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homme , me disait-elle, jai encore besoin de toi pour quelque temps. Je t'apprendrai bientôt qui je suis, et je prétends bien reconnaître les services que tu m'as rendus.
Je demeurais donc loujoursavec elle, et je faisais par pure générosité tout ce qu'elle exigeait de moi. Quelque envie que j'eusse de savoir pourquoi elle avait été assassinée, il ne me fut pas possible de l'engager à me le dire. J'avais beau lui donner souvent occasion de me conter son histoire, elle gardait là-dessus un profond silence, au lieu de satisfaire ma curiosité.
Va, me dil-elle un jour, en me présentant une bourse de sequins, va trouver un marchand nommé Namahran. Dis-lui que tu veuxacheter de belles étoffes. Il t'en montrera de plusieurs sortes. Choisis-en quelques pièces et les lui paie sans marchander. Fais-lui ensuite bien des civilités et apporte-moi les étoffes. Je m'informai de la demeure de Namaliran. On me renseigna. Il était assis dans sa boutique. Je vis un jeune homme de fort belle taille, qui avait de petits cheveux crépus et plus noirs que du jais. Il avait de beaux pendants d'oreilles et de gros diamants à tous les doigts. Je m'assis auprès de lui. Je demandai des étoffes. Il m'en fit voir plusieurs pièces. J'en choisis trois. Il y mit le prix ; je lui comptai de Targent. Je me levai , et après avoir pris congé de lui fort civilement, je fis emporter les étoffes par un esclave qui me suivait.
Deux jours après , la dame me donna encore une bourse et me dit de retourner chez Namahran pour y acheter d'autres étoffes. Mais souvenez-vous, ajouta-t-elle, qu'il ne faut point marchander. Quelque chose qu' il vous demande , ne manquez pas de la lui donner. D'abord que ce marchand me vit revenir chez lui et qu'il sut ce qui m'amenait, il étala devant moi ses plus riches étoffes. Je m'arrêtai à celles qui me plurent, et quand il fut question depayer, je jetai ma bourse en disant à Namahran de prendre ce qu'il voudrait. Il fut charmé de ce procédé. Noble seigneur, me dit-il , ne poiirriez-vous pas un jour me faire l'honneur de dîner chez moi? — ïrès-volontiers, lui répondis-je , et ce sera dès demain si vous le souhaitez. Le marchand me témoigna que je lui ferais beaucoup de plaisir.
Quand j'appris k la dame que Namahran m'avait invité k dîner chez
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lui, elle en parut transportée de joie. Ne manquez pas (l'y aller, me dit-elle, et de le prier aussi devenir ici demain. Dites-lui que vous voulez le régaler k votre tour. J'aurai soin de faire préparer un superbe festin. Je ne savais ce que je devais penser des mouvements de joie qu'elle laissait éclater. Je voyais bien qu'elle avait quelque dessein , mais j'étais fort éloigné de le pénétrer. Je me rendis donc le lendemain chez le marchand, qui me reçut et me traita parfaitement bien. Avant que de nous séparer, je lui appris ma demeure et lui dis que le jour suivant je voulais aussi lui donner à dîner.
Il ne manqua pasde venir me trouver. Nous nous mimes tous deux à table et nous passâmes toute la journée a boire des meilleurs vins. La dame ne voulut point être de la partie, elle eut même grand soin de se tenir couchée pendant le repas. Comme elle m'avait fort recommandé d'amuser le marchand et de ne pas souffrir qu'il sen retournât chez lui celte nuit , je l'arrêtai le soir malgré toutes les instiinces qu'il me put faire pour que je lui permisse de s'en aller. Nous continuâmes de boire et nous fîmes la débauche jusqu'à minuit. Alors je le menai dans une chambre oii il y avait un lit préparé pour lui. Je l'y laissai et me retirai dans la mienne. Je me couchai et m'endormis; mais je ne goûtai pas longtemps les douceurs du sommeil. La dame vint bientôt me réveiller. Elle tenait un flambeau d'une main et de l'autre un poignard. Jeune homme, me dit-elle, lève-loi; viens voir ton convive baigné dans son perfide sang !
