‹ Les milices et les troupes provincialesChapitre 18 sur 41 · BATAILLONS DE GARNISON · texte numérisé non relu

BATAILLONS DE GARNISON

Leur composition. — Commandants de bataillon. — Uniforme. — Service.— Régiment de garnison du Roi. ^ Sa 1'^ compagnie de grenadiers à Saint- Denis. — Mise sur pied des bataillons de Flandre et d'Artois en 1779, et de Saintonge en 1782. — Ils restent assemblés jnsqu*en 1783. — La frégate r Artésienne, — Recrues pour la marine. -^ Elles sont volontaires. -~ Avantages qui leur sont octroyés. — Légion de Luxembourg. — Marmont.

79 des anciens bataillons et le bataillon de supplément levé dans les généralités d'Auch et de Bayonne forment 80 bataillons, dits de garnison. On les attache chacun à un régiment d'infanterie française dont ils portent le nom, et autant que possible au régiment sous le nom de la province qui fournissait les soldats des bataillons de garnison. Des 3 bataillons de l'ex-régiment provincial de Bordeaux, l'un constitue le bataillon de garnison de Guyenne; l'autre, d'Aquitaine; le troisième, .de Médoc; les bataillons de garnison de Flandre et d'Artois sont fournis par le régiment provincial d'Arras, etc.

L'officier placé à la tête d'un bataillon de garnison a le simple titre de commandant de bataillon. Tous les commandants de bataillon sont au moins lieutenants-colonels. A ceuxîqui n'étaient pas titulaires de ce grade, on en accorde la commission le 22 janvier 1779. La solde du commandant de bataillon était de 1600 livres par an*, plus une indemnité de frais de bureau et de ports de lettres fixée à 120 livres.

Chaque bataillon a son drapeau, confié à un porte-drapeau.

Les bataillons de garnison se distinguent des autres troupes provinciales par les boutons de l'uniforme. Ils sont blancs, unis et timbrés du numéro du régiment d'infanterie auxquels on les affecte. Comme ceux des régiments provinciaux d'artillerie et d'état-major, les drapeaux des bataillons de garnison portent

* 4 livres 8 sous iO deniers 2 tiers par jour.

-dedans le carré supérieur et extérieur les dessins et couleurs des drapeaux du régiment du même nom; c'est dire que, bien que les régiments provinciaux fussent dissous, les divers bataillons qui les composaient en conservent les drapeaux.

En temps de guerre, les batailloild de garnison sont particulièrement destinés à garder les places et les frontières. Ils servent de dépôt à leurs régiments respectifs pour tous les objets d'entretien et de réparation, ainsi que pour y recevoir, faire et exercer les recrues.

Après l'assemblée de 1778 pour la formation des corps, on ne doit plus réunir les bataillons de garnison « que dans le cas où la défense du royaume pourroit l'exiger. » Seuls^ les officiers, sergents et caporaux, tant des régiments provinciaux que des bataillons de garnison, sont tenus de se rendre à rassemblée des compagnies de grenadiers royaux et d'assister aux manœuvres. Ils ont également à faire des recrues et à les exercer, pour les faire passer ensuite au régiment auquel ils sont attachés.

Dès le 7 mai 1778, des modifications furent apportées dans la répartition des bataillons de garnison. D'abord, on dispensa la généralité d'Âuch de la levée du bataillon d'augmentation, et ce bataillon fut imposé au Poitou. Le régiment d'infanterie du Roi étant composé de 4 bataillons, deux bataillons de garnison lui avaient été attachés. On réunit ces bataillons pour former le régiment de garnison du Roi.

L'état-major comprend 1 colonel, 2 commandants de bataillon lieutenants-colonels, et 1 major* L'uniforme du corps reste celui des autres troupes provinciales, sauf des pointes de doublure de serge bleue pour les retroussis de l'habit, et le bouton, qui est de même forme, même métal et même couleur que ceux du régi* ment du.Roi.

Le régiment de garnison du Roi détache sa 1'® compagnie de grenadiers à Saint-Denis pour y garder les casernes.

On mit sur pied, en 1779, les bataillons de garnison de Flandre et d'Artois. Le 1^^ mars 1782, ordre de s'assembler fut donné au bataillon de Saintonge pour aller tenir garnison à l'île d'Aix, afin de travailler aux fortifications de Pîle et à la garde des batteries. Pour ce service, 500 hommes avaient précédemment été

tirés des compagnies de gardes-côtes du Poitou» de TÂunis et de la Saintonge. On les fit rentrer chez eux. « Les paroisses maritimes, dit un mémoire, déjà épuisées de sujets par les matelots classés qui en ont été tirés depuis la guerre, se trouvent hors d'état de continuer à fournir ce service, qui achèveroit de leur enlever le reste de leurs cultivateurs. Il existe dans les paroisses une si grande disette de sujets, que des fermes considérables sont abandonnées à des valets, que les femmes et les enfants des journaliers qui ont été forcés de marcher sont réduits à la mendicité, que les vignes sont restées en friche, et que la moitié des récoltes ont été perdues faute de bras pour les recueillir*. »

Les bataillons de Flandre, d'Artois et de Saintonge restèrent sur pied jusqu'en 1783. Les deux premiers furent dissous le 11 mai; on licencia le bataillon de Saintonge le 13.

