‹ Les Migrations temporaires dans les Campagnes françaisesChapitre 15 sur 21 · SALAIRES PAR MOIS · texte numérisé non relu

SALAIRES PAR MOIS

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En cas de prolongement du contrat, la prime est supprimée, mais les salaires sont fixés comme suit :

TARIF A DE Du 1° septembre Jiilet et Août Total Catégories Fa + pe ASE pour de I 48 65 6ro 2 k2 60 540 o 35 5o h5o 4 32 45 hro TARIF B ; Du 1° septembre jiimet et Août Total Catégories pra qe nas” Fe Panne 1 43 60 550 2 ho 5o 500 3 34 45 430 [A 31 to) 390

La prime-cautionnement est versée par le patron au moment de la signature du contrat à la Polontia, qui établit ce dépôt au compte nominatif de chaque ouvrier. Elle est payée à celui-ci : 4° Quand il a accompli exactement ses obligations; 2° Quand la rupture du contrat provient de la faute du patron; 3° Dans le cas d'accident grave qui le forcerait à retourner dans son pays. En cas de décès, cette somme est versée à sa famille. Au contraire, au cas où l'engagement se trouve rompu par sa faute, il perd tout droit à ce dépôt, qui est remboursé par la société au patron, sous déduction de la somme qui pourrait être due à l’ouvrier pour salaires impayés.

Le patron a à sa charge les frais du voyage de louvrier, aller et retour. Les premiers sont fixés à forfait et versés à la Polonia au moment de la commande des ouvriers. Les seconds sont estimés à 60 fr. pour les ouvriers du tarif À, et à 72 fr. pour ceux du tarif B. Le patron s’en acquitte en versant mensuellement à la société, pour les premiers, une somme de 5 fr., pour les seconds une somme de 6 fr., quand leur engagement est d’une année entière; s’il s'agit d'ouvriers saisonniers, le patron s’acquitte également par versements mensuels qui correspondent au chiffre total de ces frais, divisé par le nombre de mois d'engagement.

Le patron retient à chaque ouvrier O fr. 75 par

mois et à chaque ouvrière 0 fr. #0 pour les versements obligatoires à la caisse des retraites.

En ce qui concerne le logement, les dispositions suivantes sont convenues :

Les familles et les ménages ont droit à un logement à part. Les ouvriers ou les ouvrières célibataires sont logés séparément : femmes ensemble, hommes ensemble. Les logements doivent être secs, sains, abrités contre le vent ou la pluie et suffisamment chauffés en hiver. Si les ouvriers sont nombreux, le patron doit, en outre, mettre à leur disposition une chambre commune où ils peuvent se réunir et faire leur toilette; cette même pièce peut servir éventuellement de cuisine, de réfectoire et de buanderie.

Pour la nourriture, trois systèmes ont été prévus, au choix des contractants :

4° Les ouvriers sont nourris par le patron. La nourriture, en ce cas, devra être saine et abondante, semblable à celle que reçoivent les ouvriers français de la région. Le repas de midi et du soir comprendra notamment un tiers de litre de vin, ou un demi-litre de bière ou de cidre, et de ia viande, sauf le vendredi.

2 Les ouvriers font eux-mêmes leur cuisine. Le patron doit fournir gratuitement aux ouvriers les approvisionnements suivants par ouvrier et par semaine :

5 kilog. de pain; 12 kilog. 1/2 de pommes de terre; 3/4 kilog. de viande fraîche; 1 kilog. 1/2 de lard ; 1 kilog. 1/2 de riz; 1/2 kilog. de farine et 1/4 de kilog. de sel. De plus, par jour et par ouvrier : un litre de lait non écrêmé et 1/2 litre de vin ou un litre de bière ou de cidre.

Ces produits, destinés exclusivement à la nourriture des ouvriers, ne peuvent être vendus, ni échangés par eux. La cuisine est faite par un ouvrier ou une ouvrière qui dispose de sa matinée quand le nombre de personnes à nourrir ne dépasse pas 15, de la journée dans le cas contraire. L’ouvrière chargée de la cuisine s'occupe en même temps du blanchissage du linge des ouvriers, elle est payée par le patron. Au-dessus de 20 ouvriers, il est adjoint au cuisinier ou à la cuisinière un aide par 25 ouvriers en plus, payé par le patron.

Il va de soi que le patron doit également fournir gratuitement les ustensiles de cuisine, dont les ouvriers restent responsables, ainsi que le bois et le charbon.

