‹ Les migrations humaines en Océanie d'après les faits naturelsChapitre 4 sur 9 · DÉMONTRÉES PAR LA LANGUE · texte numérisé non relu

DÉMONTRÉES PAR LA LANGUE

Nous avons vu que, jusqu'ici, les Néo-Calédoniens avaient été généralement considérés comme étant, d'une manière exclusive, de la race australasienne. On constatait bien dans l'archipel voisin des Lmjalty des migrations polynésiennes; mais, comme les dernières y sont très-récentes, on les croyait les seules qui fussent jamais arrivées jusque dans ces parages; cependant, la liste de mots calédoniens qui va suivre, bien que prise au hasard et sans idée préconçue, va nous montrer que le Polynésien y entre pour une grande partie.

L'étude du langage calédonien a été délaissée, et la cause principale, si ce n'est la seule, en est le grand nombre des dialectes qui sont parlés dans cette île, relativement si petite. Le voyageur n'y peut plus se servir, dans une seconde tribu, des mots qu'il a appris dans la première ; il se décourage donc, et abandonne d'autant plus volontiers ce genre d'études qu'elle présente moins d'attrait, à cause de la grande difficulté de la prononciation de certains mots, du manque de professeurs ou de leur mauvaise volonté. Cette confusion du langage se retrouve dans toute l'Australasie et même dans de trèspetits archipels, tels que celui de Vanikoro, Ce fait vient

encore confirmer notre thèse, c'est-à-dire que ces terres sont aux points de rencontre de diverses migrations.

Gomme mes prédécesseurs et mes compagnons dans l'exploration de la Nouvelle-Calédonie, je renonçai tout d'abord à m' assimiler les langues si peu harmonieuses de ce nouveau pays de Babel ; mais le besoin me força impérieusement à revenir, en partie au moins, sur ce projet, et, dans les divers points de l'île que je parcourus, je notai un certain nombre de mots indigènes. Plus tard, comparant ces termes entre eux, je m'aperçus de l'identité qu'ils présentaient, et, par cette analogie, je crus pouvoir diviser l'Ile en trois dialectes principaux, parlés au sud, au centre et au nord. Comme on le verra dans le vocabulaire ci-joint, parmi les termes qui composent ces trois idiomes, il y en a peu qui soient identiques, mais un nombre suffisant, néanmoins, pour montrer entre eux un grand lieu commun. Mais si, d'un autre côté, on examine la construction des mots, on y peut reconnaître deux génies différents, encore bien plus sensibles à l'oreille qu'à l'écriture :

4 *" Des mots finissant par des consonnes ou présentant deux consonnes de suite ; ayant, en outre, des syllabes mal définies, inarticulées , qui feraient ressembler les mots au grognement d'un animal ;

2° Des mots bien articulés, plus doux, ne finissant jamais par une consonne, ne présentant jamais deux consonnes de suite, n'admettant pas de lettres mortes et faciles à écrire.

La première classe se rapporte bien aux langues australasiennes, langues si difficiles à écrire que, très-souvent, le même mot, écrit par plusieurs personnes, séparément, n'est plus du tout reconnaissable. Pour en donner une idée, je dirai que j'ai vu le même son écrit par des Français: Pouanloïtche, Pouanloït, Houanloitche, Houanloche, Bouanloïche; le même indigène, cependant, prononçait,

* kA

et chacun de ceux qui écrivaient soutenait que son orthographe était la plus rapprochée. C'est que ces langues semblent avoir non-seulement chacune de nos consonnes , mais encore tous les intermédiaires entre elles, prises dans un certain ordre et deux à deux; c'est encore ce qui expliquerait pourquoi les Calédoniens et les indigènes de la Nouvelle-Galles du Sud s'assimilent si facilement les langues européennes, car ils sont semblables à un musicien consommé, habitué à jouer les gammes les plus cooipliquées, et pour lequel un air n'est qu'une application facile de sa science. Ces airs seraient, pour ces peuples, nos langues européennes.

La deuxième classe de mots présente des règles qui sont précisément celles de la langue polynésienne, et l'on y verra aussi beaucoup de termes de ce langage si répandu, ainsi :

Dialecte du centre Dialecte du nord Dialecte da sad Dialecte polynésien

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