I. I. Si
i4i l-i:S MILLK in* UN JOUHS.
voir que j'avais besoin <rarpenl el lui ai mandé mon aventure en le priant de la tenir secréle jusqu'à ce que j'eusse goOtéle plaisir d'une pleine vengeance. () jeune homme! voila mon histoire; je n'ai pas voulu te rapprendre plus tot, de peur que tu ne te fisses un scrupule de m'amener ici ma victime. Je ne crois pas que lu désapprouves présentement ma jçénéreuse fiction , et pour peu que tu sois ennemi des (CBurs perfides , tu dois me louer d'avoir eu le courage de percer celui de Niamahran. Aussitôt qu'il sera jour, ajouta-t-elle, nous irons ensemble au palais. Le roi mon père m'aime passionnément; je hii'confesserai ma faute. J'espère qu'il me la pardonnera , et j'ose te promettre qu'il te comblera de bienfaits.
— Non, madame, dis-je alors à la princesse, je ne demande rien l)Our vous avoir sauvée. Le ciel m'est témoin que je ne m'en repens pas: mais, je vous Tavom^ je suis au désespoir d'avoir si bien servi votre ressentiment. Vous avez abusé de ma complaisance en me faisant contribuer à une Irahison. Vous deviez plutôt m'obliger à vous venger noblement. J'aurais volontiers exposé ma vie pour vous. ïlnfni, seigneur, quoique je trouvasse Namahran justement puni, j'avais tant de regret de l'avoir moi-môme conduit k la mort, que j'abandonnai sur-le-champ la dame et méprisai ses promesses. Je sortis de la ville avant le jour, et j'aperçus, sitôt qu'il parut, une caravane de marchands qui était campée dans une prairie. Je la joignis, et comme elle allait à Bagdad, où j'avais envie de me rendre, je partis avec elle.
J'y arrivai heureus(»ment, mais je me trouvai bientôt dans une situation fort triste. J'étais sans argent, el il ne me restait de toute ma fortune passée qu'un sequin d'or. Je m'avisai de le changer en aspres. J'en achetai des pommes de senteurs, d(?s dragées, des baumes et des roses. J'allais tous les jours chez un marchand de fyquaa, où plusieurs seigneurs et autres personnes avaient coutume de s'assembler pour s'entretenir ensemble. Je leur présentais dans une corbeille ce que j'avais acheté. Chacun prenait ce qu'il voulait et ne manquait pas de me donner quekjue argent. Si bien que ce petit commerce me fournissait de quoi vivre commodément.
IIISTOIIŒ D ABOULC.VSSKM. SU
N jour que je présentais des fleurs coniine à Tor- (linaire chez le marchand de fyquaa, il y avait dans un coin de la salle un vieillard auquel je ne prenais pas içarde et qui, voyant que je ne m'adressais point à lui, m'apiiela. — Mon ami, me ditil , d'où vient que tu ne m'offres point tu marchandise aussi bien qu'aux autres? Ne me comptes-tu point parmi les honnêtes gens, ou t'imagines-tu que je n'aie rien dans ma bourse? — Seigneur^ lui répondis-je, je vous prie de m'excuser, je ne vous voyais pas, je vous assure. Tout ce que j'ai est a votre service et je ne vous en demande rieu. En même temps je lui présentai ma corbeille. Il prit une pomme de senteur et me dit de m'asseoir auprès de lui. Je m'assis. Il me fit mille questions : il me demanda qui j'étais et comment on me nommait. — Dispensez-moi, lui dis-je en soupirant, de contenter votre curiosité. Je ne puis la satisfaire sans rouvrir des blessures que le temps commence à fermer. Ces paroles ou plutôt le ton dont je les prononçai empêcha le vieillard de me presser lii-dessus. Il changea de discours^ et après un assez long entretien, s'élant levé pour s'en aller, il tira de sa bourse dix sequins d'or, qu'il me mit entre les mains.
