‹ Les Migrations temporaires dans les Campagnes françaisesChapitre 16 sur 21 · Flandre et Départements du Nord · texte numérisé non relu

Flandre et Départements du Nord

Ici nous retrouvons, commeéléments étrangers, les Belges et les Polonais. On vient de voir dans quelle mesure, plus faible encore que pour l'Ile-de-France, les seconds y ont fait leur apparition ; M. Raflin, dont la statistique paraît établie sur des bases très larges, constate, pour cette région, leur venue seulement dans deux départements : les Ardennes et la Somme. Il n’y a donc pas lieu d’insister, pour le moment, sur ce point.

Restent les Belges, qui sont au contraire très nombreux, plus nombreux même que dans l’Ile-de- France, car il ne s’agit pas seulement ici d’une immigration industrielle, et le phénomène ne se présente plus seulement sous la forme d’exodes saisonniers, mais sous celle très particulière et très curieuse de passages quotidiens de la frontière. En dehors des caractères généraux que nous avons étudiés suflisamment pour ne pas avoir à y revenir, il nous reste donc à examiner, en ce qui concerne nos voisins, certains détails particuliers à la région du Nord.

Particularités des migrations belges dans le Nord.

Nous n'avons qu'à noter, en passant, l’immigration définitive des Belges en France. Nous avons déjà vu que l'on évaluait à 30.000 personnes la colonie belge de Paris; dans les départements du Nord, du Pas-de-Calais et des Ardennes, on trouve un nombre considérable d’entre eux. M. Ringelmann n'évalue pas à moins de 480.000 le nombre total des immigrants de ce pays chez nous et estime que ce chiffre, qui ne représente pas moins de la 13° partie de sa population totale, se répartit pour les deux tiers

(x) Bulletin d'encouragement pour l’industrie nationale, octobre 1910, janvier et juin 1910. Étude déjà citée.

dans ces trois départements. Beaucoup se marient dans leur nouveau pays d'adoption et se font naturaliser, mais un certain nombre d’entre eux conservent leur nationalité d’origine, d'autant plus que le Belge est très fier de l'importance prise par sa petite patrie et, par tempérament, très particulariste.

Si l’on considère que ces indications statistiques ne concernent absolument que les Belges fixés en France, et ne tiennent aucun compte des émigrants temporaires dont l’exode n’est susceptible que d’évaluations très approximatives, on est frappé immédiatement de la grandeur de l’appoint apporté par la Belgique à notre population décroissante.

Si l’on se place au point de vue de ce dernier pays, on constate pourtant que ce mouvement vers la France ne représente encore qu’une fraction, la plus nombreuse il est vrai, de l’exode de ses habitants. D'autres courants, composés surtout de briquetiers, se dirigent vers l’Allemagne et vers d'autres pays plus lointains ; on en rencontre jusque dans le nord de l'Espagne.

Pour revenir en France, nous trouvons à notre frontière une migration très particulière pour laquelle, à cause de sa nature, il est impossible de fixer aucun chifire, mais qui certainement s'applique à un grand nombre de travailleurs. Ce sont pour la plupart des ouvriers industriels employés dans les gran-

des usines ou dans les briqueteries des départements du Nord et du Pas-de-Calais, mais on y remarque également un certain nombre d'hommes employés à la culture, spécialement à la culture des. betteraves. Ils usent des très grandes facilités que leur procurent les chemins de fer belges pour venir passer leur journée en France et rentrer chaque soir chez eux, leur besogne terminée; d’autres viennent chez nous toute la semaine, retournent passer leur dimanche en famille et reviennent le lundi.

A cette époque surtout de raréfaction extrême de la main-d'œuvre forestière, une migration locale très curieuse, particulièrement observée par le socialiste Vandervelde, doit être notée. C’est celle des bûcherons sabotiers du Luxembourg belge. Dans certaines communes de cette province, les terres arables sont rares, les habitants n'ont d'autre ressource que le travail du bois qui, chez eux, ne suffit pas à les faire vivre. Aussi vont-ils passer la plus grande partie de l'année hors de leurs foyers. En juin, tous les hommes valides s’en vont de l’autre côté de la frontière, dans la forêt française de Fumay ou de Charleville, où ils s'installent en des huttes de terre et de branchages, et, tout en remplissant l'office de bûcherons, ils s'occupent à fabriquer des sabots. Ils reviennent chez eux en juillet pour la fenaison et retournent en août moissonner en France. Jadis toute la

famille émigrait, sauf la mère, qui gardait la maison. Actuellement le bien-être s’est un peu accru, et le bétail, ce signe sensible de l'aisance du cultivateur, a fait son apparition, en plus ou moins grand nombre, mais très généralement dans les diverses demeures; aussi les hommes s'expatrient-ils seuls, et les fils restent au logis pour aider leur mère à soigner les animaux.

Sauî ces quelques observations, les migrations des Belges dans le nord de la France ne diflèrent pas sensiblement de celles que nous avons déjà eu loccasion d'étudier, en examinant leur passage dans les autres régions.

Tels sont les faits, autant qu'il est possible de les saisir et de les apprécier. La fluidité qui est comme l'essence du phénomène, sur lequel nous devons maintenant conclure, empêche d’en faire une analyse rigoureuse : NOUS AVONS VU que, pour ce qui Concerne par exemple les Polonais, les appréciations numériques des rapports les plus compétents et les mieux renseignés sont vagues et ne concordent pas toujours.

Ce que nous avons ainsi groupé d'indications nous suftit pourtant à déduire les conséquences et à tenter des conclusions.

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