‹ Les milices et les troupes provincialesChapitre 5 sur 41 · GUERRE DE L'ÉLECTION DE POLOGNE · texte numérisé non relu

GUERRE DE L'ÉLECTION DE POLOGNE

Assemblée et formation des bataillons. — Levée de 30 nouveaux bataiUons.— Les cotisations facultatives remplacées par une imposition obligatoire et des fournitures en nature. — Mobilisation de 74 des bataillons en 1733 et de tous les bataillons en 1734. — Formation de régiments. — Recrues pour l'armée d*ItaUe. — Maintien sous les drapeaux des classes de 1730 et 1731. — Rôle des milices pendant la guerre de TÉlection de Pologne. — Désarmement.

Auguste II était mort le l®' février 1733. Deux concurrents au trône de Sobieski se trouvèrent en présence ; Tancien roi Stanislas

Leczinski et Auguste III, électeur de Saxe. Deux partis à suivre se présentaient également : appuyer Stanislas ou faire accepter Auguste III aux Polonais en leur garantissant leurs libertés natio» nales. Suivre le premier parti, c'était la guerre. Plus politique et plus sage était le second. Ghauvelin fut seul à le soutenir et Villars, chef du parti de la guerre, l'emporta.

Aussi, lorsque le primat de Pologne eut réclamé la protection de la France, Louis XV déclara-t-il aux ambassadeurs étrangers, le 17 mars, qu'il maintiendrait la liberté de l'élection et que toute mesure de pression serait par lui' regardée comme une atteinte à la paix de l'Europe.

Dès le 24 mars, les intendants recevaient des ordres pour tenir les milices prêtes à s'assembler au mois de mai. Une nouvelle circulaire les avertit lo l*' mai de les faire assembler, et dix jours après Louis XY rendait une ordonnance à l'effet de les former en bataillons ^ Lel3 mai, on envoyait leurs drapeaux aux bataillons qui devaient marcher.

A mesure de l'arrivée des miliciens au lieu de rassemblement, on procéda à la formation des compagnies. Ceci fait, on nomma sergents, caporaux, anspessades et tambours, puis on réunit les compagnies en bataillons. Assemblés chaque jour pour faire l'exercice, ils devaient être fréquemment passés en revue par les commissaires des guerres. Ceux-ci ne pouvaient accorder aucun congé, fût-ce même « pour aller passer un jour ou deux dans la paroisse. »

La solde d'assemblée est payée du jour de l'arrivée au quartier jusqu'à celui de la séparation des bataillons. Comme en 1690, on établit une masse de 6 deniers d'augmentation par jour. Elle est destinée à entretenir les miliciens de linge et de chaussure. Le reliquat devait être partagé lors du départ des bataillons pour leurs provinces *.

1 Le bataillon reste à 6 compagnies, aux ordres d'un capitaine et de deux lieutenants ; l'un de ceux-ci doit être choisi dans la compagnie de cadets gentilshommes. Autant que possible, le premier capitaine du bataillon est un officier pourvu de la commission de lieutenant-colonel.

* Ordonnance du 13 août 1733.

La retenue des 4 deniers par livre s'exerce dorénavant sur la solde.

La guerre ayant été déclarée à TEmpereur le 10 octobre 1733, Berwick avait franchi le Rhin, et s'était, le 28, emparé de Kehl. Pavie avait envoyé ses clefs le 31 . Le canon tonnait au Sud comme àFEst.Aussi, lel2 novembre, création de 23 nouveaux bataillons*, effectif des bataillons porté à 684 hommes, et mise sur pied de 7 bataillons restant à lever de la création de 1726. Les commissions des commandants des bataillons d'augmentation furent datées du !•' janvier 1734.

Le manque de 7 bataillons provenait de ce que, dès 1727, la généralité d'Âuch avait été dispensée de la levée ^'un bataillon, et les provinces de Flandre et de Hainaut, de leurs deux bataillons (on en mit un sur pied en 1729, en conséquence de l'ordonnance du 29 janvier); que le Roussillon, qui devait fournir un bataillon, ne forma que 2 compagnies, et encore ne furentelles constituées qu'en 1729, et enfin que cette même année on avait supprimé un bataillon de la généralité de Paris, de la Bretagne, de la Bourgogne et de la Franche-Comté.

Il n'y eut jamais que 122 bataillons iji^, bien que les ordonnances subséquentes en mentionnent toujours 123, parce que le Roussillon, imposé pour un bataillon, n'a jamais fourni que les 2 compagnies dont il a été parlé ci-dessus, et a dû lever des milices chargées spécialement de la garde de la province.