Je fus fort surpris de celte libéralité. Les plus considérables seigneurs à qui j'avais coutume de présenter ma corbeille ne me donnaient pas même un sequin, et je ne savais ce que je devais penser de cet homme-là. Je retournai le lendemain chez le marchand de fyquaa et j'y trouvai encore mon vieillard. Il ne fut pas ce jour-là des derniers à s'attirer mon attention. Je m'adressai d'abord à lui. Il prit un peu de baume, et m'ayant fait encore asseoir auprès de lui, il me pressa si vivement de lui raconter mon histoire, que je ne pus m'en défendre.
Je lui appris tout ce qui m'était arrivé, et après que je lui eus fait cette confidence, il me dit : — J'ai connu votre père. Je suis un marchand de Ba^ra. Je n'ai point d'enfant ni d'espérance d'en avoir. J'ai conçu de l'amitié pour vous; je vous adopte. x\insi, mon fds, conso-
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lez-vous de vos inallicurs passiVs. Vous retrouvez un |)ère plus riche qu'Abdelaziz, et qui n'aura pas moins d'amilic^ jKiur vous. Je remerciai ce vénérable vieillard de l'honneur qu'il me faisait, et je le suivis lorsqu'il sortit. Il me fit jeter ma corlHiille et mes Heurs et me mena dans un grand hôtel qu'il avait loué. Il m'y donna un appartement avec des esclaves jKiur me servir; on m'ap{K)rta par son ordre de riches habits. On eût dit que mon p4*re Abdelaziz vivait encore, el il ne semblait pas que j'eusse jamais éti^ mist^rable.
Quand le marchand eut terminé les affaires qui le retenaient k Bagdad, c'est-à-dire qu'il eut vendu toutes les marchandises qu'il y avait apportées, nous primes ensemble le chemin de I^ra. Mes amis, qui n'espérîiient plus me revoir, ne furent pas jkîu surpris d'apprendre que j'avais été adopté par un homme qui passait pour le plus riche marchand de la ville. Je m'attachai à plain' au vieillard. Il fut charmé de ma complaisance. — Aboulcassem, me disait-il souvenl , je suis ravi de t'avoir rencontré à Bagdad. Tu me parais bien digne de ce que j'ai fait pour toi.
J'étais si touché des sentiments qu'il me marquait que, bien loin d'en abuser, j'allais au-devant de tout ce qui pouvait lui faire plaisir. Au lieu de chercher les gens de mon âge, je lui tenais bonne compagnie. Je ne le quilUiis presque pas.
Cependant ce bon vieillard tomba malade, et les médecins ne le purent guérir. Se voyant à l'extrémité, il fit retirer tout le monde et me dit : — Il est temps, mon lils, de vous révéler un secret important. Si je n'avais pour tout bien que celte maison avec toutes les richesses que vous y voyez, je croirais ne vous laisser qu'une fortune médiocre; mais tous les biens que j'ai amassés pendant le cours de ma vie, quoique considérables pour un marchand, ne sont rien en comparaison du trésor qui y est caché et que je veux vous découvrir. Je ne vous dirai pas depuis quel temps, |)ar qui ni de quelle manière il se trouve ici, car je l'ignore. Tout ce que je siiis, c'est que mon aïeul en mourant le découvrit à mon père, qui me lit aussi la même confidence peu de jours avant sii mort.
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Mais, |HHirsyjvil-il, fai un avisa vous donner, eigartk'z-voiLsbicn tl<» le îjn'^priser. Wni^ iMes iiafuivllonH'nl ir^'vnoriMix. Lorsfjue vous Yuijs vei'rrz rn Hnl dt* suivrL^ voii'c peiiçhaiil, vous uc luantiucrez [ills (le pioiligucr vos ricliesses. Vous recevrez niagnifit(ijement les étrangers (]tij viendront chez vous. Vous les accablerez de pn'^senls, el vous ferez du bien à tous ceux qui iniplorerant votre secours. Celle conduite, que j^appronverais fori si vous la pouviez tenir inipunrinent, scîra cause de votre |*erte. Vous vivrez avec laul de inagnifieeuee que vous exciterez renvie du roi de Basra ou Tavariee de ses ïninistres. Ils vous sou|>çonneronl d'avoir on trésor caelïé. lis n'épargneront rien pour le découvrir, et ils vous l'eoléveront. Pour piévenir ce niulbeur, vous n'avez «[u'à suivre mon exemple. J'ai toujours, de même que mon aïeul et mon père, exercé ma profession el joui de ce trésor sans éclat. Nf)us n'avous point tait de dépense dotvl le me Midi* ait été surjHis.
