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LES MODES PRINCIPAUX DE MIGRATION TEMPORAIRE

L'analyse des origines et des causes nous facilite la délimitation de ces différents modes.

Et tout d'abord, nous laissons de côté, pour mémoire, les migrations temporaires individuelles éparpillées.

Par exemple, il existe dans certains pays une institution traditionnelle excellente, qui tend à disparaitre, et qui se retrouve sous le nom de borderies en Basse-Champagne et en Poitou, et sous le nom de closeries en Bretagne. Elle consistait en ce fait : l’ouvrier agricole louait, pour un prix à payer en journées de travail, une maison et un jardin, qui se trouvaient aménagés à peu de distance de la ferme. Quel intérêt avait le fermier à avoir ce locataire ? Précisément l'intérêt de trouver sous sa main un ouvrier agricole à bon compte, — puisqu’une partie de ses journées comme représentant la location n’était pas payée en argent — et même plusieurs

aides s’il avait des enfants, aux moments des grands travaux. Quel intérêt avait cet homme à louer ainsi ? C'était en général un homme pauvre, qui trouvait là d’abord un loyer minime puis la possibilité d'élever une famille à bon marché avec les légumes du petit jardin — qu'il cultivait aux jours de chômage — avec les œufs et la vente des volailles, le lait d’une chèvre et la vente des chevreaux, enfin les facilités d'obtenir du fermier le sac de blé à très bon compte, qu’il faisait moudre, et avec la farine duquel il faisait luimême son pain. Généralement, à cause de la facilité du présent et en prévision de l’avenir où la vieillesse sans argent aurait besoin d’aide, le ménage ainsi établi avait beaucoup d'enfants. C'étaient des pépinières de bons et durs ouvriers pour l’agriculture et le meilleur moyen pour le fermier, ayant quelques maisons de ce genre sur ses terres, de s'assurer, toute prête à sa portée, une réserve de bras. Cette institution, en prévenant l’immigration étrangère et en assurant à des gens très pauvres le moyen d'élever sainement une nombreuse famille, était peut-être un des moyens les meilleurs d'enrayer la dépopulation rurale. J’ai vu en Poitou les fermiers, mal instruits de leurs véritables besoins, ne pas s'inquiéter de €es borderies et les laisser démolir par les propriétaires, sous prétexte que les chèvres de ces malheureux mangeaient les haies! Quoi qu'il en soit, ces bordiers

et closiers tendent à disparaître par suite de la suppression des borderies et closeries. Ceux qui restent sont bien des migrateurs temporaires. L'été au moment des fauches, des moissons, des batteries, ils se louent au fermier, et l’hiver ils doivent se débrouiller pour se placer, soit comme domestiques, soit comme ouvriers, parois très loin deleurs foyers, n’y rentrant que le samedi soir, pour en repartir le lundi matin, avant le lever du jour. Mais cette forme rudimentaire d'émigration isolée ne mérite que d'étre notée, et, au surplus, encore une fois, elle tend à disparaitre.

La migration groupée seule est saisissable et caractérisée suffisamment pour prêter à une analyse et à quelques synthèses. Elle peut revêtir plusieurs formes, soit au point de vue de la durée de migration, soit au point de vue de l’époque, soit au point de vue de ses foyers d'attractions, soit au point de vue de ses sources principales.

Les durées et les époques font partie des détails caractéristiques, propres à chaque migration et que nous étudierons à propos de chacune d'elles.

Le classement des foyers d'attractions permet seul un plan rationnel.

Pour étudier le phénomène suivant ses sources, il faudrait se placer au point de vue international en le limitant, prendre par exemple toute la migration

38 LES MIGRATIONS TEMPORRIRES

Belge dans ce qui en vient vers la France, toute la migration de Pologne vers la France : mais il nous faudrait, pour chacune, l’étudier en observation éparpillée, pour autant qu’elle s’éparpille sur notre territoire, et il en serait ainsi même de migrations interprovinciales, comme celle des Bretons qui se répand sur un rayon d'au moins trois cents kilomètres, du sud de la Beauce au nord de l'Ile-de-France et même de la Picardie.

De même que nous circonscrivons notre étude aux limites territoriales de la France, nous en circonscrivons les différentes parties dans les limites territoriales des diflérentes régions, et comme l’ensemble de la France importe plus qu’il n’exporte en maind'œuvre, nous classerons les régions par foyers d'attractions suivant leurs distributions géographiques.

Il est cependant, et au point de vue des modes de migrations et au point de vue des conclusions difiérentes, un départ essentiel à faire entre la migration d'origine étrangère et la migration d’origine française : cette dernière est, nous l’avons vu, relativement récente, l'autre est ancienne; nous aurons à juger différemment de l'une et de l’autre, en appréciation et en conclusion.

1°Migrations temporaires, interprovinciales, c’est-à-

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dire de campagnes françaises à campagnes françaises, et le fait étant examiné successivement dans toutes les principales régions qui attirent vers elles la maind'œuvre manquante ;

2° Migrations temporaires internationales, c’est-àdire de campagnes étrangères à campagnes françaises, et le fait étant décomposé aussi en autant d’études qu’il y a de provinces qui sollicitent cette aide de l’étranger ;

Tels sont les deux aspects du phénomène, traités chacun suivant les différents foyers d'attractions, et nous donnant le double plan à suivre.

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