Pendant la guerre d'Amérique, les troupes provinciales fournirent également des recrues. Les États d'Artois obtinrent, le 11 décembre 1779, l'autorisation de tirer des bataillons de garnison de Flandre et d'Artois un détachement de 80 hommes pour monter la frégate U Artésienne^ que les États avaient ftiit construire à Lorient pour la course contre les Anglais.

Aux ordres d'un capitaine, un lieutenant et un lieutenant en second, ces hommes devaient tous être volontaires. Le choix s'en fit indistinctement parmi grenadiers et fusiliers. On les réunit à la citadelle d'Arras pour les mener de là à Lorient. Le détachement fut placé par les États sous le commandement du chevalier de Dion, capitaine au bataillon d'Artois; d'Hénin, lieutenant aux grenadiers royaux de la Picardie, et de Wancquelin, lieutenant en second au bataillon de Flandre.

Pour le service de la flotte, le maréchal de Castries, ministre de la marine, avait fait faire dans les paroisses gardes-côtes une levée de 11,500 hommes. L'opération ne réussit pas. On n'eut que 6,000 recrues. Le maréchal alors demanda des soldats provinciaux. Une ordonnance du 17 février 1782 lui accorda 3,392 hommes.

^ Mémoire au roi du 1*' mars 1782.

Dans les quatre compagnies de fusiliers de chaque bataillon de troupes provinciales, les intendants des provinces choisissent à cet effet 32 hommes de bonne volonté, âgés de 18 à 24 ans. Ils ont ordre de faire rendre les soldats provinciaux au chef-lieu de la subdélégation, pour recevoir la déclaration des hommes qui désireraient servir dans la marine. La recrue n'y doit que le temps qui lui restait à faire dans la milice.

Tout enrôlé reçoit 12 livres de gratification au moment de la déclaration, pareille somme à l'arrivée au port destinataire, et, avant de partir du quartier d'assemblée, 24 livres, à titre de deux mois de solde d'avance. Â chaque renouvellement de campagne, il a droit à une gratification de 30 livres, portée à 42 s'il la fait sans retourner chez lui.

Du jour de l'arrivée dans les ports jusqu'à celui du licenciement, la solde mensuelle est de 12 livres. On promet une augmentation h la deuxième campagne. Les « matelots provinciaux » ont mêmes rations que les autres matelots, tant dans les ports que sur les vaisseaux. On fait au débarquement le décompte de la solde et de la part des prises.

Les hommes qui seraient blessés auront, leur vie durant, droit à une demi-solde proportionnée à leur état et au nombre de leurs campagnes.

Le maréchal de Castries n'avait demandé que 28 hommes. On porta le chiffre à 32 pour combler de suite les déficits qui se pourraient produire en route. Toutes recrues doivent être volontaires, mais les intendants ont mission de prendre de préférence les substitués ou les hommes dont le temps de service avait été prolongé pour contraventions à l'ordonnance du 1*^ décembre 1774.

Le prince de Luxembourg (Anne-Paul-Emmanuel-Sigismond de Montmorency) avait été autorisé, le l®'* octobre 1780, à lever un corps de volontaires pour le service de la compagnie hollandaise des Indes orientales, à destination de Ceylan.

L'ordonnance de création du corps ne parle pas de la levée des hommes; mais dans la composition durent entrer des soldats provinciaux. En effet, on laissa en subsistance à Granville, du 17 janvier au 4 février 1781, réformés qu'ils étaient du corps (alors légion), 112 hommes du régiment de Mantes (2« bataillon

du régiment de garnison du Roi et bataillon de garnison de Chartres).

Ce dernier bataillon comptait en 1790, parmi ses sous-lieutetenants, Auguste-Louis-Frédéric Viesse de Marmont, mort maréchal de France et duc de Raguse.

Lasalle, chef du bataillon de Vermandois, fat le premier commandant de la garde nationale de Paris le 13 juillet 1789*; le chevalier de Murât (Michel-Hubert-Louis), commandant du bataillon d'Anjou, remplit les fonctions de général des galères de Malte en 1785.