Il n'existait que 50,220 miliciens au lieu de 60,000. Plus de 33,000 furent demandés >.

On fixa à cinq ans la durée du service pour les hommes de cette levée, avec réserve de renvoyer la moitié du contingent après trois années. On interdit de nouveau les engagements volontaires', et les cotisations autorisées le 25 janvier 1729 sont

i Généralités de Montaaban et de Bordeaux et Langaedoc, chacun 2 bataillons; généralités de Soissons, d'Amiens, de Rooen, de Caen, d'Alencon, de GhÀlons, d'Orléans, de Moulins, de Limoges, de Riom, de Lyon, de Grenoble» de Bourges et de La Rochelle, Bretagne, Proyence et comté de Bourgogne, 1 bataillon.

s Etat du nombre d*hommes que les généralités fournissaient avant Tannée 1734 et de ce qu'eUes ont eu à fournir d'augmentation en 1734.

* Quant aux substitutions, le substitué était tenu de venir prendre son ser* vice dans la milice et d'y rester huit années. On incorporait le substituant dans le régiment qoi se trouvait en la garnison la plus rapprochée, pour y servir sa vie durant.

proscrites. La solde de dispersement dans les paroisses est légalement et définitivement supprimée. Elle n'est maintenue, à raison de 4 sous par jour, que pour les sergents qui prendraient r^gagemeitf de servir huit ans, et à dater du jour de leur nomination au grade.

La solde est, par jour d'assemblée, fixée à 40 sous pour le commandant de bataillon, plus ses appointements de capitaine; 50 sous pour le major*, 2 livres 10 sous pour le capitaine, 13 sous 4 deniers pour le lieutenant, 10 sous pour le sergent, 7 sous 6 deniers pour le caporal et le tambour, 6 sous 6 deniers pour Tanspessade et 5 sous 6 deniers pour le fusilier.

Cette solde commence, pour les bas-ofiiciers et soldats, à courir trois jours avant celui fixé pour l'assemblée. Au retour des frontières et lors de la séparation des bataillons, l'ordonnance leur promet une gratification de 30 sous, afin de leur permettre de rentrer chez eux.

Pour que les officiers puissent résider à portée de leurs bataillons, il est alloué^ pendant le temps que les milices resteront dans leurs provinces respectives, 25 sous par jour au lieutenantcolonel, au capitaine et au major^ et 10 sous au lieutenant. Cette allocation se cumule avec les appointements de réforme dont les officiers pourraient jouir. En revanche, défense leur est faite de s'absenter de leur domicile sans prévenir l'autorité administrative.

Les bataillons sont remis à 12 compagnies. Elles comprennent 1 capitaine, 1 lieutenant, 2 sergents, 3 caporaux, 3 anspessades^ 48 fusiliers et 1 tambour.

Lors du rassemblement pour marcher aux frontières, les paroisses doivent verser 8 livres en argent; 3 livres sont remises au milicien; les 5 autres servent à couvrir les frais de la levée. Aux dépens de la paroisse, chaque homme recevait également un chapeau, une paire de souliers, de guêtres et de chemises en toile, et un havresac. Le surplus de Thabillement et l'armement était donné par le roi, qui tous les ans remplaçait les culottes *.

* Le major est rétabli et l'aide-major supprimé.

< D'après rordonnance da 12 novembre 1733, rhabillement et l'armement comprenaient nn justaucorps de bon drap doublé de serge, une culotte (re-

Léon Hennet. 5

40 bataillons furent, dana le courant de juin 1733, désignfe pour marcher. On expédia à 6 cadets-gCiitilshommes par bataillon des lettres de lieutenant ^. Seul le bataillon de Bourges reste dans la généralité, où on l'employa à des çuvrages publics. 31 bataillons sont encore mobilisés le 15 juillet, ainsi que les 3 compagnies du Roussillon. Eurent aussi ordre de s'assembler et de marcher : les 16 et 18 septembre, les bataillons de Vertus et de Verdun, et le 11 novembre celui de Stras* bourg.

Au !•' décembre, 74 bataillons et 2 compagnies étaient sur pied.

Le 16 décembre, 41 bataillons ont ordre de rentrer dans leurs provinces. Les 33 autres sont désignés pour servir, Fhiver, dans des places de guerre. Quelques mutations furent opérées dans les garnisons.