Je ne manquai pas de promellrc au marchand que j'imiterais m piudence. Il ui'a|i|îrit dans quel endruil était le trésor, et il m'assura que quelque grande idéi' qiu* je pusse nie former des richesses qu'il
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iciit'erinait, je les trouverais encore plus considémblesque je ne me les représenterais. En effet, après que ce généreux vieillard fut mort et que, comme son unique héritier, je lui eus rendu les derniers devoirs, je pris possession de tous ses biens, dont cette maison fait une partie, et j'allai voir le trésor. Je vous avouerai, seigneur, que j'en fus étonné. S'il n'est pas inépuisable, il est du moins si riche que je ne saurais Tépuiser (piand le ciel me laisserait vivre beaucoup plus longtemps que les autres hommes. Aussi , loin de tenir la promesse que j'ai faite au marchand, je répands partout mes richesses. 11 n'y a personne dans Basra qui n'ait senti mes bienfaits. Ma maison est ouverte à tous ceux qui ont besoin de moi , et ils s'en retournent tous contents. Est-ce posséder un trésor que de n'oser y loucher? Et puis-je en faire un meilleur usage que de l'employer à soulager les malheureux , a bien recevoir les étrangers et à mener une vie délicieuse?
Tout le monde s'iniagina d'abord que j'allais me ruiner une seconde fois. Quand Aboulcassem, disait-on, aurait tous les trésors du commandeur des croyants, il les dissiperait. Mais on fut fort étonné dans la suite, lorsque, au lieu de voir daiLs mes affaires le moindre désordre, elles paraissaient au contraire devenir de jour en jour plus florissantes. On ne concevait pas comnient je pouvais augmenter mon bien en le prodiguant.
Je faisais cependant tant de dépense qu'enfin je soulevai contre moi l'envie, comme le vieillard me l'avait prédit. Le bruit se répandit dans la ville que j'avais trouvé un trésor. Il n'en fallut pas davantage pour attirer chez nioi des gens avides. Le lieutenant de police de Basra me vint voir : — Je suis, me dil-il, le daroga, et je viens vous demander où est le trésor qui vous fournil de quoi vivre avec tant de magnificence. Je me troublai à ces paroles et denieurai tout interdit.
Il jugea bien à mon air éperdu que les discours qu'on tenait de moi dans la ville n'éUiient pas sans fondement. Mais au lieu de me presser de lui découvrir mon trésor : — Seigneur Aboulcassem, continua-t-il, j'exerce ma charge en homme d'esprit. Faites-moi quelque présent qui soit digne de ma discrétion, et je me retire. — ('ombien me demandez- vous? lui dis-je. — Je me contenterai, me
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ré[M>iulit-il , do dix secjuiiis d'or pur jour. Je lui répliquai : — Co n'est pas assez, je veux vous eu donner cent. Vous n'avez, tous les jours ou tous les mois, ([u'ii venir ici, et mon trésorier vous les comptera.
I^e lieutenant de police fut transporté de joie lorsqu'il entendit ces |>aroles. — Seigneur, me dit-il , je voudrais que vous eussiez trouvé mille trésors. Jouissez tranquillement de vos biens, je n'en troublerai jamais la possession. Il toucha par avance une grosse somme et s'en alla.