GRENADIERS ROYAUX (1778-1790)

Huit régiments. ^ Uniforme et épaulettes. — Petit équipement. — Service.

— Rétablissement des treize régiments le 8 avril 1779. — Leurs dénomi- . nations. — État-major. — Solde. — Épaulettes distinctives. — Officiers de

Tétat-major. — Mise sur pied de cinq régiments en 1779, de 4 en 1781, et de 3 autres en 1782. — Seul, le régiment de l'Ile-de-France n'est pas convoqué. — Les régiments demeurent rassemblés jusqu*au printemps de 1783.

— Tous les régiments réunis en novembre 1784.

Les régiments de grenadiers royaux sont rétablis le 1«' mars 1778, au nombre de huit de 10 compagnies chacun. Le régiment de la Toaraine devient régiment de la Normandie. On supprime les régiments du Dauphiné, du Soissonnois, de TOrléanois et du Comté de Bourgogne. Les compagnies de grenadiers des bataillons de garnison entrent seules dans la composition des régiments de grenadiers royaux. On ne les doit former en régiments qu'au moment d'une entrée en campagne; aussi, le roi se réservait-il « de nommer, en temps de guerre seulement, les officiers de l'étal-major. »

Les grenadiers conservent les boutons de 1771. Entre eux, les

i Marquis de Lasalle (Adrien-Nicolas), né en 1735. — Lieutenant en second au régiment du Roi le 26 avril 1750; commandant du bataillon de Vermandois le 10 mai 1778; démissionnaire le 15 juin 1787; maréchal de camp le i«' mars 1791. Décédé en 1818.

Lasalle commanda les vétérans de la garde du Directoire.

régiments se reconnaissent toujours par une épaulette distinctive : Grenadiers royaux de la Normandie, noire; Guyenne, rouge et bleue; Poitou, garance; Ile-de-France, bleue; Bretagne, violette; Lorraine, aurore ; Artois, verte ; Languedoc, rouge et noire.

A chaque grenadier, les paroisses fournissent un chapeau, une veste, une paire de souliers, de guêtres et de chemises, un col noir, un ruban de queue et un havresac^ Après rassemblée, chapeaux, vestes, guêtres et havresacs sont remis en magasin. En outre, le grenadier doit recevoir annuellement de sa paroisse une paire de souliers, une chemise, un col noir et un ruban de queue, au moment de joindre le quartier d'assemblée.

Seuls des troupes provinciales, les grenadiers royaux sont tous les ans assemblées pendant un mois, à l'effet de les exercer et de s'assurer que tous les hommes ont les qualités requises; sinon, les compagnies doivent demeurer incomplètes.

Le 8 avril 1779, le nombre des régiments de grenadiers royaux est augmenté et leur composition modifiée. Entrent dans leur formation, les compagnies de grenadiers de toutes les troupes provinciales, à l'exception du régiment de Paris. . Les régiments, de deux bataillons de 4 compagnies chacun, portent les noms de Picardie, Champagne, Normandie, Guyenne, Lyonnois, Touraine, Ile-de-France, Orléanois, Bretagne, Lorraine, Languedoc, Comté de Bourgogne et Quercy.

La composition comme cadres et effectifs reste celle de 1778. Un colonel, un lieutenant-colonel, un major, un quartier -mattre trésorier, forment l'état-major, qui, sur le pied de campagne, est augmenté d'un aumônier et d'un chirurgien-major.

Le quartier-maître excepté, les officiers de l'état-major perçoivent leur solde* toute l'année. Le major jouit en outre de

i On réduisit pour 1778 les fonmitares à un chapeau, une paire de souliers et de guêtres, un col noir et un ruban de queue.

* La solde quotidienne pendant rassemblée ou en garnison est Qxée à 8 livres 6 sous 8 deniers pour le colonel; 6 livres 11 sous 10 deniers t tiers pour le lieutenant-colonel; 5 Uvres 11 sous 1 denier 1 tiers pour le mftjor; 3 Uvres pour le quartier-maître ; 3 livres 6 sous 1 denier pour le chirurgienmajor ; 1 livre 13 sous 4 deniers pour l'aumônier^

S40 livreu h titre dé frais de bureati. Quflnt atix offieierftdes compagnies , ils ont droit aut appointements de 1778 pendant rassemblée, et à une gratification de deux mois de solde comme indemnité de voyage aller et retour.

Après rassemblée, les officiers de l'état-major vont pendant deux mois assister aux exercices et manœuvres des troupes dans une garnison à leur choix.

Dans l'uniforme, les boutons de tous les grenadiers reprennent lest deux numéros de rang autrefois prescrits.