3° Les ouvriers reçoivent une indemnité d’entretien, Dans ce cas chaque ouvrier reçoit chaque soir une somme de 1 fr. 50, quel que soit son âge et son sexe, et l’escouade règle sa nourriture comme elle l'entend. Le patron doit seulement lui fournir le

local servant de cuisine, lui prêter les ustensiles nécessaires et lui faciliter l'achat des denrées.

Le travail quotidien est réglé selon la coutume locale. Cependant, il ne devra pas durer plus longtemps que de 5 heures du matin à 7 heures du soir (du 1* mars au 1” novembre). Exceptionnellement, pendant la fenaison et la moisson, il pourra durer de 4 heures du matin à 7 heures du soir. Pour la période du 1° novembre au 1°” mars, il durera de 6 heures du matin à 6 heures du soir. Pour la période du 1* mars au 1° novembre, il y aura trois interruptions de travail : l’une de une heure et demie pour le dîner et deux d’une demi-heure chacune pour le déjeuner et le goûter. Pour la période du 1* novembre au 1* mars, les interruptions ne seront que de deux : l’une de une heure 1/2 pour le diner, l’autre d’une demi-heure pour le déjeuner.

Exceptionnellement, après entente mutuelle, l’ouvrier pourra accomplir des travaux à la tâche aux prix de la localité pour les ouvriers français et belges. Pendant ces travaux, il ne recevra plus de salaire mensuel, et, s’il est nourri par le patron, ce dernier lui retiendra, sur son salaire de tàâcheron, 1 Îr. par jour pour la nourriture.

Le chômage des jours fériés est réglé par des dispositions minutieuses et précises dont la nécessité se faisait vivement sentir; ç'avait été, en eflet, dans

les tätonnements du début, la source de regreltables conflits. Bien des patrons, malheureusement, ne comprenant pas la profondeur et la grandeur du catholicisme du peuple polonais, émettaient la prétention d'imposer à leurs nouvelles recrues le travail du dimanche. Cette situation avait vivement préoccupé les compatriotes des arrivants, surtout la comtesse Zamoïska, et leurs chefs religieux s'en étaient émus également ; une lettre de l’archevêque de Cracovie à Mgr Gibier, évêque de Versailles, contient l’écho éloquent de ses préoccupations paternelles. D'un autre côté, les Polonais, par excès de scrupules, prétendaient se réserver la faculté de chômer toutes leurs fêtes religieuses, bien plus nombreuses qu’en France.’

Le nouveau contrat établit nettement le chômage des dimanches et des fêtes françaises, et de celles-là seulement. Il y est inséré, pour rassurer la conscience des ouvriers, cette remarque que « les autres fêtes célébrées en Pologne ont été remises en-France, avec le consentement du Saint-Siège, aux dimanches suivants ». Du reste une récente encyclique du Pape établissant, pour toute la chrétienté, un régime analogue, à une ou deux solennités près, à celui de la France, contribuera encore sans doute à aplanir toute difficulté.

Les dimanches et les jours fériés, les ouvriers ne

travailleront pas aux champs. Ceux qui conduisent ou soignent le bétail, seront obligés de donner aux animaux les soins nécessaires ; les cuisinières et les bonnes d'intérieur travailleront seules comme à l’habitude, mais, comme tous les autres travailleurs, elles devront avoir le temps nécessaire pour assister à la messe.

Le cas des travaux urgents, autorisés exceptionnellement par l'Église, est également prévu, mais il est bien stipulé qu'ils ne pourront commencer qu’après la grand messe et moyennant une rétribution supplémentaire fixée par heure :

1° pour les ouvriers des deux premières catégories, à trente centimes ;

2° pour ceux des deux dernières, à vingt centimes.

Il faut ajouter, pour être complet sur cette question, que la Société de protection, fondée par la Comtesse Zamoïska, s'occupe très activement des intérêts religieux des ouvriers; elle a recueilli, en Pologne même, des capitaux assez importants pour qu'un prêtre de cette nationalité puisse, chaque année, parcourir toutes les campagnes où se trouvent employés ses compatriotes et leur apporter la consolation d'entendre l'Évangile prêché dans leur langue natale.

Pour diminuer encore toute chance de conflits, les

clauses de résiliation réciproque sont réglées avec le même soin par le nouveau contrat, dans des termes précis qui ne laissent place à aucune équivoque.