Il y avait encore sur pied 3 bataillons de troupes boulonnaises (i à Calais^ 1 h Dunkerque), 5 bataillons des milices du Roussillon dispersés dans les places de la province, et 2 bataillons des milices bourgeoises de la généralité d'Auch, on garnison à Rayonné, Saint-Jean-Pied-de-Port et Navarreins.

Les 122 bataillons, tous mobilisés en 1734, vont tenir garnison dans les places ou sur les côtes; 4 ou 5 seulement ne sortent point de leur province. On les enrégimenta la même année.

Une ordonnance du 15 avril prescrivit de former 40 régi-

nouvelée tous les ans), un cartouche, un fourniment, un ceinturon de buffle piqué avec son porte-baïonnette et porte-épée, une épée et un fusil.

Au retour dans la province, le milicien remettait son fusil dans les magasins de la place où il avait tenu garnison. Il déposait le justaucorps, le ceinturon et le cartouche au magasin du quartier d'assemblée et emportait le reste.

On ordonna une imposition de 2,700,000 livres à payer en trois ans pour fenouveler l'habillement de la milice. Commencée en 1734, cette opération fut continuée en 1735 et 1736. D'après le marché passé avec les trois maisons Salles etC% Nau et Glaise et Desprez, chaque habillement coûtait 33 livres, frais de transport compris.

* Dans le nombre figure Claude -Alexandre, marquis de Toustain d'Es^ erennes, cadet à Metz le 30 novembre 1732; sous -lieutenant des grenadiers à cheval le 3 juillet 1746;' breveté colonel le 12 avril 1754; brigadier le 25 juillet 1762; maréchal de camp le 3 janvier 1770; lieutenant général le 1«' janvier 1784; pensionné le 28 juillet 1791.

ments de mffîfi^ à 2 bataillons < et 13 à 1 bataillon '. 29 bataillons restèrent sépmté^ 2 devinrent régiments à 1 bataillon, les 10 mars 1785 « et !•' J9ïïwr 1736*. Ces régiments portaient sous le titre de milice le nom de leur colonel avec celui de leur province : régiment de milice de... de la généralité de.... ».

Les bataillons mobilisés jouissent de la solde fixée par Tordonnance du 12 novembre 1733; il y est retenu 2 sous par jour pour les rations de pain K

« Si la guerre survient, » disait, le 23 mars 1726, d'Angervilliers, intendant deParis^ dans une instruction à ses snbdélégués, « les miliciens ne marcheront que pour garder les places de guerre les plus voisines. » Tout d'abord, en effet, on n'envoya les milices que dans les places. Mais, dès la fin de 1733, elles servirent à recruter les troupes de l'armée d'Italie. A la date du 11 décembre, chacun des 8 bataillons en garnison dans le Hainaut avait envoyé des recrues en Italie, sous la conduite de capitaines et d'anciens cadets des compagnies de gentilshommes. Ceux-ci restaient au delà des Alpes pour y être employés; les capitaines rejoignaient leurs bataillons. Le bataillon de La Carbonnière (Orléans) fournit 492 soldats ; celui de Saint-Mars (Rouen) en donna 424 ; etc.

1 Bonneval, Torcy, Aamale, Le Danois (lieutenant général en i743), Ussel, Longueme, Kermoysan, Laye, Sobbeville, Hersan, Varennes, Bergeret aîné, Hugues, Ghoiseul-Beaupré, Haussy, Damas -Marcilly, Bouhyer, La Motte, Mortières, Lestranges, Murât, desHayes, Moncan (lieutenant général en 1758), marquis de Lannion (maréchal de camp en 1734), yicomtede Lannion, Paysat, Ghambaud, Lasbordes, Blacons, Bérard, Vassan, Durfort-Boissière (maréchal de camp en 1734), Masselin, Sorans, Saint-Sernin, Calvisson, du Bourg, La Badie, des Vasières, Valory.

Par suite de la promotion de leurs colonels au grade de maréchal de camp, les régiments de Le Danois, de Lannion et de Durfort-Boissière devinrent, en novembre 1734, Caylus, Revolet Fontanges.

« Ombreval, Glermont, ViUebrun, Saint-Maurice, Ausbourg, Gamier de Farville, La Yillemeneu^t, La Ferriére, Antin^ Ségur, Ribérac, Montazeau, Herzelles.

» Le Tellier.

4 Polasîron.

s L'état-major des régiments de deux bataillons comportait un colonel, un lieutenant-colonel et un major. Les régiments à un bataillon n'avaient qu'un colonel et un aide-major.