L'épaulette distinctive du régiment de la Picardie est garance ; de la Champagne» bleue et blanche; de la Normandie, noire; de la Guyenne, rouge et bleue; du Lyonnois, violette et blanche; de la Touraine, rouge et verte; de rile-de*France, bleue; de rOrléaaois, verte; de la Bretagne, violette; de la Lorraine, aurore; du Languedoc, rouge et noire ; du Comté de Bourgogne, verte et blanche, et du Quercy, bleu céleste*

Ces dispositions furent maintenues par le règlement du 1»^ octobre 1786 sur l'habillement des troupes, qui donne la veste en drap aux grenadiers royaux* Celle des soldats provinciaux est en tricot»

Les nominations des officiers de l'état - major sont du 8 avril 1779, date de l'ordonnance constitutive des régiments.

Les noms saillants à signaler sont ceux de Mesnil-Durand, colonel du régiment de l'Ile-de-France ; de Valfort S lieutenantcolonel du régiment du Lyonnois. Le régiment de l*Ile-de-France reçoit pour major Joseph Servan ». Au nombre des sous-

i Valfort (Louis Silvestre, dit), né en 1727. —Soldat au régiment d'Annis le 6 novembre 1753 ; lieutenant le 22 juillet 1760 ; directeur des études à l'École militaire de Paris le 8 juin 1783; maréchal de camp le i«'mars 1791 ; pensionné le 19 juin 1793.

s Servan (Joseph), né en 1741. — Enseigne au régiment d'infanterie du Dauphin le 30 mars 1762 ; colonel du i07* d'infanterie le 7 mars 1792 ; maréchal de camp le 8 mai 1792 ; ministre de la guerre du 9 mai au 11 juin, et du 11 août au 6 octobre 1792 ; lieutenant général le 25 septembre 1792; général en chef de l'armée des Pyrénées en octobre 1 792 ; inspecteur en chef aux recrues le 10 mars 1803; retraité le 3 mai 1807. Décédé en 1808.

Le général Servan, qui a coUaboré à la partie militaire de VEneyelopédie méthùdiquef a laissé, entre autres ouvrages. Le ioldat citoyen, Paris, 1781, in-8®, et Hittoire des guerrei des Gaulois et des Français en Italie, eXc, Paris, 1805; 7 vol. in-8» avec atlas.

lieutenants des grenadiers royaux du Quercy, on remarque le futur maréchal Pérignon. Les généraux de division Etienne Gudin et Calterverd furent : l'un, major du régiment de la Normandie; le second, capitaine au régiment de l'Ile-de-France.

En envoyant aux intendants, le 21 juin 1779, Tétat des officiers des compagnies de grenadiers royaux, le prince de Montbarey les invitait à informer les titulaires de leur destination, afin qu'ils se tinssent prêts à s'y rendre au premier ordre.

On mit, en efTet, sur pied, au mois de septembre, les régiments de la Champagne, de la Normandie, de la Picardie, de la Guyenne et de la Bretagne. Pour le mois de septembre 1781, on convoqua les régiments du Lyonnois, de la Lorraine, du Languedoc et du Comté *. Ils restent rassemblés.

Une circulaire du 6 juin 1782 prévint les colonels du rassemblement, pour le 25 juillet, des régiments de la Touraine, de rOrléanois «, du Quercy et de l'Ile-de-France «. En même temps, on prescrivit aux intendants, pour former les compagnies, de réunir les hommes qui en 1778 avaient fait partie des compagnies de grenadiers royaux, et les soldats provinciaux levés depuis 1777, ayant la taille de 5 pieds 3 pouces. Aucun milicien de la classe de 1777 ne devait être convoqué.

L'assemblée particulière des compagnies dure trois jours. Elle a pour but de choisir, habiller, équiper et armer les grenadiers. Les hommes non admis sont de suite renvoyés chez eux.

En août 1782, 12 régiments sur 13 étaient réunis. Ils ne furent licenciés qu'en 1783, et à diverses dates, parles soins d'ofciers généraux. Les régiments de la Normandie, de la Picardie et de la Bretagne sont dissous le 1®^ avril; celui du Languedoc est séparé le 10; Guyenne et Champagne sont renvoyés le 6 mai; on libère le régiment du Comté le 7 ; de l'Orléanois, le 8; de la Touraine, le 11 ; du Quercy, le 24 ; du Lyonnois, le l«r Juin et de la Lorraine, le 5.

Tous les régiments furent assemblés par ordre du 15 novembre 1784. Ce fut la dernière convocation dont on trouve trace.

i Ce régiment fit partie des troupes de TexpëditioD de Genève en i7S2.

> 11 fut employé aux travaux de La RocheUe.

' La mesure ne reçut pas d*exécution pour ce dernier corps.

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