Valeur et rendement de travail

II faut espérer qu'avec des clauses aussi soigneusement réglées et une organisation aussi sérieuse, l'immigration polonaise, assez hésitante à ses débuts, va prendre une allure décisive. Elle nous apporterait un important contingent d'ouvriers d’une race sympathique à la nôtre et, permettant la continuation de la vie de famille, elle réduirait peut-être au minimum les inconvénients inhérents aux migrations temporaires.

Sur la valeur de ces ouvriers, sans doute, il est encore prématuré de porter des conclusions bien nettes. L'œuvre qu'ils ont accomplie chez nos voisins, dans ces vraies « casernes allemandes où ils se sont signalés par leur endurance et leur discipline », plaide évidemment en leur faveur. Réussiront-ils aussi bien chez nous où les conditions de la culture sont fort différentes ? IL serait téméraire de l’affirmer, mais il serait encore plus injuste de conclure, de quelques échecs initiaux, à un défaut d'adaptation essentiel. Le recrutement, parfait chez nos voisins de l'Est et leur apportant un contingent d'ouvriers agricoles nettement spécialisé, n’a, paraît-il, pas été

accompli jusqu’à présent avec la même méthode pour notre pays, les premiers apports qui nous ont été faits comprenant bien des éléments insuffisants, recueillis à la hâte. Et aussi, on a pu le voir, la direction du mouvement apparaissait-elle éparpillée et pas toujours heureusement inspirée. L'institution d’un organisme unique mais fort va sans doute changer la face des choses.

Deux grands obstacles apparaissent tout d'abord : la question religieuse, — et elle paraît aujourd'hui réglée, — et la question de la langue. Ignorant absolument le français, l’ouvrier polonais se trouve isolé au milieu des campagnes françaises ; et c’est pour cela que les essais qui ont été faits jusqu'à présent, pour les employer individuellement, ont tout à fait échoué; le mal du pays les prend rapidement, et c'est sans doute à cette cause qu'il faut attribuer leur facilité à rompre leurs contrats, que leur ont reprochée un grand nombre d'agriculteurs. Les clauses très précises prévues par {a Polonia diminueront sans doute ces défections. Il faut remarquer aussi que, dans certains départements, comme la Côte-d'Or, dominent les moyennes exploitations, n'occupant qu'un ou deux ouvriers. Le patron de ces exploitations hésite à prendre un ouvrier étranger et ne le prend qu'à contre-cœur, embarrassé luimême, dans les ordres et les rapports de travaux,

de la peine qu'il a à se faire comprendre de son subordonné.

Le Congrès de Dijon avait rédigé un magnifique et très détaillé questionnaire. D’après les spécimens des plus intéressantes réponses qu'il publie, il ne semble pas que la question de l’immigration des ouvriers étrangers ait beaucoup intéressé les indigènes questionnés. Sur trois de ces réponses qui parlent des Polonais, la première est favorable, la seconde hésitante, et la troisième hostile.

De Villy-le-Moutiers, dans le canton du fameux cru de Nuits-Saint-Georges, on signale « 20 étrangers venus comme domestiques et on en désire vivement d’autres ». De Brognon, canton de Dijon-Est, on avoue que « le manque de main-d'œuvre fait désirer les étrangers, mais qu’en même temps on craint leur concurrence ». Enfin de Beurizot, dans l'Auxois, on déclare nettement « qu’un essai de Polonais n'a pas donné de bons résultats ; qu’ils ont hâte de retourner dans leur pays ». Ce sont probablement les habitants de Brognon dont l'hésitation marque le mieux l’état actuel respectif de ceux qui cherchent des ouvriers et des étrangers qu’ils essaient.

Il faut attendre l’accoutumance et l’espérer, surtout si les Polonais reçoivent dans nos campagnes l’accueil auquel ils ont droit, ce qui, malheureusement, ne paraît pas avoir été tout à fait la règle dans les

débuts. M. Numa Raflin signale à ce propos des faits très regrettables, des ouvriers traités matériellement comme un véritable bétail et même brutalisés. Il faut espérer qu’on ne reverra plus ces scènes pénibles. Les Polonais sont bien moins difficiles que leurs camarades français au point de vue de la nourriture et du couchage, mais il ne faudrait pas en abuser.