« Ordonnances des 1«' avril 1734, l''' avril 1735 et 24 mars 1736,»« portant règlement pour le payement des troupes- pendant la campagne prochaine. >

Nouvel appel en 1734 *. Les recrues ne doivent p^s être forcées, mais « de bonne volonté. » La recrue s'engage pour six années et reçoit une prime de 30 livres. 84 hommes par bataillon sont demandés.

Vers la fin de la campagne, on exigea encore pour Tarmée dltalie 100 hommes par bataillon de milice, sauf dans les bataillons déjà au delà des Alpes. C'étaient 10,200 recrues : 200 pour chacun des 46 bataillons d'infanterie; 1000 hommes répartis dans les 60 escadrons de cavalerie et de dragons.

Faites par engagements volontaires et à défaut par voie du sorty ces recrues étaient conduites par détachements aux ordres d'un capitaine, de deux lieutenants et de trois sergents, qui les devaient mener jusqu'à Pavie. Les inspecteurs généraux des troupes les recevaient à l'arrivée et les distribuaient dans les corps. À chaque recrue on remettait 30 livres sur lesquelles se prélevait la somme nécessaire à l'achat de souliers, de chemisesy etc.

Ces recrues étaient loin d'être offertes aux capitaines. Les nécessités de la guerre ne permettaient pas aux officiers de quitter leurs corps pour venir recruter en France, et, du reste, le recrutement selon les formes d'alors devenait chose impossible. Le roi se fit agent de recrutement. Il avait les milices sous la main, il en usa. Un homme vêtu d'un habit neuf de l'année et armé, il le fournit à raison de 60 livres ; 30 livres, s'il n'avait qu'un habit usé; 10 livres de plus pour les recrues de cavalerie. Le roi se remboursa au moyen de retenues sur la solde. Malgré cela, le trésor royal perdit encore 82,160 livres, plus l'étape aux cadres de conduite pour l'aller.

Il fallut, en outre, pourvoir au remplacement des hommes manquants à l'effectif des bataillons de milices qui étaient en Italie. C'étaient 200 hommes pour chacun des trois régiments de Bérard, Calvisson et Sainl-Sernin. Les intendants de Provence et de Languedoc durent procéder à une levée immédiate. Afin d'obtenir un résultat, on autorisa à recevoir des miliciens volontaires présentés par les paroisses. A défaut d'un nombre suffisant, le sort devait désigner».

*■ Circulaire du 28 janvier.

< Les armes^ tirées des arsenaux de TEtat, furent expédiées de Lyon. On

Les recrues arrivèrent successivement en Italie dans le cours du mois de septembre et dans les premiers jours d'octobre. En lui annonçant l'envoi de ces renforts, le 9 août 1734, le ministre demanda au maréchal de Noailles d'envoyer des officiers, sergents et caporaux recruter en France. « Il faudra nécessairement, dit le ministre, de nouvelles recrues au printemps, mais il seroit impossible de les prendre dans les bataillons de milice. Ce seroit les ruiner absolument, et vous savés que nous avons besoin des troupes de milice pour la garde de nos places; les provinces commencent d'ailleurs à s'épuiser, et il ne faut pas compter qu'elles puissent fournir au remplacement d'un double envoi de recrues. »

Malgré cela, le 4 juillet 4735, on prescrivit encore de détacher 48 hommes de chaque bataillon, à l'exception des six servant en Italie : volontaires ou recrues tirées au sort à raison de 4 hommes par compagnie. Sitôt déclaration volontaire faite ou tirage opéré, les commissaires des guerres faisaient contracter un'engagement de quatre années et remettaient 15 livres à l'enrôlé, le restant ne devant être acquitté qu'en Dauphiné.

On ne fit pas rembourser ces recrues aux capitaines. Ce fut pour le trésor royal une dépense de 258,510 livres. Et si l'on en croit le ministre d'Angervilliers « l'émulation » se serait « mêlée parmi les soldats pour sortir des places et aller à la guerre de campagne ^ »

Faire servir les milices comme recrues était une première dérogation aux ordonnances ; faire hiverner les bataillons, une deuxième ; on eut recours à une troisième pour parer à la désorganisation des bataillons qu'avait entraînée le complètement des rangs de l'armée d'Italie.

Afin d'éviter « la dépense et le trouble que causeroit dans les paroisses le remplacement en entier des miliciens qui ontaccom-

habUla les nouyeanx miliciens à leur arrivée en Italie avec des yôtements neufs du magasin de Pavie.

