï, près du lac d'Issicol. Dans Abulghasi, le nom de ce père est turc, et cet historien en fait un fils de Japhet. En principe, cet historien est d'accord avec nous; seulement, en sa qualité de croyant orthodoxe, il lui était impossible d'admettre que l’Altaï fût la première patrie de son peuple : ilse fût mis en contradiction flagrante avec la tradition de Moïse, que les Turcs reconnaissent comme seule vraie, et qui fait venir leurs ancêtres du paradis et de la terre promise.
D’autres historiens donnent une seule et même patrie aux Samoïèdes et aux Turcs : d’après eux cette patrie se trouve sur la partie occidentale du plateau central de l'Asie, près des monts Sayans, chaîne occidentale de l’Altaï, entre les sources de l’'Obi, de l’Irtiche et du Jenissei.
C’est dans ce même endroit que l’on doit trouver aussi le berceau des peuples finnois. Un savant hongrois, Csoma de Kürüs, l'avait cherché plus au sud, dans le Thibet, mais il avait fait fausse route;
son séjour de onze ans dans un couvent de ce pays, à Zimskar, tient du prodige, mais n’amena rien de ce qui aurait pu l’éclairer sur le premier séjour des Finnois. Il rapporta seulement une connaissance approfondie de l'étrange littérature des peuples thibétains.
Castrén, dont nous suivons en ce moment pres-
que textuellement les raisonnements, Castrén a poursuivi avec une consciencieuse activité les traces de son peuple ; il est arrivé à la conviction que les ancêtres du peuple finnois avaient également habité ces chaînes de montagnes”.
Les Tartares, encore aujourd’hui, parlent d’un peuple aux yeux clairs qu'ils appellent Akkarak et qui aurait d'abord habité ce pays ; il serait l’auteur des anciens «tumulus» qu’on rencontre partout dans la steppe.
La chronique chinoise, s’accordant avec ces traditions tartares, parle aussi d’une race blonde qui aurait habité les monts de Tagnu-ola, sur les versants septentrionaux, en même temps que les Turcs auraient occupé les versants opposés. Cette race blonde, dit Castrén, était sans doute la race finnoise.
1. M. Alexander Castrén's Kleinere Schrifien, herausgegeben von Anton Schiefner, S'-Petersburg, 1862.
On rencontre, en outre, près des sources de l’Irtiche, un endroit nommé Sumi; cette dénomination s'accorde avec le nom des Finnois, qui s'appellent eux-mêmes Suomi. De même, on trouve dans ces pays un certain nombre de noms qui s'expliquent facilement dans la langue finnoise. Castrén en cite quelques-uns et nous ferons comme lui, car cette dernière preuve nous paraît la plus évidente.
Les Tartares appellent le fleuve Jenissei Kem, et ce même mot sert de nom de fleuve chez les Finnois et les Karèles russes. Le mot varie dans les différents dialectes finnois où kem, kemi, kymi signifie grand fleuve, fleuve père. Le Jenissei a des confluents du nom de Sym, fja et ljus; comparons à ces noms ceux des rivières finnoises Simo et /jokr, et nous trouvons une ressemblance assez frappante. Un autre confluent du Jenissei porte le nom de Oya, qui signifie ruisseau en finnois ; un autre s'appelle Jaga, nom qui semble proche parent du finnois joka, et du lapon joga; un dernier confluent enfin s’appelle Kolva, nom que nous rencontrons en Finlande, près de Perm et près d'Arkhangel, et qui signifie eau riche en poissons.
Tout près des sources du Jenissei on aperçoit deux sommets de montagnes dont l’un est bien plus élevé que l’autre. Le plus haut de ces sommets est
appelé par les Tartares Kyrky-taskyl et le plus bas
Ala-taskyl. Ges deux dénominations nous rappellent les mots finnois korkia, haut, et ala (magyare alacsony), bas.
Lors même qu’on trouverait l’étymologie de quelques-uns de ces mots dans les langues tartares, cela ne prouverait absolument rien contre ce que nous venons d'avancer, mais seulement la parenté qui existe entre les langues finnoises et tartares; de plus on conclurait que les Finnois ont dû nécessairement passer par les monts Altaï pour arriver à leur séjour actuel. Rappelons d’ailleurs que ces contrées sont habitées aujourd'hui par une population proche parente de la nation finnoise, par les Ostiaks et les Vogoules, qu’on désigne plus souvent et sous le nom d’Ougriens ou de Yougriens. À l’heure présente, ce peuple habite sur les bords de l’'Irtiche de l’Obi; mais on retrouve ses traces manifestes dans les monts Sayans mêmes. Cette contrée fut habitée jadis par une race turque, les Ogoures ou Yogoures, qui, à cause de la proximité des Ouigoures ou Youigoures finnois, fut souvent confondue avec eux, d’où le nom d’Ougoures ou Yougoures ‘.
1. Voir la langue magyare, son origine, elc., par le même auteur. Versailles, 4871, chez Maisonneuve.
Le nom de Magyar est de la même origine; aussi le peuple hongrois compte-t-il les Vogoules et les Ostiaks parmi ses parents. Hunfalvi est de cet avis; il prouve, à l’aide des langues congénères, l’identité des racines uj, jog, mog, mag, et constate que le mot Ougoure (Ouigoure : moger ‘) signifie lallié.
Dans cette question de nom, nous partageons entièrement la manière de voir de Castrén et celle de Hunfalvi. Les Hongrois ont longtemps combattu l'exactitude de ces faits; leur fierté nationale s’y opposait. C’est pour cela que Csoma de Kürôs a cherché leur origine dans le Thibet, où d’après les annales chinoises une branche de la race indépendante des Ogoures turcs aurait séjourné. Ce n’est point avec des susceptibilités nationales qu’on fait de bonne philologie, de bonne ethnographie; on travaille alors avec partialité, on ne voit que le but, et rien ne coûte pour y arriver. Comme les Hongrois, les Finnois se sont révoltés à l’idée d’une parenté avec les Lapons; et leurs écrivains, souvent les plus éminents, ont cherché l’origine de leur peuple en Grèce et même jusque dans la Terre promise.
Castrén a bien raison quand il dit que chacun est fils de ses œuvres, et que les aïeux sont souvent :