Mlle Ildwige de Chmiclewska, au Congrès de Dijon, ayant interrogé plusieurs de ses compatriotes sur place, disait :

« Mais il faut avoir pour eux des égards, sans quoi il y a un mécontentement réciproque qui explique les plaintes qui se sont produites parfois. Ceci n’arriverait pas si on traitait ces gens avec bonté, et non comme des bêtes de somme appelées à produire le plus possible. Le Polonais, comme le Français, demande à être élevé et non abaissé. »

Et elle disait encore :

« Les Polonais ont beaucoup d’affinité avec la race française : gaieté, générosité leur sont communes, et beaucoup d’autres points aussi. Ce qui leur manque ici pour rendre au pays les services qu’ils pourraient rendre, c’est d’abord la connaissance de la langue française, ensuite leur isolement au milieu de populations étrangères.

€ Il faudrait donc d'abord les réunir autant que possible dans les localités voisines, ce qui leur per-

mettrait de se soutenir mutuellement, ensuite leur faciliter l'étude de la langue, en un mot les grouper en syndicat. Alors, ils pourraient, étant de très bons ouvriers agricoles, rendre à votre pays les services qu'on attend d’eux.

« Un syndicat semblable, présidé par un Français, leur ferait faire rapidement l'apprentissage des méthodes françaises, ce qui leur serait facile, étant donné leur amour du sol. »

Il faut noter du reste que la différence de langue n’est peut-être pas aussi terrible qu'elle le paraît au premier abord; on a remarqué, contrairement aux prévisions, que bien des Polonais se familiarisaient assez vite avec la langue française (1). Le travail par escouades sera du reste sans doute toujours le plus pratiqué, et il atténue beaucoup, s'il ne les supprime complètement, les chances de la nostalgie du sol natal, qui leur est familière.

Le vœu émis par Mlle Chmiclewska était conforme à celui de M. Montenot de grouper les Polonais en village, vœu auquel s’associait, malgré quelques réserves, le rapport final de M. Germain-Martin, Professeur à la Faculté de Droit de Dijon :

« La Côte-d'Or compte deux cents recrues. Ils y res-

(x) Les Polonais ont une grande facilité pour apprendre les langues étrangères : on s’en aperçoit en observant avec quelle rapi-

dité les étudiants et les étudiantes polonaises, nombreux à Paris, se familiarisent avec notre langue.

tent stationnaires. M. Montenot indique qu’il y aurait lieu de prendre certaines mesures pour augmenter leur contingent : grouper ces Polonais en villages. Ils auraient ainsi la possibilité de créer des liens d'amitié qui les rendraient plus sociables et les attacheraient au pays. Mais la nature fait surgir, dans certaines régions, des obstacles. En Morvan, elle impose la culture par fermes isolées, ce qui exclut toute idée de groupement. »

M. Montenot, appréciant d’autre part le caractère facile, consciencieux, des ouvriers qu'il avait- vu employer, ajoutait que l’accoutumance nécessaire devait se faire non seulement en les groupant pour combattre les effets de l'isolement, mais en prolongeant le contrat au-delà d’un an, période jugée par lui trop courte pour apprendre à cet ouvrier de bonne volonté, mais qui ne sait presque rien de la culture, le maniement des outils et des bêtes, attendu qu’à ses débuts on est obligé de le réduire au rôle de chargeur de fumier ou de piocheur de betteraves. Les paroles du rapport de M. Germain-Martin appuyant cette manière de voir furent vivement approuvées par les applaudissements du Congrès.

En somme, des appréciations très contradictoires émises jusqu’à présent par ses employeurs, il faut retenir que l’ouvrier polonais est intelligent, qu'il s'adapte facilement aux nouvelles méthodes de cul-

ture, et se montre apte aux travaux les plus divers (le bûcheronnage de la Côte-d'Or, par exemple, encore que l’expérience ne soit pas décisive); qu'il est assez lent, mais laborieux; que, de caractère doux et un peu passif, mais assez méfiant, il est discipliné et facile à conduire, lorsqu'on sait s'y prendre. Les qualités semblent dépasser beaucoup les défauts, et ceux-ci résultent peut-être en partie de la connaissance imparfaite que nos cultivateurs ont encore de son caractère. Ce qui semblerait le prouver, c’est que les agriculteurs lorrains, qui ont reçu le premier courant de son immigration et qui ont eu déjà le loisir de l’étudier et de se rendre compte de sa valeur, sont unanimes à s’en déclarer satis-

faits.

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