U fat alloué, à titre de gratification pour frais de voyage, 400 livres aux capitaines, 300 aux lieutenants et 100 aux sergents. La dépense totale monta à 7,800 livres aux frais du roi.

1 Mémoire au roi da 10 février 1736.

pli les quatre années de service, » on suspendit par circulaire du 3 juillet 1734 le licenciement des hommes de la levée de 1730, ei le 25 août on maintint sous les drapeaux pour deux années, à dater du i^ janvier 173S, la classe de 1731.

Trente congés de soutiens de famille sont toutefois accordés par bataillon, et le 7 mars 1735 le ministre prescrivit par circulaire de libérer les anciens miliciens qui servaient sur la frontière. Cependant, des restrictions furent bientôt apportées. Le 16 mai, une circulaire manda de n'accorder de congés que lorsque les bataillons excéderaient leur complet réglementaire. On suspendit même le 17 mai la délivrance des congés aux miliciens employés en Alsace.

Les miliciens congédiés ont droit à Tétape pendant la durée de leur voyage pour rentrer chez eux ^

Les intendants doivent procéder au remplacement des miliciens décédés, déserteurs ou recrues pour l'Italie. De nouveau, on autorise les engagements volontaires. Comme les garçons, les hommes mariés de 20 ans et au-dessous sont dorénavant, sans aucune dispense, assujettis au tirage. Cette mesure fut dictée par Texpérience que Ton avait faite que tous les jeunes gens, quelque jeunes qu'ils fussent, se mariaient dans Tespérance de se soustraire à la milice, ce que l'on regardait comme « grand mial et moyen d'augmenter la misère dans la campagne. »

Les bataillons restent composés de 12 compagnies, mais de 46 fusiliers seulement*. On en crée une de 48 grenadiers*. Un enseigne est placé dans les trois premières compagnies de chaque bataillon pour porter les drapeaux.

La solde est fixée par jour : Grenadiers : capitaine, 4 livres; lieutenant, 32 sous; sous-lieutenant, 20 sous; sergent, 12 sous; caporal et tambour, 8 sous 6 deniers ; anspessade, 7 sous 6 deniers ; grenadier, 6 sous 6 deniers. — Fusiliers : capitaine, 3 livres; lieutenant, 20 sous ; sergent, 11 sous; caporal et tambour, 7 sous 6 deniers; anspessade, 6 sous 6 deniers; fusilier.

i Circulaire du 21 mars 1735.

> 1 capitaine, 1 lieutenant, 3 sergcnte, 3 caporaux, 3 anspetsades, 37 fosilieiB et 1 tambour.

s 1 capitaine, 1 lieutenant, I sous-l-eutenant ; même aonibre de ba»-Qffi«âer3 que dans les compagnies de fusiliers.

— "il —

s sous 6 deniers. -^ Etat-major : colonel et lieutenant-colonel, 40 sons ; commandant du second bataillon, 20 sous, outre leurs appointements de capitaine; major, 50 sous; aide-major^ 36 sous; enseigne, 16 sous.

S'il n'y a pas de lieutenant-colonel, le premier capitaine reçoit 30 sous, et le deuxième, qui commandait le second bataillon, 20 sous, en sus de leur solde de capitaine.

Les officiers qui dans la suite obtiendraient le commandement d'un bataillon séparé ne devaient toucher que 20 sous de supplément. On conserva les 40 sous à ceux qui les percevaient alors. Il n'y a plus de major dans les bataillons séparés.

La solde commence à courir trois jours avant celui fixé par l'assemblée et cesse d'être due trois jours après la séparation, pour les bas-officiers et soldats. Elle leur est acquittée sans retenue. Dès lors, ils ont à s'entretenir eux-mêmes de linge et de chaussure.

Les appointements alloués aux officiers pour leur faciliter la résidence à portée de leurs bataillons sont établis à la dewi-solde du supplément de grade pour les colonels, lieutenants-colonels et commandants de bataillon, outre leur solde de capitaine; à 48 sous pour l'aide-major et à 7 sous 6 deniers pour renseigne. Le taux de la solde de dispersement des capitaines, des majors tX des lieutenants est celui de 1 ordonnance du 25 janvier 1729 *.

Enfin, celte ordonnance du 25 août 1734 créa une masse toujours complète de 782 livres 10 sous par mois pour chaque bataillon, sans avoir égard aux hommes qui pourraient manquer. Formée à dater du 1«' octobre par un versement quotidien de 20 deniers par sergent et 10 deniers par caporal et soldat, cette masse devait rester entre les mains du trésorier général de l'extraordinaire des guerres, pour être employée à l'habillement et à l'équipement.