Je me levai plein d'horreur à ces paroles. Je m'habille à la hâte, je suis la dame dans la chambre du marchand, et voyant le misérable étendu sans vie sur son lit : Ah ! cruelle, m'écriai-je, qu'avez-vous fiûtî Avez-vous pu commettre une action si noire? Et pourquoi m'avez-vous fait servir d'instrument à votre fureur? — Jeune étranger, me dit- elle, ne sois point fâché d'avoir contribué à me venger de Namahran : c'était un traître. Tu ne le plaindras pas, quand tu sauras son crime, ou plutôt quand tu apprendras qu'il est l'auteur de mon infortune, que je vais te raconter.
Je suis, poursuivit-elle , fille du roi de cette ville. Un jour que j'allais aux bains publics, j'aperçus Namahran dans sa boutique. J'en fus frappée, et malgré moi son image s'ofl*rait toujours k mon esprit. Je
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sentis que je lainiais. Je combattis irabord mes sentiments. Je ni'jeii représentai l'indignité, et je crus que je les vaincrais par mes réflexions; mais je me trompais, Famour l'emporta sur ma fierté. Je devins inquiète, languissante, et mon mal s'augmentant de moment en moment, je tombai dans une maladie dont je serais morte infailliblement, si ma gouvernante , qui se connaissait mieux à mes symptômes que les médecins, n'en eût pénétré la cause. Elle m'engagea fort adroitement à lui avouer que ses conjectures n'étaient pas fausses. Je lui contai de quelle manière j'avais conçu mon malheureux amour, et elle jugea, par ce que je lui dis, que j'étais follement éprise de Namahran.
Elle fut touchée de Tétat oii je me trouvais, et elle promit de soulager mes peines. En eifet, une nuit elle fit entrer dans le sérail le jeune marchand sous des habits de fille, et me l'amena dans mon appartement. Outre la joie de le voir, j'eus le plaisir de remarquer qu'il était charmé de son bonheur. Après l'avoir tenu enfermé dans un cabinet pendant plusieurs jours , ma gouvernante le fit sortir du sérail aussi heureusement qu'elle l'y avait introduit, et de temps en temps il y revenait sous le même déguisement.
Il me prit fantaisie d'aller voir à mon tour Namahran. Je me faisais un plaisir de le sur[)rendre , ne doutant point que cette démarche, qui lui prouvait l'excès de ma passion , ne lui fût très-agréable. Je sortis toute seule une nuit, du palais, par des détours qui m'étaient connus, et je me rendis à sa maison. J'eus peu de peine à la trouver, parce que je l'avais bien remarquée en allant aux bains et en revenant. Je frappai à la porte. Un esclave vint ouvrir et me demanda qui j'étais et ce que je voulais. Je suis , lui répondis-je , une jeune dame de la ville , et je voudrais parler à ton maître. — Il est en compagnie, reprit l'esclave. Il s'entretient en ce moment avec une autre dame : revenez demain.
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pereois te niarcltaiid alable avec niiejeune iille assez belle. Ils bnvaieiil tous deux et ehantaient des ehansons lernlies el p.issiûnnAes, Je ne pus retenir ma colt>je k ce spectacle. Je nie jetai sur la Jeune Iille et lui donnai mille conps : je lui unrais ùl/^ la vie si elle ifeiU pas trouvé îiiriyei! de s'eclm|)[ier. Je ne nreri i>ris pas seulement à ma rivale : dans le Iraiispoi't qui rtfai^itait , je irr|iari^îiiii point Namahran,
Il se jetad'alïnrd à mes j^nMioiix, me demanda pardon et me jura ipril tte me tiabirait plus. Il nrapaisa, Je me rendis à ses sermenis et il ses soumissions. Il m'engagea nii^nie a boire avec lui , et fit si bien , c|u il m'eoivra. Quand il me vil dans cet étal , le traître me frappa di? plusieurs eoiJ(^s ih* coulean* Je tombai sans sentimertt. Il me crut morle. Il nu* iint dans nu içratid sac de tuile el mv porla tiii-méme sur son dos hors de la ville, jusqu'à l'endroit où lu m'as trouvée. I^eudanl qu'd me creusaU un lonil»eau , j'ai repris mes esprits el |)oussé quelques plaintes; mais bien loin d'en être atlendri et de se montrer du moins assez piloyalile pour achever de me donner la mort avant de me fuetlre en lei're, h* liarharc s*^ faisail un plaisir de nTenlerrcr lnute vive.
PouriMahyar, continua-t-elle, cet antre marchand à ipu tuasporlé des lettres i\v ma \m'\ , c^*sl le marchand du scraiK Je lui ai fait sa-