Peu de temps après, le vizir Âboulfatah-Waschi m'envoya chercher, et, m'ayant fait entrer dans son cabinet, il me dit: — 0 jeune homine, j'ai appris que tu as découvert un trésor. Tu sais que le quint appartient à Dieu. Il faut que tu le donnes au roi. Paie donc le quint et tu demeureras tranquille possesseur des qiiatre autres parlies. Je lui répondis : — Seigneur, je veux bien vous avouer que j'ai trouvé un trésor, et je vmis jure en même temps par le grand Dieu qui nous a créés Tun et l'autre que je ne le découvrirai point, quand on devrait me mettre en pièces. Mais je m'engage à vous donner tous les jours mille sequins d'or, pourvu (ju'aprés cela vous me laissiez en repos. Aboulfatah fut aussi traitable que le lieutenant de police; il m'envoya un homnie de confiance, à qui mon trésorier donna trente mille sequins pour le premier mois.
Ce vizir, craignant sans doute que le roi de Basra n'apprit ce qui s<» passait, aima mieux le lui dire lui-même. Ce prince Técouta fort attentivement, et , la chose lui paraissîint mériler d'être approfondie, il me voulut voir. Il me reçut d'un air riant et me dit : — 0 jeune homme, pourquoi ne me montres-tu pas ton trésor? Me crois-tu assez injuste pour te l'enlever? — Sire, lui répondis-je, que la vie de Votre Majesté soit aussi longue que les siècles; mais dût-on m'arracher la chair avec des tenailles brillantes, je ne découvrirai point mon trésor. Je consens de payer chaque jour à Votre Majesté deux mille sequins d'^or. Si vous refusez de les accepter et que vous jugiez plus à propos de me faire mourir, vous n'avez qu'à ordonner, je suis prêt Ji souffrir tous les supplices imaginables plutôt que de contenter votre curiosité.
Le roi regarda son vizir à ce discours et lui demanda conseil. — Sire, lui dit le ministre , la somme qu'il vous offre est si considérable.
•tik t 7*7*t i''*»i* Hii nfisi!n:ti«vtir»f riiruiirif . '(u ii ;&iL a«Hfi s«?tilefiH^nl î'-^îr- «^x-ii't I rt*n;- ;i oui- ip pi .i tuaiie .i V.itiv )hj«»sii*. Le roi suivit
^liivant m H o'jn^»^nt.i»o.s. ^tt o«l»* ■• ii> **s ins. tant ii lui qu'au viiîr el 4n hi^uti^ruuil'ie o« f^!»^. pius 11.1 miilii'U ^I'lxinte milk* seqnii» d'or. V«-i:k. ^urnt*ur. •!»> «lae V"ii.s stXiOiiiLez d'appivaiire. Vi)u» ae lievez pni^ rtfi» wrpr.«* «itis pn^^nt? «['i»? ;h v.;u> ^ fiut» oi tie tout ce iiUi'
L>nqu«> Ab»Hilo#iM«^iij f^t .b'h»?v»f If? ivi:ic ie 3» aftmlurvs, lo cahftf.anim^«riin \i*M^Qtit^riit? v<>4r[etré»:>r. iui dit: — Eslil po^Ue ♦(ii'il } ait au riK»n4i»f hq tr»^'r ija*? ¥.>tre ;p^[k*n>alê ae si)il pas capable d>puis«f r L»t»?Rt«!»t ! \i>!i . ;•* \i*: k puis pas cnxre. eC si ce irélait pas trop eii;?t?r df fou?, 's^i/neur. jt? detnaoderais à voir celui que vr>us pixsi^Jez . eo ^««us junuit rctr ti.uc i.v i{ui pt^t n^tidre uo serment inTioiabie •jut- je n .ibuserii ç<'iat d»* v^tre ci>a&mce.
