‹ Les milices et les troupes provincialesChapitre 13 sur 41 · VÉGÈCE, I · texte numérisé non relu

VÉGÈCE, I

* Observations sur les régiments provinciaux et grenadiers royaux, — Cette brochure, publiée sous le voUe de l'anonyme et sans date, a été rédigée par de Mariol, capitaine de grenadiers royaux., et éditée en 1773.

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Pendant la paix, les milices ne sont assemblées que huit jours par an. Une seule année, -en 1727, elles vont pendant près de six mois tenir garnison dans les places.

Si la guerre survenait, les bataillons étaient destinés à la garde des frontières et des côtes. Mais le recrutement par enrôlement en usage sous l'ancien régime ne pouvait alors que s'opérer difiScilement. Aussi, dès 1734, les milices ont-elles un double rôle : garde des places et dépôt de recrues pour les armées belligérantes; même des régiments suivent l'armée d'Italie et tiennent garnison au delà des Alpes.

Pendant la guerre de la Succession d'Autriche, les milices sont h la fois troupes de forteresse et bataillons actifs. 15 bataillons passent en Bohême, d'autres en Bavière, et font campagne comme les troupes réglées; mais ces bataillons doivent être incorporés. Ce n'est que pour détourner l'attention des miliciens sur leur véritable destination que l'on procède ainsi.

liCs bataillons de forteresse sont dépaysés. On les place hors du lieu de leur origine; quelquefois même, des bataillons de la même province servent sur plusieurs points du territoire éloignés les uns des autres. Peut-être le bien du service s'en ressentait-il? La Villeurnoy, cependant, dans son inspection de 1788- 1760, constata que les bataillons deBéziers, de Brioude* d'Anduze, cantonnés en Alsace, souffraient beaucoup de l'éloignement.

12 bataillons prennent, à dater de 1745, une part active aux opérations de l'armée de Flandre. Ce sont les brigades qui se distinguèrent à Berg-op Zoom.

Dès l'automne de 1756, des bataillons sont envoyés dans les places. A l'ouverture de la campagne de 1757, le maréchal d'Estrées. sollicite des recrues de milice. Pour accorder au vainqueur d'Hasteenbeck ce qu'il demande, la Cour use de subterfuges. Elle savait que « ces opérations faisaient plus de mal à l'État que le canon de l'ennemi; » que les miliciens voulaient bien faire campagne, mais qu'ils avaient horreur de servir de recrues, maltraités qu'ils étaient par leurs nouveaux officiers, dont la bourse n'était pas intéressée a en prendre soin.

On constitue des bataillons « de marche. » Pour tous, pour les miliciens surtout, ces troupes doivent uniquement servir à tenir garnisoti dans les places de communication de l'armée. Le ministre recommande au maréchal d'Estrées le secret le plus absolu

sur la destination future des milices mises à sa disposition; le ma. réchal ne s'en doit même pas ouvrir à l'intendant de l'armée. Aussi, on trompe les miliciens par la campagne de 1757, et en 1738 on les incorpore. Prétexte est pris en août 1758 de renforcer la garnison d'Hanau; on y envoie à cet effet le bataillon de Corbeil. On Tincorpore également. Afin de cacher les incorporations que Ton est dans Tintention d'opérer, en 1757 on augmente fallacieusement l'effectif des compagnies.

Mais les services qu'avaient rendus les bataillons cantonnés sur les communications de l'armée, firent qu'à dater de 1758 on envoya à cet effet outre-Rhin une quinzaine de bataillons. De ces bataillons, un certain nombre servent activement, à dater de 1760, les uns avec Tartillerie, les autres à la suite de l'élat-major pour ouvrir les marches. Ainsi, pendant la guerre de Sept ans, le service primitivement assigné aux bataillons de milices est modifié. Ces troupes deviennent à la fois garde des frontières, dépôts de recrues, bataillons actifs et bataillons de garnison dans les places ennemies occupées.

Pendant celte même guerre, le mode de recrutement des milices est modifié aussi. Il n'est plus tiré au sort à dater de 1759; on enrôle volontairement. Même à la paix, après avoir songé à remettre le tirage en vigueur, on continua ce système (ordonnance du 1er février 1763).

L'institution des grenadiers royaux rendit de grands services. Les soldats étaient valeureux; les officiers étaient bons. Cependant, on leur reprochait de se rouiller durant la paix. En campagne, il est vrai, leur courage rachetait les défauts de leur instruction militaire *. On ne relève de retenues illégales sur les hommes de troupe que dans le régiment de La Tresne en 1759. Quant aux grenadiers, ils sont « bien ameutés, exercés et disciplinés. » Le comte de La Serre, dans son inspection de mai

* Le marquis de Saint-Pern, après son inspection de 4757, rendit les témoignages les plus avantageux des bons services des régiments de grenadiers royaux de l'armée du Rhin et demanda pour eux une augmentation de traitement.

Il fut décidé alors qu'à la fin de chaque campagne, une gratification de 300 livres serait donnée à chaque capitaine de grenadiers royaux, et une de 200 livres aux capitaines de grenadiers postiches.

1760, note le régiment de Méhégan « d'une espèce d'hommes supérieurs à toute Tinfanterie et très en état de faire la guerre. »

On ne s'arrêtera pas à la grande objection que l'on faisait au tirage au sort : le dépeuplement des campagnes. Elle est d'ordre purement économique. « Le tirage des soldats provinciaux n'est préjudiciable que par la façon dont on y procède*.» « La somme de ces abus qui naissoient de la forme arbitraire et souvent despotique dont se faisoient les levées de la milice, occasionnoit, surtout ^ux peuples de la campagne, une surcharge trop forte et leur inspiroit une frayeur qui en faisoit fuir les jeunes gens «. »

C'était, du reste, Tavis des militaires. Rien ne prouve qu'alors, comme aujourd'hui, l'appât d'une vie plus facile n'attirait pas les paysans dans les villes autant que l'effroi du tirage au sort* Maintenant que tous, citadins et villageois, sont soumis aux mêmes obligations, les villes ne se peuplent-elles pas aux dépens des campagnes?

* Observatiom sur les régiments provinciaux et grenadiers royaux, déjà citées.

* OrdonnaDce du 19 octobre i773, préambule.

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