Le 1®' octobre 1735, ordre est donné aux intendants de compléter les bataillons, de façon que les nouveaux miliciens puissent être assemblés et équipés au mois de février.

* Les ordonnances des 1"^ octobre 1734 et 1735, pour le payement des troupes pendant Thirer, maintiennent ces allocations et ces tarifs.

Les miliciens sont levés sur les paroisses auxquelles appartenaient les manquants. Doivent partir de préférence et servir 4 ans» ceux précédemment exemptés pour incapacité ou infirmités supposées.

Les jeunes gens réfugiés dans les paroisses sujettes à la gardecôte maritime, n'y ayant aucun établissement et y servant comme ouvriers ou domestiques, durent revenir dans leurs paroisses d'origine pour tirer au sort, sous peine d'être poursuivis à titre d'insoumis *.

Les colonels et cotnmandants de bataillon ont droit d'accorder à leurs hommes des congés limités, à raison de deux au plus par compagnie. Avis de ces congés était donné au secrétaire d'État de la guerre. On allouait aux camarades de l'absent, pour faire monter ses gardes, une prime prélevée sur sa solde, dont il touchait le reliquat à sa rentrée au corps.

Les milices sont d'abord exclusivement destinées à la garde des places frontières et des côtes, mais l'ordonnance du 25 août 1734 prescrivit qu'une partie hivernerait sur la frontière. Dès le courant de cette année, des bataillons servent à l'armée d'Allemagne. Les deux bataillons de Dijon tiennent garnison à Philippsbourg. Deux régiments occupent le pays de Trêves et le Hundsrûck , entre autres Saint-Wendel. Pendant les hivers 1734-1735 et 1735-1736, les lignes de Wissembourg sont gardées par deux bataillons de Franche-Comté.

On fit également camper quelques bataillons : deux de Champagne et deux de Flandre sur la Chiers ; deux de Soissons h Marientrau ; un de Châlons à Chalempé en juillet 1734. Ces bataillons firent le service comme les autres troupes K

30 compagnies de grenadiers furent réunies en 1735 sous les ordres d'un officier supérieur; elles servirent sur la Meuse*.

Dès le mois de mai 1734, 3 régiments passèrent en Italie : Bérard (Provence) , Calvisson et Saint-Sernin (Languedoc). Ils étaient en juillet : Bérard à Pavie; Saint-Sernin à Pavie et Milan ;

i Ordonnance du 25 octobre i735.

» Mémoire cité du 10 février 1736.

* Mémoire cité de novembre i75i.

Calvisson à Pozzolo et Pizzighitone. On les trouve au 11 novembre à Pozzolo, Sabionelta, Pizzighitone, Milan, Parme et Modène. Ils prennent leurs quartiers d'hiver : le régiment de Bérard à Tortone et Modène ; Sainl-Sernin à Reggio et au château de Milan ; Calvisson à Guastalla.

Pendant l'hiver 1735-1736, le régiment de Sainl-Sernin occupe Gambolo et OUegio ; celui de Calvisson, Romagnano et Bonjo Manezzo ; celui de Bérard, Confienza, Palestro et Biandrate. Ils étaient sous les ordres du lieutenant général marquis de Sandricourt et du maréchal de camp des Granges.

Une circulaire du 12 mars 1736 prescrivit le désarmement des bataillons qui avaient servi sur les frontières. En marche pour le retour, les miliciens reçoivent les 6 sous quotidiens destinés à Tentretien du linge et de la chaussure ^

On fut satisfait des milices.

« L'État a tiré, dit un mémoire au roi, du 10 février 1736, un avantage bien considérable de ce corps, qui a esté employé dez le commencement de la présente guerre à la garde des places, au moyen de quoy le roy s'est trouvé en état de faire usage de la presque totalité de ses troupes réglées pour former ses armées... On a vu avec surprise les troupes de milice prendre sur-le-champ le goût du service et se former aux exercices militaires. »

En récompense, on proposa au roi * d'accorder des croix de Saiht-Louis, des réformes et même le grade de brigadier aux officiers des milices. « Milites pœna et timor in sedibus corrigunt; m expeditionibus spes et prœmia faciunt meliores, » a dit Végèce *.

^ Circulaire du 26 ayril 1736.

«Mémoire d'août 1736.

• De He mUitari, III, 26.

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