Ijt fils d'AUieLtnz («irut iiffl:^*f du iu>c>iur^ du caiife. Je suis lâché, -»eij?neur. lui «itt-il , que v.:.u>ayH^ cette curi*»sité- — Je ne puis la satisfaire qu'il ilr^ oi'iiditionH tV.rt »lvSi;j:ré:iMes- — yiai|n»rte. s'écria le prince: «lurllt-s qn^ put>i^iii ètr»: c»'S • Muditious. je m'y soumets sans répujfnarid;. — li fan'ini, irprit At-'UtCAs^-in . que je vous bande les yeui et que je v.hjs O'iiiiui'^e . ^^kis mus armes et la tête nue, et moi le cimeterre a la niaiii . |ir»**t à ^mu> fi;ip(ier de mille coups mortels ^1 vous viôU-/ |t-> lii!> ilr rhii^piialil»-. h' sii< lut-n. aji»ula-t-iL qu'on \H:Hi mac* user «ririipru«lenre »t ijue je ne lievrais point céder a votre envie: ruais |e me rtqM.>** sur la Um «le vns serments, et d'ailleurs je ne puis me rr<«'(nire it reuvi.\fr un o.n\ive méc«>nleiit.
conduire. A ces mots, il n|jpela du inonde, ci, h laclarlii d'une grande quaiitilé de bougies que [tortaient des esclaves dans des flandieîujx d'or, il mena lejn'ince dans une chambre niagnifiijue et il se relira dans la sienne. I^es esclaves déslmbillih'enl le calife, le couchèrenl el sortirent après avoir mis au ehevel et au pied du lit leurs bouj^ies, dont la cireparfimièe se faisait apjréaldeinent sentir en brùlanl.
Au lien de soninjer à prendre ijLiei([ue repus, llaroun-al-Itaselnli attendit impatiemment Aliouleasseni, qui ne manqua pas de le venir chercher an milieu de la intit, et qni lui dit : — Seigneur, tous mes domestiques sont etulormis* Un profond silence règne dans ma maison;
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je puis présentement vous montrer mon trésor aux conditions que je vous ai dites. — Allons, répondit le calife en se levant, je suis prêt h vous suivre , et je jure par le créateur du ciel et de la terre que vous ne vous repentirez point d'avoir satisfait ma curiosité.
Le fils d'Ahdelaziz aida le prince à s'habiller, puis, lui mettant un bandeau sur les yeux: — C'est k regret, seigneur, lui dit-il, que j'en use de cette sorte avec vous : votre air et vos manières me paraissent dignes d'une confiance... — J'approuve ces précautions, interrompit le calife, et je ne vous en sais point mauvais gré. Aboulcassem lefit descendre, par un escalier dérobé, dans un jardin d*une vaste étendue, et, après plusieurs détours, ils entrèrent tous deux dans l'endroit qui recelait le trésor.
C'était un profond et spacieux souterrain dont une simple pierre couvrait l'entrée. D'abord ils trouvèrent une longue allée en pente et fort obscure, au bout de laquelle il y avait une grande salie que plusieurs escarboucles rendaient très-brillante. Quand ils furent arrivés dans cette siille, le jeune homme ôta le bandeau au calife , qui vit avec étonnement tout ce qui s'ofi*rit à ses yeux. Un bassin de marbre blanc, qui avait cinquante pieds de circonférence, trente de profondeur, paraissait au milieu. Il était plein de grosses pièces d'or, et l'on voyait régner tout autour douze colonnes du même métal, qui soutenaient autant de statues de pierres précieuses et admirablement bien travaillées.
Aboulcassem conduisit le prince au bord du bassin et lui dit : — Ce bassin est profond de trente pieds. Voyez cet amas de pièces d'or. 11 n'est encore baissé que de deux doigts. Pensez- vous que je puisse dissiper cela bientôt? Haroun, après avoir attentivement regardé le bassin, répondit : — Voilà, je l'avoue, d immenses richesses; mais vous pouvez les épuiser. — Kh bien , reprit le jeune homme, quand ce bassin sera vide, j'aurai recours k ce que je vais vous montrer. En disant cela , il le fit passer dans une autre salle encore plus brillante que la première, et où il y avait plusieurs sofas de brocart rouge relevé d'une infinité de perles et de diamants. L'on voyait aussi au milieu un bassin de marbre; il n'était pas, à la vérité, si grand ni si profond que celui où étaient les pièces d'or, mais en
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récompense il élail plein de rubis, de topazes, d'émemudes et de tontes sortes de pierreries.
Jamais surprise ne fut égale à celle que le calife fil paraître alors. A peine pouvait-il croire qu'il fût éveillé : ce nouveau bassin lui paraissait un enchantement. Il avait encore la vue attachée dessus lorsque le fils d'Abdelaziz lui fit remarquer sur un trône d'or deux personnes cju'il lui dit être les premiers maîtres du trésor. C'étaient un prince et une princesse qui avaient sur la tête des couronnes de diamants. Ils paraissaient encore tons deux pleins de vie. Ils étaient couchés tout de leur long , tête contre tête, et Ton voyait à leurs pieds une table d'ébène sur laquelle on lisait ces paroles en lettres d'or : « J'ai amassé dans le cours d'une longue vie toutes les richesses qui sont ici. J'ai pris des villes et des châteaux, que j'ai pillés. J'ai conquis des royaumes et terrassé tous mes ennemis. J'ai été le plus puissiint roi du monde , mais toute ma puissance a cédé à celle de la mort. Quiconque me verra dans l'état où je suis doit ouvrir les yeux. Qu'il fasse réflexion que j'ai vécu comme lui et qu'il mourra comme moi. Qu'il ne craigne pas d'épuiser ce trésor : il ne saurait en venir à bout. Qu'il s'en serve pour acquérir des amis et pour mener une vie agréable, car il faudra qu'il meure; tous ses biens ne le garantiront pas du sort commun à tous les hommes. »
— Je ne désapprouve plus votre conduite, dit Haroun au jeune homme après avoir lu ces mots; vous avez raison de vivre comme vous vivez, et je condamne les conseils que vous a donnés le vieux marchand. Mais, ajouta-t-il, je voudrais bien savoir le nom de ce prince. Quel roi peut avoir possédé tant de richesses? Je suis fâché que cette inscription ne me l'apprenne pas.
Le jeune homme fit encore voir au calife une autre salle dans laquelle il y avait plusieurs choses très-précieuses et entre autres des arbres semblables à celui dont il lui avait fait présent. I>e prince aurait volontiers passé le reste de la nuit à considérer tout ce que renfermait ce merveilleux souterrain, si le fils d'Abdelaziz, craignant d'être aperçu de ses domestiques, ne l'en eût fait sortir avant le jour de la même mamère qu'il l'y avait amené, c'est-à-dire la tête nue et les yeux bandés, et lui le cimeterre à la main, prêt k lui cou-
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IKS WïlAAi KT U.N JOI US.
per lii lôlc s'il faisiiil le uioiniire effort pour ôter son bandeau. Ils traversèrent le jardin el renionlèrenl, par Tescalier dérobé, dans la chambre où le calife avait couché : ils y trouvèrent encore les bougies allumées. Ilss'enlrelinrent ensemble jusqu'au lever du soleil. — Après ce que je viens de voir, dil le prince au jeune homme, et kcn juger par l'esclave ([ue vous nravez donnée, je ne doute point que vous n'ayez chez vous les plus belles femmes de l'Orient. — Seigneur, lui répondit Aboulcassem , j'ai des esclaves d'une assez grande beauté, mais je n'en puis aimer aucune. Dardané, ma chère Dardané remplit toujours ma mémoire. J'ai beau me dire à tous moments qu'elle a perdu la vie et que je n'y dois plus penser : j'ai le malheur de ne pouvoir me délacher de son image. J'en suis possédé à un point que malgré toutes mes richesses, au milieu de mes prospérités , je sens que je ne suis pas heureux. Oui, j'aimerais mieux mille fois n'avoir qu'une fortune médiocre et posséder Dardané, que de vivre sans elle avec tous mes trésors.